15 avril 2008
Repenser demain
Lu dans le monde du jour cet article assez long mais riche, qui fait écho à l’interview du responsable d’Action contre la Faim entendu ce matin à la Matinale de Canal.
D’après ce responsable, si à très court et moyen terme, l’urgence est de fournir de la nourriture aux populations affamées, à plus long terme la solution consiste à :

Repenser l'agriculture de demain
Les experts n'avaient pas prévu les "émeutes de la faim" qui secouent la planète, mais leur travail ne pouvait tomber plus à propos : dans un rapport publié mardi 15 avril, la communauté scientifique des agronomes appelle à soutenir les petits paysans et à intensifier les recherches en agro-écologie. Le document, approuvé par 59 gouvernements à Johannesburg, le 12 avril, a été rédigé dans le cadre de l'IAASTD (International Assessment of Agricultural Science and Technology for Development), EISTAD en français (Evaluation internationale des sciences et technologies agricoles au service du développement).
Il est le fruit d'un processus similaire à celui suivi – pour l'analyse du changement climatique – par le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat). Engagé en 2004, l'IAASTD a réuni plus de 400 experts internationaux, chargés de définir les voies que devrait suivre la recherche agronomique pour relever le défi alimentaire dans les prochaines décennies.
Le processus a été piloté par Robert Watson, ancien président du GIEC, et soutenu par la Banque mondiale et l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Point original : les organisations non gouvernementales y ont été associées, qu'elles soient écologistes ou qu'elles représentent des entreprises. Un membre de Greenpeace figurait ainsi dans le bureau de l'IAASTD, qui comptait 55 personnes.
Le rapport affirme une "prise de conscience" de la pérennité d'une grave pauvreté rurale, liée au manque de soutien des politiques publiques pour l'agriculture, alors que de nouvelles contraintes se profilent à l'horizon : changement climatique, disponibilités en eau, concurrence des agrocarburants, érosion de la biodiversité…
"On ne peut pas jouer seulement sur le facteur de la technologie"
Achim Steiner, secrétaire du Programme des Nations unies pour l'environnement, a ainsi estimé que "si nos systèmes agricoles continuent de mettre l'accent uniquement sur la maximisation de la production au coût le plus bas, l'agriculture connaîtra une grande crise dans vingt à trente ans".
Le document de l'IAASTD marque un renversement d'optique par rapport à la politique qui a favorisé depuis un demi-siècle les cultures d'exportation au détriment des cultures vivrières (cacao en Côte d'Ivoire, arachide au Sénégal, soja en Argentine, etc.). "L'IAASTD propose une réorientation autour des savoirs locaux et communautaires, afin de retrouver une autosuffisance alimentaire, explique le Français Michel Dodet, de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), membre du bureau de l'IAASTD. On ne peut pas jouer sur le seul facteur de la technologie."
La discussion a achoppé sur la question du rôle des organismes génétiquement modifiés (OGM). L'organisation Crop Life International, qui regroupe des entreprises comme Monsanto et Syngenta, s'est ainsi retirée de la discussion en octobre 2007. Le processus n'en a pas moins continué, conduisant à "une vision de compromis entre deux visions dures de l'agriculture : celle qui place la technologie au centre de tout progrès et celle privilégiant les savoirs locaux", selon Marianne Lefort, agronome et coauteur d'un des rapports.
Par ailleurs, l'"agro-écologie", qui est la prise en compte des processus écologiques dans le système agricole, se voit pleinement reconnue par l'IAASTD.
Le rapport de synthèse a été approuvé par 59 des 63 Etats représentés au sein de l'IAASTD. Etats-Unis, Australie, Canada et Royaume-Uni ont indiqué "ne pas pouvoir [l']approuver complètement". Mais, dans une déclaration liminaire, ces pays ont apporté leur soutien à la démarche engagée. De son côté, la Chine a approuvé l'ensemble des textes, exprimant cependant des "réserves" sur le chapitre relatif aux biotechnologies.
La position de l'IAASTD vient conforter un changement d'orientation amorcé par la Banque mondiale, dont le dernier rapport annuel constatait qu'"alors que 75 % de la population pauvre mondiale vit dans les espaces ruraux, seulement 4 % de l'aide publique au développement va à l'agriculture". En fait, observe Michel Dodet, "on redécouvre que la production est une condition du développement".
Les mouvements de paysans, de mieux en mieux organisés, contribuent aussi à cette nouvelle perception. De passage à Paris, Rajagopal P.V., leader du mouvement indien des sans-terre, qui a conduit en octobre une marche de 25 000 paysans sur New Delhi, résumait, lundi 14 avril : "Pendant des années, on a entendu dire que les petits paysans n'étaient pas viables, qu'il fallait laisser faire les grandes exploitations. Aujourd'hui, avec les pénuries alimentaires, les gens comprennent que cette production centralisée ne marche pas."
Hervé Kempf
(Le Monde.fr du 15/04/2008)
16:38 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : ressources naturelles, ogm






Commentaires
il était temps ! ...
enfin moi je dis plus rien ;)
Ecrit par : sampang | 15 avril 2008
Reste à espérer qu'ils seront entendus et très vite. Comme le rappelait le responsable d'ACLF sur Canal, une personne meurt de la faim toutes les 4 secondes sur Terre.
Ecrit par : Anna Galore | 15 avril 2008
D'ailleurs, en parlant d'ACF, je déjeune avec un des responsable jeudi. Hâte de l'entendre raconter.
Ecrit par : anti | 15 avril 2008
tu nous diras ça heinG
Ecrit par : sampang | 15 avril 2008
J'ai pensé à toi quand je l'ai vu à la télé ce matin. ;-)
Ecrit par : Anna Galore | 15 avril 2008
puisque tout se joint et se rejoint ici ...
«Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.»
[ Aimé Césaire ]
Ecrit par : sampang | 16 avril 2008
Si on arrête l'agriculture productiviste on augmente la production de 20% ...Lu quelque part ( elle est bien bonne celle là)
Ecrit par : voiedorée | 16 avril 2008
Bon, ben voilà quoi. Il est plus que temps, effectivement de repenser demain dès aujourd'hui et même dès hier si c'était encore possible. Beaucoup de choses à faire. Il y a sur le site de ACF des articles très intéressants. Entre autre celui-ci :
10/04/08 - Hausse des prix des denrées alimentaires :
ACTION CONTRE LA FAIM APPELLE A LA CREATION D’UN FONDS MONDIAL POUR LUTTER CONTRE LA FAIM ET LA MALNUTRITION
Le phénomène de la hausse des prix des denrées alimentaires est constaté par Action contre la Faim dans nombre des pays dans lesquels elle intervient (Haïti, Sierra Leone, Liberia, Burkina Faso, Bangladesh, Afghanistan, Philippines, Ethiopie, Somalie…). L’association appelle à l’action concrète qui passe par la création urgente d’un fonds mondial pour lutter contre la faim et la malnutrition afin qu’enfin la 1ère cause de mortalité de la planète soit traitée à bras le corps.
Un même constat de terrain au Bangladesh, au Burkina, au Libéria et en Afghanistan…
D’après nos équipes sur le terrain, plusieurs phénomènes se croisent selon les pays : au Burkina Faso : le mil, le lait et l’huile ont augmenté de 25% en 1 an. Au Bangladesh, les prix des denrées ont doublé ou quasiment doublé sur la même période. En Afghanistan, dans les zones où l’association intervient, le blé a augmenté de 70% à 100% en une année également.
Dans ces 3 pays, au phénomène de hausse mondiale du cours des denrées alimentaires s’ajoute l’impact d’une production agricole locale trop faible due notamment à des aléas climatiques. Pour exemple, les inondations puis le cyclone Sidr ont ravagé les récoltes et les stocks des paysans bangladais ; l’hiver afghan extrêmement rude cette année a poussé les familles à d’ores et déjà consommer leur stock de nourriture, la désertification et/ou les conséquences des guerres passées en Afrique de l’Ouest ont freiné la production agricole localement.
Les équipes d’Action contre la Faim sur le terrain constatent également que les habitants des villes sont souvent les plus touchés par cette hausse des prix au vu de l’envolée des prix des carburants qui augmentent encore les coûts de transport des denrées des campagnes vers les villes. Ainsi, au Liberia, si un sac de 100 noix de coco coûtait encore 6 dollars il y a quelques mois, il en coûte aujourd’hui plus de 25 dollars dans la capitale Monrovia. En outre, dans les zones urbaines, les habitants ne produisant pas de nourriture sont 100% dépendants de leurs achats pour se nourrir et donc des prix sur les étals.
A l’aube d’une situation critique pour de plus en plus de populations ?
Si la montée des prix des denrées alimentaires touche des dizaines de pays dans le monde, l’impact de cette hausse est d’autant plus prégnant dans des pays où les populations sont majoritairement très pauvres et fragilisées. Dans la majeure partie des pays dans lesquels ACF intervient les populations vulnérables vivent avec moins de 1 dollar par jour et consacrent la quasi totalité de leur budget à la nourriture : la moindre hausse de ce budget peut donc les entraîner très rapidement dans la malnutrition.
La hausse des prix est souvent citée comme une des causes de la malnutrition par les personnes bénéficiaires des programmes nutritionnels d’ACF Rappelons qu’en septembre dernier, en Birmanie, les émeutes avaient commencé suite à la hausse des prix du riz et des carburants et qu’ACF avait alors constaté le doublement des admissions des personnes malnutries sévèrement dans ses centres de nutrition thérapeutique notamment suite à cette montée des prix.
Appel à la création d’un fonds mondial de lutte contre la faim et à la réforme du système de l’aide alimentaire
Dans ce contexte, ACF est très inquiète sur l’impact de la hausse des prix sur l’insécurité alimentaire mondiale : il y a aujourd’hui 854 millions de personnes qui souffrent de la faim, que près de 5 millions d’enfants en meurent chaque année et qu’au vu des phénomènes actuels (hausse de la demande , augmentation du prix du pétrole, impact des changements climatiques, agro-carburants), ce chiffre a de fortes probabilités d’augmenter encore.
La faim est la première cause de mortalité au monde, pourtant, dans de nombreux pays, la malnutrition n’est toujours pas traité comme un problème de santé publique. ACF demande donc que, sur le modèle des fonds spéciaux créés pour lutter contre le Sida ou la Tuberculose, un fonds mondial soit dédié à la lutte contre la faim et la malnutrition. Au-delà des déclarations d’intentions faites par nombre de pays aujourd’hui, il s’agit de se donner concrètement les moyens d’enrayer le phénomène en définissant deux axes prioritaires d’intervention pour ce fonds :
- le traitement de la malnutrition pour répondre à l’urgence vitale
- la prévention de la malnutrition pour agir à plus long terme sur les causes (relance de l’agriculture localement afin que les pays pauvres largement importateurs de denrées alimentaires puissent peu à peu gagner en autosuffisance ; relance de l’économie des familles notamment dans les zones urbaines pour que les personnes les plus vulnérables aient les moyens d’acheter de la nourriture ; …)
Une aide alimentaire eu profit des plus vulnérables
Si jusqu’alors les stocks ont toujours été à peu près disponibles pour répondre aux urgences, Action contre la Faim craint que l’assistance vitale à de nombreuses populations soient remises en cause. Action contre la Faim appelle donc à ce que les pays donateurs s’engagent sur le maintien inconditionnel de ces stocks d’aide alimentaire ou des montants financiers équivalents, indifféremment de l’évolution des cours des matières premières agricoles.
Par ailleurs ACF appelle à un meilleur fonctionnement du système de l’aide alimentaire mondial fondé sur les besoins des populations et non sur des choix politiques des Etats donateurs afin que l’aide fournie soit mieux ciblée et mieux utilisée.
Ce que me disait Hervé aussi, c'est que ACF est sur tous les fronts depuis toujours et que, malheureusement, celui-c, n'en était qu'un de plus...
anti
Ecrit par : anti | 17 avril 2008
Un économiste repenti avait calculé un jour que la somme des salaires mensuels de tous les individus de la planète divisée par la totalité des individus de la planète était égale à environ 5000 euros, soit ce salaire mensuel pour chacun d'entre nous.qui aura les boules?
mdr, je n'ai plus rien à rajouter.D'autant plus que personnellement je me demande bien ce que peut foutre un être humain avec plus de 5000 euros de salaire par mois.
Mais cela n'est que mon humble avis:), je précise que je n'ai qu'un anus, et de taille relativement moyenne.
Ecrit par : L_arbre | 18 avril 2008
une question m'intrigue :
non pas qu'est ce qu'on peux faire pour dépenser plus de 5000 euros par mois car je ne vois pas...Mais à quoi on différencie un gros anus d'un petit ???
Ecrit par : voiedorée | 18 avril 2008
c'est tres simple,le plus gros c'est celui qui fait les plus grosses.
Ecrit par : L_arbre | 18 avril 2008
Amis poètes, bonjour :-)
Ecrit par : Anna Galore | 18 avril 2008
hello anna, c'est le second degrés qui est surtout servi la;)
Ecrit par : L_arbre | 18 avril 2008
Oui, de ce côté-là, on a du cul.
Ecrit par : Anna Galore | 18 avril 2008
Mdrrr quelles notes fraiches dès le matin !
Ecrit par : sampang | 18 avril 2008
A condition de vraiment marquer l'arret pour le voir.
Ecrit par : L_arbre | 18 avril 2008
Pfff, tout ça, pour dire les choses telles qu'elles sont, me fait bien chier.
anti
Ecrit par : anti | 18 avril 2008
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