24 avril 2008
Camille Claudel, telle quelle
Pour découvrir ou retrouver le travail de celle qui a pris au cinéma les traits d’Adjani, voici une expo qui doit mériter le détour :

(crédit photo : camilleclaudel.asso.fr)
"Camille Claudel 1864-1943", Musée Rodin, 79, rue de Varenne, Paris-7e. Mo Varenne, Invalides, Saint-François-Xavier. Tél. : 01-44-18-61-10.
Du mardi au dimanche, de 9 h 30 à 18 heures ; mercredi jusqu'à 21 heures. Jusqu'au 20 juillet. 7 €.
Ce qu’en dit Le Monde :
Camille Claudel, telle quelle
De Camille Claudel (1864-1943), nul ne peut ignorer qu'elle était la soeur aînée du poète et ambassadeur Paul Claudel, qu'elle fut l'élève, le modèle et la maîtresse malheureuse d'Auguste Rodin et qu'elle fut internée en 1913 à l'asile de Ville-Evrard à la demande de sa mère et de son frère Paul. Transférée en 1914 à l'asile de Montdevergues, près d'Avignon, elle y mourut en 1943.
Bien des biographies et le film de Bruno Nuytten en 1988 ont popularisé son nom et son destin désastreux. La conduite de Rodin et celle de Paul Claudel à son égard la désignaient pour incarner aujourd'hui la femme artiste maltraitée par le pouvoir masculin, méconnue dans son œuvre humiliée dans son corps, condamnée à l'enfermement pour préserver la réputation de la si chrétienne famille Claudel.

Tout cela est incontestable. Mais tout cela a fini par recouvrir l'oeuvre de pages et d'images. On n'en commente que les oeuvres, Sakountala et L'Age mûr, qui paraissent s'expliquer par sa liaison avec Rodin et leur rupture.
L'exposition qui se tient au Musée Rodin - juste retour des choses... - se distingue par son souci d'exhaustivité et de neutralité. Elle montre dans l'ordre chronologique autant de plâtres, de bronzes et de marbres que possible, plus de quatre-vingts. Elle s'attache autant aux débuts - le temps avant Rodin - qu'aux dernières oeuvres, dans les années 1900. Elle présente différents états des mêmes pièces, afin que l'on puisse comparer le modelé et son tirage ou sa réinterprétation dans la pierre. Approche scientifique et présentation sobre. Des oeuvres peu connues ont réapparu, tel un petit nu de bronze près d'une cheminée d'onyx retrouvé par un chineur aux puces de Miami.
Ce mode de présentation est efficace. Il montre d'abord que le travail d'après modèle à l'Académie Colarossi puis dans un atelier indépendant permet à l'artiste de maîtriser vite les techniques de la sculpture et d'affirmer aussi vite son sujet presque unique - la figure humaine - et sa volonté de réalisme, qui lui fait choisir des modèles à l'opposé du beau idéal, vieilles femmes et mauvais garçons.
Son arrivée chez Rodin, en 1884, confirme cette orientation, l'accentue - elle ne la crée pas. Seule différence, majeure il est vrai : la violence qui est jusque-là représentée dans un style descriptif passe désormais dans le geste, l'attaque de la surface, les disproportions, la gestuelle des nus. Les corps se tordent, les musculatures se nouent, les bouches crient.
Ce que Rodin ose pour les Bourgeois de Calais ou la Porte de l'Enfer, Camille Claudel l'ose pour la Clotho. Le plâtre montre la Parque au corps décharné environnée des tresses de ses cheveux, elle qui tresse les fils des destins humains. Deux autres versions, sans chevelure ni bras, poussent l'expressionnisme un degré plus avant. Ce travail de reprises et de variations est celui que Rodin fait subir à ses propres créations. Mais, si la méthode est la même, la destruction de l'idéal féminin est du seul fait de la sculptrice.
C'est au fond cela qui se voit le plus : non seulement Camille Claudel est une femme artiste, mais, en plus, elle ne respecte pas les canons de la statuaire féminine classique ou néoclassique : jeunesse, belles proportions, volumes à caresser. Elle a des sujets bizarres, qu'elle nomme "petites choses nouvelles", quatre causeuses qui cancanent dans leur coin, des filles seules devant le feu. Elle a des alliances de matériaux bizarres, dans des dimensions qui ne le sont pas moins. Elle aime l'onyx vert absinthe qu'elle taille et grave tantôt en forme de boiseries XVIIIe, tantôt de vague monstrueuse qui va engloutir trois petites baigneuses condamnées.
Allusion à elle-même ? Symbole plus général ? En tout état de cause, cet art va à rebours des conventions et usages de la sculpture - commémorative, lyrique, publique. Quand Camille Claudel essaie de s'y conformer, pour vivre, et polit en marbre blanc les bustes de la famille de Maigret, elle se fait violence pour y parvenir - et cela se voit. Cette violence, ajoutée à toutes les autres, elle n'a pas pu la supporter longtemps.""
(Source Le Monde du 24 avril 2008)

(crédit photo : camilleclaudel.asso.fr)
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21:05 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : rodin, musée rodin, sculpture






Commentaires
Miiiiiiiss ! j adore Camille Claudel !!! ( et encore à noter sur l agenda ;)) j ai le temps ^^
Ecrit par : sampang | 25 avril 2008
Parigot.... Tout pour eux rien pour nous.....
Ecrit par : voiedorée | 25 avril 2008
Camille Claudel... J'ai lu récemment un livre sur elle, qui m'a vraiment beaucoup touchée : Une Femme, d'Anne Delbée. Un très beau livre qui retraçait son destin torturé.
Ecrit par : Ness | 25 avril 2008
C est dans sa douleur, c est par cette douleur que vient aussi son Art... comme souvent les artistes. C est leur désarroi qui les perd mais qui les fait forts...et cette passion avec Rodin qui a vu se déchainer les génies.
Reggiani lui a fait une magnifique chanson :
Camille
La petite drôle de fille
Avec des yeux trop grands
Pour ne pas être bleus,
La petite drôle d'anguille
Avalait en courant
La forêt quand il pleut
Et la terre sur laquelle elle jetait son corps
Comme on s'endort sur l'autre,
Ce lit où la vie se vautre,
Elle jurait que ses mains y défieraient la mort
Paul, mon petit Paul, tu vois
Ces branches que la pluie
Dessine sur le ciel ?
Il m'arrive quelquefois
D'imaginer la nuit
Des arbres artificiels
Et je sais très bien qu'un jour
J'animerai la pierre de mon ciseau-caresse,
Oui, le marbre a sa faiblesse
Et je veux lui donner la forme de l'amour.
Camille, la vie, c'est le seul vrai mélo
Ça part d'un grand éclat de pleurs
Ça rit avec des trémolos
Camille, la vie, c'est un superbe enfer
Et Dieu est un curieux sculpteur
Qui tue les statues qu'il préfère
La petite drôle de femme
Au fond de l'atelier
Du grand Monsieur Rodin,
La petite drôle de dame
En habit d'écolier
Ignorait le dédain
Et faisait sourire une âme
Aux lèvres de granit
Au milieu du grand vide
Où le temps sculpte des rides
Aux étangs de champagne
Et au front d'Aphrodite.
Oh, Monsieur Rodin, le feu
Le feu, je veux pouvoir l'enfermer dans la pierre !
Oh, Monsieur Rodin, mes yeux,
Pourquoi me font-ils mal le soir sous mes paupières ?
La mort, non, je n'ai pas peur d'elle
Mais j'ai peur que l'amour nous oublie en chemin.
Nous, les amants immortels,
Toi, Auguste Claudel,
Moi, Camille Rodin
Camille, la vie, c'est le seul vrai mélo
Ça part d'un grand éclat de pleurs
Ça rit avec des trémolos
Camille, la vie, c'est un superbe enfer
Et Dieu est un curieux sculpteur
Qui tue les statues qu'il préfère
Ecrit par : sampang | 25 avril 2008
Sampang,
J'ai cherché cette chanson sur itunes mais pas trouvée...
Le titre est vraiment "Camille" ?
Trente ans dans un asile??? On se demande de quel côté sont les fous....Quel monde de c..... parfois
Ecrit par : Baliramas | 25 avril 2008
rien à dire, c'est simplement la détresse et la magie d'une âme qui dans son monde d'imaginaire à fait son chemin, elle a eu la seule folie de nous la faire partager... seuls, les grands artistes sont comme elle , et sans bruits ni publicité...
Ecrit par : boudufle | 25 avril 2008
Merci Sampang pour cette magnifique chanson de Reggiani, je la découvre ici :)
D'accord avec toi Boud, détresse et magie à la fois.
Ecrit par : Miss You | 25 avril 2008
oui Baliramas c est bien Camille le titre. J ai tout de Reggiani, mon problème est de ne pas avoir de lien pour te la faire écouter :(
Ecrit par : sampang | 26 avril 2008
Miss alors là, je ne peux que te remercier pour cet article, sachant que je voue une véritable passion à cette artiste, et ce depuis l'enfance. D'ailleurs, ma fille ne s'apppelle pas Camille pour rien. ;-)
Quel beau samedi qui commence ! un grand merci !
Samp', merci aussi pour cette chanson de Reggiani que j'écoutais en boucle quand j'étais ado. Son album, retrace plusieurs vie en chanson, dont une autre superbe sur Robespierre.
Ecrit par : Slayeras | 26 avril 2008
Feuilleté (puis acheté) ce matin à la maison de la Presse : Hors Série du Figaro N° T03657 "Camille Claudel la Femme, l'Artiste, l'Insoumise".
Superbe numéro, quelques chapitres et titres de ce Hors série :
- les mouvements de l'âme (Images de la rétrospective du Musée Rodin)
- 12 journées de la vie d'une femme (De Secrets de famille à Voyage au bout de la nuit, en passant par l'Ecume des jours)
- L'extase et l'agonie (De Auguste et Camille à Les vestiges du jour, en passant par A nous deux Paris)
- L'année Claudel.
Ecrit par : Miss You | 15 mai 2008
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