19 avril 2008

Les chemins nous inventent

Ce soir, j’ai envie de vous parler d’un livre que j’aime beaucoup. Une série de balades et de découvertes, des ambiances sereines et douces : une échappée...



Les chemins nous inventent
Philippe Delerm
Livre de poche 14584



La présentation :


« Les chemins nous inventent. Il faut laisser vivre les pas », écrit l’auteur.


Des années durant, accompagné de sa femme Martine, lui griffonnant des notes, elle prenant des photos, il s’est perdu à plaisir dans la campagne normande et la vallée de la Seine.
Ainsi, au gré du temps, s’est constitué ce livre.
Forêts, chemins, villages aux noms charmeurs – Verneuil, Mortemer, Miserey, … - sonnant à l’oreille comme un écho proustien, où passent quelquefois d’illustres souvenirs, Claude Monet à Giverny, la véritable Emma Bovary dans le véritable Yonville…

Aux antipodes du tourisme pressé et des sites prioritaires, nous apprenons ici à capter les images discrètes, la lumière d’un matin d’hiver, le chant d’une fontaine, la courbe d’une rivière. Balade, flânerie, promenade ? Plus encore : un art de vivre, une manière d’être au monde. Une philosophie, peut être.



Un extrait : « Le jardin mouillé » (Giverny)



(Crédit photo Martine Delerm)


« Les touristes s'amenuisent. On ne fait plus la queue sur le trottoir, pour pénétrer dans la maison. Tout redevient plus simple, un peu plus vrai, un peu plus calme. Fraîcheur grise, fin d'été : cela suffit pour que tout recommence à vivre, à respirer.

Venir à Giverny dans le jardin mouillé, quand octobre déjà flamboie en vigne vierge rougeoyante sur les murs alentour, quand tout autour le village soudain ressemble à un village, avec ses habitants, son école à la cour penchée, son rythme, son identité. Octobre. Le nom est doux à boire, coule dans la gorge comme un vin muscat. Octobre à Giverny, c'est la promesse d'un automne à la française, où l'onctuosité de la Normandie se mêle à l'aristocratie d'une Ile-de-France toute proche. Partout, au début de l'automne, on fait de la gelée de coings, de mûres. Ici, Monet marchait dans son jardin, et préparait des confitures de lumière.

J'entre dans le jardin gris et mouillé. Gris. Je ne l'avais jamais vu chanter dans cette tonalité qui semble froide, et cependant... Les asters, les cosmos aiment la douceur de ce gris, qui rend plus éclatant le blanc, plus délicats, plus nuancés le bleu, le mauve pâle, savamment déclinés en touffes de fraîcheur jusqu'au crépi rosé de la maison, à ses volets vert sombre.

Quelques gouttes tombent, et je me dis qu'il faut rentrer, comme si j'étais chez moi. Tout est ici si familier : le bruit des pas sur le gravier, les odeurs avivées par le début d'averse. Au pied des marches, je m'arrête un instant. Au-dessus de la rampe, à travers les lanternes vaguement chinoises d'un fuchsia, la petite porte verte aux vitres embrassées est si vivante. Ce n'est pas un gardien qui pourrait la pousser tout à coup, mais une cuisinière d'autrefois, le torchon sur l'épaule, et sur la tête un bonnet blanc gaufré.

Dans la maison, l'atelier tapissé de copies du maître ne parle guère - on ne vient pas ici pour trouver des copies. Mais juste avant, dans une pièce minuscule, il y a ces deux meubles amusants où l'on rangeait les oeufs. L'idée de chaleur blonde, de sensualité fermière s'accorde délicieusement au raffinement bleu des estampes japonaises. De la chambre du premier étage, c'est bon de regarder le jardin en contrebas, en se sentant un peu seigneur des lieux, au seuil d'une fraîche journée d'octobre. La pluie s'est arrêtée. Des parapluies se ferment au hasard des allées, une flèche de soleil vient de jouer sur les asters, les capucines. Je vais les retrouver, juste entre deux ondées. Mais d'abord m'attarder un peu dans la lumière jaune de la salle à manger, dans la lumière bleue de la cuisine, avec ses théories de casseroles en cuivre, sa cuisinière en fonte généreuse et monumentale - on imagine des parfums, des gestes vifs, des vitres embuées...

Dans le jardin trempé, les dahlias sont les vedettes de l'automne, du rose dragée au rouge sang, du pastel au velours, avec au bord de leurs pétales ce qu'il faut de légèreté, mais au coeur de la fleur ce qu'il faut d'opulence. Les cléomes ébouriffés affectent de ne pas trop s'en vexer, mais non, vraiment, leur rose est un peu grêle, leur forme trop sophistiquée. Quelques roses tardives et sombres se rouillent imperceptiblement, stoïques et penchées, comme accablées par le poids de leur beauté finissante.

Plus loin, deux amoureux s'embrassent sur un banc, près de l'étang des nymphéas. Monet aurait aimé cette lumière entre deux pluies, cet éclat furtif d'un soleil menacé. Devant le pont japonais, tout étonné du silence nouveau, du charme retrouvé, un sumac déploie voluptueusement la luxuriance orangée de son feuillage tropical. Tout au long de l'étang, les érables sont d'octobre en rouge pomme, en jaune mordoré.

Près des roseaux, d'un aster mauve, la barque en bois vert pâle, avirons sagement couchés, invite au voyage presque immobile, dans un infime clapotis qui n'effaroucherait ni les reflets des saules en longues chevelures, ni les feuilles pâlies flottant sur l'eau. C'est ça, aussi, le miracle de Giverny : malgré les autres, chacun y redevient soi-même ; chacun trouve au bord de l'étang ce reflet du bonheur qui chante pour lui seul son secret de lumière. »

Miss You

Commentaires

C'est vrai que chaque région a sa lumière.
j'y reconnais bien là mon gentil coin, humide et vert de ses rus et serpents d'eaux souterraines, ensoleillé sur des champs qui ont l'air de saigner des coquelicots, ou des forêts embrumées de ouate bleutée aux petits matins.
je dois absolument me dégotter ce livre!

Ecrit par : feuilllle | 19 avril 2008

Hé hé, je ne savais pas que c'était ton coin ;) c'est un petit bijou ce livre, il devrait te plaire.

Ecrit par : Miss You | 19 avril 2008

je le pense aussi!
:)

Ecrit par : feuilllle | 19 avril 2008

merci Miss, ma mère adore Philippe Delerm... j'ai mon idée de cadeau de fêtes des mères tout trouvé, à moins que je lui offre pour son anniversaire qui est bientôt aussi !

Je suis super contente. Merci Miss. Gros bisous.

Ecrit par : Slayeras | 20 avril 2008

Ca devrait lui plaire alors ;)
Biz à toi aussi Slay.

Ecrit par : Miss You | 20 avril 2008

Le jardin du rêve

J'aime venir me reposer,
A l'ombre de ce grand peuplier
Un livre à la main, ne plus penser à rien.
Je suis divinement bien.
Des fois, je laisse vagabonder mon esprit
Je suis dans mon paradis!
Celui-ci n'est que couleurs chatoyantes
Aux magnifiques odeurs énivrantes.
Aux roses à peines écloses,
Tout se mèlange dans ma tête
Mon âme part à la dérive
Remontant à la surface,
Des effluves de journées festives.
Jardin accueillant, un tantinet charmant
Jardin romantique, douce musique
Du léger bruissement des feuilles,
Qu'un vent léger amène à mes oreilles
Je m'arrête de respirer, pour mieux écouter,
Cet air mélodieux qui vient des cieux
Car j'y suis enfin au jardin de mes rêves.
Zaza

Ecrit par : Zaza | 20 avril 2008

Bonjour Zaza! :)

Ecrit par : feuilllle | 20 avril 2008

Bonjour feuilllle et bisous à toi.

Ecrit par : Zaza | 20 avril 2008

Je connais Delerme depuis longtemps avec "la première gorgée de bière" un chef d'oeuvre....

MERCI

Ecrit par : voiedorée | 21 avril 2008

il y a un jardin que j'adore et qui est tout en un, les jardins d'albert Kahn, une journée là bas, c'est magique on passe d'un paysage des vosges, à un jardin japonnais, puis à l'anglaise, à la française... une joie !

www.jardindhiver.eu/carnet_du_jardin/Les-jardins-d-Albert-Kahn_a8.html

Ecrit par : boudufle | 21 avril 2008

j'ai trouvé mieux !!!

www.1001fleurs.com/visites/ile-de-france/hauts-de-seine/les-jardins-albert-kahn_galerie_204.html

bonne promenade !!

Ecrit par : boudufle | 21 avril 2008

Hummm les jardins d'Albert Kahn, j'adorais y aller...

Et Bagatelle et ses allées de rosiers au plus fort de la floraison ? un vrai délice.

Ecrit par : Miss You | 21 avril 2008

oui!!! mais hors week-end !!

Ecrit par : boudufle | 21 avril 2008

Ouaip, quand on peut, c'est mieux ou alors très tôt ;)

Ecrit par : Miss You | 21 avril 2008

Merci pour la visite, Boudufle-Que-Je-Ne-Connais-Pas, et sourire à toi.
De toute façon, à Tous, Anna saura vous donner la clef de ma porte si un jour vous avez envie de visiter Giverny et faire une pause/Normandie !
Ce n'est évidemment pas une parole en l'air, l'air de rien!
:)

Ecrit par : feuilllle | 21 avril 2008

oui Voie, il est de chez nous ;) pas chauvin nous mdr ! j ai aussi cette première gorgée de bière ^^

Ecrit par : sampang | 23 avril 2008

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