18 mars 2008
Babylone, perverse et merveilleuse
Du 14 mars au 02 juin 2008 se tiendra l'exposition "Babylone" au Musée du Louvre, hall Napoléon

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Voici la critique d'Emmanuel de Roux dans Le Monde du 12 mars 2008, pleine d'enseignements
Rivers of Babylon (The Melodians), Babylon System (Bob Marley), ont été des tubes musicaux dès les années 1970 et l'un des derniers albums de Bob Marley, héros du reggae, s'intitule Babylon by Bus. Ils sont tous inspirés du Livre des psaumes de la Bible. Comme le célèbre Nabuccho (1842) de Verdi. Cette permanence en dit long sur la postérité de cette ville mésopotamienne, fondée environ deux mille ans avant notre ère, et dont le nom a traversé les siècles pour rester dans l'imaginaire populaire, à la fois symbole de turpitude et de dépravation mais aussi de luxe et de savoir-vivre.
L'exposition montée par le Louvre, "Babylone", aborde aussi bien l'histoire de cette cité, sans cesse renaissante, que sa légende. On peut seulement regretter que les organisateurs de la manifestation aient interrompu le récit de sa mythologie en 1917, date de l'arrêt des grandes fouilles archéologiques allemandes et sortie d'Intolérance, le film de l'Américain Griffith, dont l'un des volets est explicitement consacré à Babylone qu'il reconstitue avec un grand luxe.
Car le thème de Babylone n'a jamais cessé d'être repris dans tous les domaines. Après les rastas jamaïcains (de Bob Marley à Gregory Isaacs), pétris de Bible, le groupe français Tryo a sorti sa version musicale de Babylone.
Côté littérature, les Américains nous ont donné notamment Un privé à Babylone (Richard Brautigan) et Train de nuit pour Babylone (Ray Bradbury) et le naturalisé canadien Maurice G. Dantec Babylon Babies. Le cinéma s'est largement inspiré de la cité cosmopolite, de Metropolis (de Fritz Lang, 1927) à Blade Runner (de Ridley Scott, 1982). Sans parler des politiques : Saddam Hussein, l'ancien dictateur irakien, qui avait reconstitué quelques monuments fameux de la ville défunte (située à quelque 90 kilomètres au sud de Bagdad) et se comparait volontiers, images à l'appui, à Hammourabi (vers 1750 av. J-C), le roi législateur du premier Empire babylonien.
C'est par la fameuse stèle de basalte noire, conservée au Louvre, que s'ouvre l'exposition. Le Code d'Hammourabi est un résumé des lois, rédigées en écriture cunéiforme, promulguées par ce souverain pour unifier son royaume qui s'étendait entre le Tigre et l'Euphrate. L'empire connut ensuite une éclipse politique mais resta un centre culturel important, ne serait-ce que par la diffusion de la langue babylonienne dans toute la région. Il renaît vers 600 avant notre ère. Nabuchodonosor II (605-562 av. J-C) avale ses rivaux et son empire s'étend du golfe Arabo-Persique aux rives de la Méditerranée, soumettant au passage les vassaux de l'Egypte, notamment le petit royaume de Juda, dont la capitale Jérusalem fut assiégée et sa population déportée à Babylone.
Cet exil longuement raconté dans la Bible - "largement rédigée pendant la déportation", nous dit Béatrice André-Salvini, l'une des commissaires de l'exposition - assura sans doute la postérité "négative" de la ville et de son roi "impie" Nabuchodonosor, le destructeur de la Ville sainte, Jérusalem. La légende de la tour de Babel, symbole de l'orgueil humain, y prend aussi sa source. On voit d'ailleurs au Louvre la maquette d'une ziggourat, ce temple cubique de 90 mètres de haut, qui servait de "marchepied aux dieux descendant sur terre, plutôt que d'échelles destinées à les détrôner", explique Mme André-Salvini. Dès l'époque médiévale de multiples représentations en sont données. Les plus célèbres (celle de Bruegel l'Ancien, venue de Rotterdam) sont au Louvre.
Car l'Empire babylonien détruit, Babylone survécut. Ce fut l'une des principales villes de l'Empire perse. Le Grec Alexandre le Grand y mourut. Le temple de Mardouk, le grand dieu local, dont on peut voir des effigies au Louvre, est décrit par l'historien romain Pline l'Ancien. Même après l'invasion arabe, il restera un petit village, Babil, qui servit de point de départ aux grandes fouilles archéologiques allemandes entre 1899 et 1917. C'est à elles que l'on doit le remontage à Berlin de la fameuse porte d'Isthar en brique vernissée.
Mais la légende n'a pas attendu les archéologues pour s'emparer de Babylone. Son versant noir s'appuie sur la Bible et sur l'Apocalypse, qui en font le symbole de la pourriture cosmopolite. Des artistes comme Monsu Desiderio (vers 1610), John Martin (1820), Delacroix (La Mort de Sardanapale, 1828), ou le prodigieux Nabuchodonosor ravalé, par William Blake (1795), au rang d'un animal féroce, en ont donné des images dramatiques. Babylone est tour à tour assimilée par les protestants à la Rome pervertie au moment de la Réforme, ou, plus tard, à la ville corrompue par la révolution industrielle. En argot des cités d'aujourd'hui, un "babylon" désigne un flic.
Son image positive vient de la période des Lumières. Voltaire qui consacre une tragédie à une de ses reines mythiques, Sémiramis, y voit la cité qui a su rompre avec dieu. Ses jardins suspendus sont considérés comme l'une des sept merveilles du monde et l'architecte américain Frank Lloyd Wright travaille, en 1957, à une extension de Bagdad, pour faire une "Babylone des temps modernes". Sa mort (en 1959) et celle de son commanditaire, Fayçal II d'Irak, assassiné en 1958, interrompt ces travaux, avant qu'ils ne soient repris - en carton-pâte - pour la plus grande gloire de Saddam Hussein.
16:25 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : musées, louvre






Commentaires
TROP COOL ! Un beau printemps qui commence. J'avais eu le grand bonheur de visiter le musée de Berlin et d'y voir la porte d'Ishtar ( très, très beau site à voir ici : http://ezida.com/porteishtar.htm ), c'était tout simplement renversant. Bon entre les deux expos, mon coeur ne balance pas, en plus, j'adore le Louvre et le Ponts des Arts.
Anti, merci !
Ecrit par : anti | 18 mars 2008
Au Louvres toujours :
PLAQUETTE DE LA DEESSE ISHTAR.
Cette plaquette en coquille portant une silhouette gravée provient du temple de la déesse Ishtar dans la cité de Mari, sur le Moyen-Euphrate. On ne sait si elle était isolée ou appartenait à un ensemble du type "étendard" représentant une scène narrative complexe. La figure incisée est féminine, coiffée d'un chignon surmonté d'une parure en croissant de lune portant une étoile. Il s'agit d'Ishtar, déesse astrale mais aussi maîtresse de l'amour et de la fertilité. Ce que souligne le manteau à mèches laineuses qu'elle porte et qui découvre sa nudité.
La représentation de la déesse se dévoilant évoque en effet le mythe le plus célèbre qui lui ait été consacré, celui de la descente d'Ishtar aux Enfers. Ce mythe raconte la visite que la déesse décida d’accomplir dans le monde de l’En-bas, sur lequel règne sa sœur Ereshkigal. Ishtar doit franchir une à une les sept portes du Pays-sans-retour, et se voit à chacune d’elles dépouillée de l’une de ses parures. Ayant ainsi perdu la totalité de ses pouvoirs, elle se trouve retenue prisonnière dans le monde de l'En-bas, et c'est toute la vie terrestre qui est alors menacée de disparition. Aussi lui accordera-t-on d'y être remplacée par son amant Dumuzi, autorisé lui à remonter sur terre au printemps afin d'y assurer le retour de la fertilité. L’action audacieuse d’Ishtar a conduit à l’instauration d’un nouvel équilibre du monde, fondé sur le cycle annuel de régénération de la vie.
Ecrit par : anti | 18 mars 2008
Et comme c'est vraiment mieux avec les liens :
http://www.louvre.fr/llv/exposition/detail_exposition.jsp?CONTENT%3C%3Ecnt_id=10134198674083235&CURRENT_LLV_EXPO%3C%3Ecnt_id=10134198674083235&FOLDER%3C%3Efolder_id=9852723696500879
Expositions thématiques
du 14-03-2008 au 02-06-2008
Babylone - Antiquités orientales et Peintures
Rassemblant pour la première fois des objets venant du monde entier, cette exposition souhaite réconcilier l’histoire et la légende de Babylone.
Sont évoqués le rayonnement et les étapes fondatrices de la ville antique et la manière dont le concept ultérieur d’une Babylone imaginaire prend son origine dans cette réalité historique. Cette nouvelle approche est rendue possible grâce à des études permettant de retracer une histoire qui ne dépende plus fondamentalement des sources bibliques ou classiques tardives.
Les grandes époques de la civilisation babylonienne sont rappelées en s’appuyant sur la présentation de stèles, de statues et statuettes, d’objets précieux, de documents et de textes, de tablettes cunéiformes, de papyrus et de manuscrits.
L’évolution de la représentation mythique et des traditions légendaires symboliques de Babylone est également abordée à travers un ensemble d’imprimés, de dessins, de peintures et de miniatures. Babylone est vue sous un jour historique : l’exposition remonte aux faits réels qui ont engendré la ville. Elle permet ainsi de prendre la mesure de l’héritage culturel de Babylone dans des civilisations contemporaines et postérieures et de redonner à la culture babylonienne sa juste place dans les racines de la culture occidentale. Plusieurs dessins, textes, ouvrages témoignent enfin des phases principales de la redécouverte de Babylone, depuis le XVIIe siècle jusqu’à aujourd’hui.
L' exposition bénéficie du mécénat de Natixis.
Cette exposition est organisée par le musée du Louvre et la Réunion des musées nationaux, Paris, les Staatliche Museen zu Berlin, Berlin, et le British Museum, Londres.
Avec le concours exceptionnel de la Bibliothèque nationale de France.
Autour de l'exposition, à l'auditorium :
- Cycle de trois conférences "Babel et la diversité de langues : mythes et réalité", les 6, 20 et 27 mars 2008 à 18h30
- Conférence de présentation de l'exposition le 26 mars à 12h30
- Films sur l'art en hommage à Jean Bottéro les 12 et 17 mars à 12h30
- Lecture le 7 avril à 20h30
- Oeuvre en scène "La Reine de la nuit, un relief de terre cuite babylonien", le 9 avril à 12h30
- Colloque "La tour de Babylone" le 19 avril de 10h à 18h
- Cinéma "Intolérance de D.W. Griffith le 20 avril à 15h
- Concert avec le jeune choeur de paris, Les Nouveaux Caractères, le 5 mai à 20h
Ecrit par : anti | 18 mars 2008
Comme dit Sampang, avec plaisir :)
Je ne sais pas si j'aurais l'occasion d'y aller d'ici juin mais j'adorerais ! Rien que les 10 photos mises en ligne sur le site du Monde donnent très envie (mon lien est moche mais il fonctionne alors ça donne une petite idée).
Très belle visite à celles et ceux qui la verront.
Ecrit par : Miss You | 18 mars 2008
Ben t'es qu'à 3 h de Paris !
Pis le lien du monde est pas moche ! C'est trop beau tout ça, à voir ! Et puis, une fois que t'es sur Paris, ben t'es plus très loin de Berlin ;-)
anti
Ecrit par : anti | 18 mars 2008
Ouaip, et en marchant bien je serai à St Petersbourg dans la soirée ;)
Ecrit par : Miss You | 18 mars 2008
Vous savez que je vous adore, vous deux? Je vous adore.
Merci pour toutes ces infos magnifiques et passionantes
Ecrit par : Anna Galore | 18 mars 2008
Voui et en plus, je sais aussi ce qu'on va faire ce week-end !!! YEAH !
Ecrit par : anti | 18 mars 2008
Je crois que je commence à en avoir une petite idée. :-)
Ecrit par : Anna Galore | 18 mars 2008
moi aussi
Ecrit par : voiedorée | 19 mars 2008
tiens donc ... ;) mais qu est-ce qu ils vont bien pouvoir faire ??? "aussi" a t-elle rajouté ! mdr
Ecrit par : sampang | 19 mars 2008
Alors. Cette exposition est tout simplement géniale, d'une richesse hallucinante ! On peut la visiter en ligne sur le minisite du Louvres :
http://mini-site.louvre.fr/babylone/FR/index_a.html
Elle dure encore jusqu'au 2 juin et j'avoue que j'ai une envie folle d'y retourner !
anti
Ecrit par : anti | 17 avril 2008
Le plus impressionnant pour moi a été de voir en vrai le fameux bas-relief qui représente Ishtar (celui que j'ai utilisé en couverture du "Miroir Noir"). Il s'agit, en fait, d'un haut-relief, ce que j'ignorais totalement, les photos qu'on trouve sur le net étant toutes prises de face. Le personnage d'Ishtar n'est pas gravé mais modelé en trois dimensions, comme une sculpture. D'une beauté et d'une puissance à couper le souffle.
Ecrit par : Anna Galore | 17 avril 2008
Anna m'a montré le catalogue rapporté de l'exposition et il est superbe. Il donne effectivement très envie de la visiter.
La revoir, j'en suis certaine, doit permettre de découvrir de nouvelles beautés et de se replonger dans les trésors qu'elle offre aux visiteurs.
Ecrit par : Miss You | 17 avril 2008
"bas-relief qui représente Ishtar (celui que j'ai utilisé en couverture du "Miroir Noir"
Ca, ça reste un mystère d'ailleurs cette couverture pour ce livre. Autant les autres ont un sens évident, autant celle-là...
Ecrit par : anti | 17 avril 2008
Voici trois photos que j'ai prises à l'expo et qui illustrent bien ce que je viens de décrire.
http://img177.imageshack.us/img177/9919/p4060361lt5.jpg
http://img134.imageshack.us/img134/2958/p4060363zq6.jpg
http://img212.imageshack.us/img212/1815/p4060367ub2.jpg
Ecrit par : Anna Galore | 17 avril 2008
Ishtar sur la couv du Miroir Noir: Ishtar est l'un des nombreux avatars identifiés de Lilith. Elle est au centre du parcours des principaux personnages "noirs" du récit, dont Samyr qui descend d'une longue lignée de prêtres mésopotamiens.
Petit extrait d'un dialogue entre Gabrielle et Claire:
- Je reviens au mage qui a engendré Marie avec Gabarelle. Il a été l’un de ces premiers orientaux à la peau mate à venir en France rendre visite au tout jeune Roi Soleil. A la Cour, on les appelait tous des Perses, bien que lui soit en fait un Ottoman. Une particularité qui frappait les esprits de l’époque, était qu’il avait une sœur jumelle qu’il ne quittait jamais. Ils étaient nés en 1620 dans une ville sacrée de l’ancienne Mésopotamie. Cette ville s’appelle Qal’at Sherqat. Elle a été construite sur les ruines d’Assur, l’ancienne capitale de l’Assyrie. Elle y abritait le culte d’une déesse très ancienne, Ishtar, aussi connue sous le nom d’Inanna et d’Astarté. Mais tu la reconnaîtras mieux si je te dis qu’elle était, tout comme Bastet la déesse égyptienne, la divinité de la vie et de la mort puisque son pouvoir portait à la fois sur l’amour, la procréation et la guerre.
- Lilith…
- Lilith, oui, qui bien que décrite dans la Cabale des Hébreux, est d’origine babylonienne. Son tout premier nom était Lilitu, l’Esprit du Vent.
Ecrit par : Anna Galore | 17 avril 2008
Eh ben voilà, plus de mystère !
Dieu qu'elle est belle !!! J'ai encore plus envie d'y retourner maintenant ! J'me marre ! Je sais que je vais y retourner.
anti, quand y'a plus de mystère, y'a plus de boule de gomme.
Ecrit par : anti | 17 avril 2008
Très intéressant....
Ecrit par : voiedorée | 17 avril 2008
Boud, viens avec le minibus, on est déjà 4 ! ;)
Ecrit par : sampang | 17 avril 2008
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