08 avril 2008

Un Pulitzer pour Dylan

Un Pulitzer pour Dylan

Bob Dylan récompensé par le prix Pulitzer
Le jury du prestigieux prix Pulitzer, qui récompense traditionnellement des travaux journalistiques, a décidé, lundi 7 avril, de décerner une mention spéciale au chanteur Bob Dylan. Cette distinction avait déjà été attribuée aux musiciens Thelonious Monk et John Coltrane en 2006 et 2007, mais n'est pas nécessairement décernée tous les ans. L'icône de la musique folk a été distinguée "pour son profond impact sur la musique populaire et la culture américaine, à travers des compositions lyriques au pouvoir poétique extraordinaire", a expliqué le jury Pulitzer.

(AFP du 07/04/2008)



L'engagement social Le 28 août 1963, Dylan, comme Joan Baez, Mahalia Jackson, etc. participe à la Marche sur Washington, où plus de 200 000 pacifistes se rassemblent pour dénoncer l'inégalité des droits civiques que subit la population noire. Après que les orateurs se furent succédé et que Martin Luther King eut prononcé son célèbre discours « I have a dream », il interprète « Only A Pawn In Their Game » , tandis que Peter, Paul and Mary chantent Blowin' In The Wind42.

Cet épisode illustre l'implication de Dylan et de nombreux autres artistes pour les droits civiques à cette période : Par l'intermédiaire de Suze Rotolo, qui travaillait au CORE (le « Congress of Racial Equality »), et de Broadside5, 3, il cotoyait le milieu contestaire étudiant, qui militait pour les minorités, dans un contexte difficile43. Le 10 mai 1963, à Greenwood, dans le Mississipi, Dylan avait chanté à un rassemblement organisé par le SNCC44, pour inciter la population noire des États du Sud à s'inscrire sur les listes électorales3. De même, sa présence aux concerts de Joan Baez, leur relation amoureuse, contribuèrent à forger son image de héraut de la contestation sociale, au coté de Joan.


L'influence de Dylan sur son époque

« Bob Dylan ne donnait pas tant l'impression de se tenir à un tournant décisif de l'espace-temps culturel que d'être ce tournant décisif. Comme si la civilisation avait pu évoluer à son gré, ou même au gré de sa fantaisie [...] »
Greil Marcus - La République Invisible.

Riche d'une quarantaine d'albums, l'œuvre de Bob Dylan réunit la musique traditionnelle qui a accompagné l'édification des États-Unis et la modernité la plus avant-gardiste : L'Ouest profond et Greenwich Village. Il est l'un des artistes qui ont le plus révolutionné la musique populaire dans les années 1960 et 1970, contribuant à l'élever au rang d'un véritable art. Son influence déborde même du cadre de la musique, s’étendant à la littérature, au cinéma et même à la politique, puisqu’il fut, de manière plus ou moins involontaire, l’un des meneurs de la contre-culture de cette époque.

Dès ses débuts en 1961, Dylan fait parler de lui dans les milieux folk américains en adoptant une manière de chanter très expressive, qui surprend encore parfois aujourd'hui, loin des standards de la « belle » chanson. Souvent accusé de « ne pas savoir » chanter, Dylan est en réalité l'un des artistes modernes à avoir le plus fait progresser l'usage de la voix, l’employant comme un véritable instrument de musique et recherchant davantage l'expressivité que la beauté classique. Il a considérablement expérimenté sur l'usage des dissonances, se faisant ainsi l’héritier direct des bluesmen des années 1930, tel Howlin’ Wolf.

Musicalement, même si ses compositions restent le plus souvent relativement « classiques », il a contribué, au côté d'artistes comme Eric Clapton et The Rolling Stones, à faire entrer la musique traditionnelle américaine - blues, folk, country ... - dans l'ère moderne, comme le montrent les disques de sa « première époque rock », entre 1965 et 1966.

Mais le domaine dans lequel Dylan a eu une importance cruciale est celui des textes: Dès son deuxième album (le premier étant presque entièrement composé de reprises, comme cela se pratiquait très couramment à l’époque), il a imposé une manière d’écrire des chansons totalement unique à son époque. Inspirés par la littérature, la poésie surréaliste, mais aussi les « folksongs » réalistes de la grande tradition américaine, ses textes dessinent un univers intérieur d’une richesse exceptionnelle. Dès le début, le thème principal de l’œuvre de Dylan est son expérience personnelle du monde, sa vision des choses, qu’elle soit réelle ou fantasmée. Le surréalisme qui imprègne profondément la plupart de ses textes, même les plus simples, atteindra son apogée en 1965 et 1966 lorsque Dylan délaissera le folk pour le rock and roll.

Libéré de toutes les contraintes du format folk, une créativité exacerbée par l'usage de drogues, il écrit alors plusieurs chefs-d’œuvre qui en font un poète majeur du XXe siècle. Loin d’être incompréhensibles et absurdes, comme ils sont parfois considérés, les textes de cette époque ne cherchent pas à avoir un sens figé, mais à décrire des impressions et des sentiments au delà des mots. Comme un tableau abstrait, ils peuvent acquérir un sens différent selon l’humeur de l’auditeur, tout en conservant une très forte identité. En cela, les mots de Dylan s’approchent de l’essence même de la musique, qui tire une partie de son pouvoir du fait qu’elle est le seul art à n’être aucunement figuratif, à une époque où la plupart des chansons populaires, et particulièrement les chansons rock, parlaient encore de (mes)aventures sentimentales et de voitures. Elles ont considérablement influencé l’ensemble des artistes pop de l’époque, au delà de l’univers du rock and roll et même de la musique, et ont changé de manière radicale la carrière d’artistes aussi talentueux que les Beatles.

Enfin, par ses textes, ses prises de position, mais aussi par son attitude envers son statut de vedette et de musicien, Dylan a joué un rôle très important sur l’évolution de la société dans la seconde moitié du XXe siècle. Adulé par le public folk et les milieux révolutionnaires de gauche du début des années 1960, il refusa d’assumer ce rôle, préférant inciter ses admirateurs, comme il l’exprime dans certains de ses textes ("Don't follow leaders / Watch the parkin' meters")67, à penser par eux-mêmes et à renoncer aux messies, de quelque bord qu’ils soient.

En refusant de participer aux jeux de l'industrie de la musique, en changeant sans cesse d’orientation musicale, ce qui lui a régulièrement valu d’être accusé de « traîtrise » par ses anciens admirateurs, il a changé l’image du musicien populaire, faisant entrer la musique pop de plain-pied dans le monde des arts « sérieux ». Même ses errements artistiques, comme ses disques des années 1980, où il inventa le rock chrétien, étaient, semble-t-il, surtout une tentative d’en finir avec l’idolâtrie dont il était l’objet depuis les années 1960. Certes, la complexité de l’œuvre de Dylan l’a empêché d’être un très gros vendeur de disques, et donc de toucher un public aussi large que d’autres vedettes de la pop. Mais, en influençant de manière directe presque tous les artistes de son temps, il a considérablement pesé sur le devenir d’une musique qui a changé la vision du monde de millions de personnes.

(Source Wikipedia)

Commentaires

Je ne savais pas que ça se faisait... mais bon, why not, c'est vrai que beaucoup de ses chansons depuis ses débuts décrivent la vie quotidienne de son pays mieux que pas mal d'articles de presse.

Ecrit par : Anna Galore | 08 avril 2008

Dommage que ce journaliste ne précise pas la réelle influence de Joan Baez qui imposa elle et elle seule Dylan à une époque. Baez qui d'ailleurs a toujours été et reste une militante active des causes humanitaires.

"Soucieuse de son rôle d'artiste engagée à délivrer un message de paix et de liberté, contre la guerre et l'injustice, elle multiplie les apparitions tout autour de la planète, du Woodstock à la fête de l'Humanité. Un grand concert le 24 décembre 1980 (veillée de Noël) sur le parvis de Notre-Dame de Paris (25000 spectateurs), avec pour final Blowin' in the Wind repris par les orgues et les cloches de la cathédrale, a été dédié aux enfants du monde, concert gratuit dont les droits de retransmission et les films sont allés à trois organismes différents dont l'un est Humanitas (et un mémorable concert place de la Concorde à Paris en juillet 1983), des marches pour les droits civiques sur Washington aux manifestations antiségrégationnistes de l'Alabama, sous les bravos du festival de Newport comme sous les bombes de Hanoï.

Et plus récemment (le 13 décembre 2005) avec les manifestants anti-peine de mort devant la prison où était détenu Stanley Tookie Williams, finalement exécuté. Elle n'abandonne pas le combat, encore ces dernières années, où sa voix unique accompagnée de sa guitare la mène en Europe de l'Est, au Moyen-Orient, en Amérique du Sud, etc.

Impliquée dans de nombreuses organisations humanitaires, elle est toujours sollicitée."

Ecrit par : anti | 08 avril 2008

La dépêche était très brève et je ne pouvais pas reprendre tout l'article de Wiki où il est notamment fait mention de Joan Baez, qui est une vraie référence en termes d'engagement humanitaire.

Je crois que c'est l'une des premières qui m'aient sensibilisée aux injustices, au collège quand j'ai lu le quatrain d'"here's to you".

Here's to you, Nicolas and Bart
Rest forever here in our hearts
The last and final moment is yours
That agony is your triumph


J'ai voulu en savoir plus à l'époque et j'ai découvert l'historie de Sako & Vanzetti.

Une grande dame, indubitablement.

Ecrit par : Miss You | 08 avril 2008

tiens on en parle justement ici ;) de Joan
Baez !

Ecrit par : sampang | 08 avril 2008

Tout est normal madame ;-) Je me disais que j'allais l'écouter dans la voiture. Je suis une inconditionnelle de "Sweet Sir Galahad".

Ecrit par : anti | 08 avril 2008

Merci Miss pour cet article... j'aime bcp Dylan. Je l'ai découvert au collège... oui, oui, ne riez pas ! musique à apprendre à la flûte et à chanter solo devant toute la classe... (miammm que de souvenirs ! :) )

Quand à Baez, il est balèze ! non ?

Ecrit par : Slayeras | 08 avril 2008

elle.... ;)

Ecrit par : sampang | 10 avril 2008

Pétard, c'est pas pour nous rajeunir ça !!!

Ecrit par : Boudufle | 10 avril 2008

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