29 avril 2008

Géant vert

Je viens de lire le portrait d’un homme dont j’admire depuis longtemps l’engagement et la force de conviction. On découvre à la fin de l’article qu’il a parfois transigé. Trop peut-être ? Trop sans doute.

Il a néanmoins réussi à faire entendre sa voix et permis d’en entendre d’autres que l’on n’aurait pas écoutées sinon. Il a permis de mettre l’accent et d’alerter sur des causes et des combats qui sont de première importance, de première urgence.

Alors oui, malgré tout, je dois bien reconnaître qu’il me plaît ce géant là.

Il ne vous est pas inconnu, j'en suis sure.
Anna a déjà évoqué ses combats en matière d'environnement et en faveur des Aborigènes.
Les fans des 80's le connaissent pour sa musique.

Je vous laisse le découvrir un peu plus...

Miss You



crédit photo www.deadheart.uk



Peter Garrett, le ministre rock du gouvernement australien


Au Parlement australien, assis à côté des autres ministres, Peter Garrett ne détonne guère. Ne seraient son crâne rasé qui dépasse et ses jambes incasables, il passerait presque inaperçu. Le quinquagénaire adresse ses commentaires au premier ministre, discute, rit à l'occasion. Envolés, les chapeaux ou foulards autour du front, remisées les chemises de couleur de ses clips. Peter Garrett, ex-chanteur des Midnight Oil, groupe de rock australien engagé et star des années 1980, a endossé l'habit de ministre de l'environnement, du patrimoine et des arts depuis la victoire des travaillistes, fin 2007. Depuis, le Géant vert - surnommé ainsi pour ses presque deux mètres de haut et ses combats environnementaux - s'habille en sombre.

Pendant la session parlementaire, Peter Garrett déserte Maroubra, la banlieue de Sydney où vit sa famille, mais il a toujours été très discret sur sa vie privée : tout juste sait-on qu'il est marié à une psychothérapeute et qu'ils ont trois enfants. A Canberra, dans son bureau, on trouve essentiellement des livres sur l'environnement. C'est d'ici que le ministre met au point ses nouvelles stratégies : ainsi de la lutte contre la campagne de pêche à la baleine organisée par les Japonais. Rien que de très normal au fond, pour l'ancien étudiant en droit, passé par la prestigieuse Université nationale australienne (ANU) de Canberra.

Avant d'en arriver là, l'homme a fait un détour par une autre scène. En 1973, alors qu'il a 20 ans, Peter Garrett lit une petite annonce dans le Sydney Morning Herald. Un groupe cherche un chanteur pour faire une tournée, il se présente à l'audition. "Pete est entré, l'air vraiment intimidant. (...) Il a commencé à improviser. Ce qu'il faisait était vraiment unique", raconte Jim Moginie, l'un des membres du groupe, dans la biographie écrite par Mark Dodshon, en 2004, Beds are Burning, titre d'une célèbre chanson des Midnight Oil. Le groupe se séparera en 2002, après plus de 2 000 concerts et 140 chansons.

Nés des années 1970, soutenus d'abord par la communauté des surfeurs "Aussies", les Midnight Oil choisissent des thèmes a priori peu attrayants. "Les Oil, ce ne fut jamais sexe, drogue et rock and roll", commente Dodshon. A la place, ils chantent contre la déforestation et le nucléaire, pour le respect des droits des Aborigènes. Cela pourrait suinter les bons sentiments et les accords sirupeux : les musiciens en font un rock dur. Peter Garrett abandonne ses longs cheveux blonds et se fait la boule à zéro. Sur scène, le grand échalas déploie toute son énergie dans des mouvements hallucinés. "C'était étonnant, comme une marionnette dansant partout sur scène", se rappelle Andrew McMillan, qui a décrit la tournée des Oil dans le désert australien, en 1986, dans son ouvrage Strict Rules (Hodder, 1989).

Rapidement, ils deviennent des stars. "Les gens les aimaient car ils étaient courageux", dit McMillan. A la fin des années 1980, l'album Diesel and Dust, et son titre légendaire Beds Are Burning, a fait le tour de la planète. Les Oil résistent aux sirènes du succès, multiplient les gestes symboliques. Ils le feront encore une fois en 2000, en chantant devant le monde entier pour la défense des Aborigènes, lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Sydney. Sur scène, Peter Garrett et les musiciens apparaissent avec le mot sorry (pardon) inscrit sur leurs vêtements. Quelque part dans la foule, le premier ministre de l'époque, John Howard, hostile à toutes excuses officielles auprès des autochtones, doit avaler l'affront.

Entre ses tournées, Garrett tente d'investir d'autres domaines. En 1984, il se présente, sans succès, au Sénat pour le Parti du désarmement nucléaire. Durant deux mandats, il est président de la puissante Fondation australienne pour la conservation, une ONG environnementaliste.

Mais de cela, on n'en entend plus beaucoup parler. Car depuis son entrée au sein du Parti travailliste, en 2004, le discours s'est assoupli, l'image s'est policée. Le ministre affirme vouloir maintenant changer les choses de l'intérieur. "J'aime la musique, mais j'ai toujours pensé que si j'avais l'occasion d'entrer au Parlement, je la saisirais", explique-t-il aujourd'hui. Par tradition familiale, il serait plus travailliste qu'écologiste : "Je me préoccupe de l'environnement. Mais je voulais défendre un ensemble de valeurs qui sont celles du Labor." Ses amis d'hier l'accusent d'avoir vendu son âme. "Peter a choisi d'aller vers le pouvoir plutôt que de suivre son coeur", affirme, lapidaire, Bob Brown, chef du parti des Verts. Dans le camp d'en face, les libéraux auraient presque la dent plus tendre.

Il faut dire que Peter Garrett a commis l'impardonnable aux yeux des écologistes, en soutenant un projet controversé d'usine à papier en Tasmanie. Trahison ultime, pour ceux qui autrefois l'ont accompagné dans les forêts tasmaniennes. "Il s'est battu pour protéger des zones désormais menacées par ce projet", s'insurge Paul Oosting, de la Wilderness Society. Le militant antinucléaire qui chantait River Runs Red (La rivière coule rouge), référence à la pollution causée par les compagnies minières, s'est rallié à la position de son parti approuvant l'exploitation de nouvelles mines d'uranium. Il se contente de dire que "le projet doit respecter une série de normes". Le chevalier vert qui, en 1990, donnait un concert devant l'immeuble d'Exxon à New York, en réaction à la marée noire de l'Exxon-Valdez, rencontre désormais les grands industriels du pays pour parler environnement. "Il a toujours compris que les entreprises avaient un grand rôle à jouer", commente John Schubert, l'un des directeurs de BHP Billiton Ltd, ancien d'Exxon lui-même converti à la lutte contre le réchauffement climatique.

Pragmatisme poussé à l'extrême ? Souriant, la parole lisse et carrée, le ministre contourne les questions épineuses et se dit "fier" d'appartenir à un gouvernement qui a ratifié le protocole de Kyoto sur le réchauffement climatique. "Il a appris à faire des compromis. Sa tactique : des pas minuscules. Il sait ce qu'il fait", soutient Mark Dodshon. Peut-être n'avait-il pas mesuré toutes les difficultés qui l'attendaient. "La discipline, dans le parti, avoue-t-il, est importante." Il l'a appris à ses dépens : après des gaffes durant la campagne pour les élections de novembre 2007, Peter Garrett a été privé de deux dossiers clefs, l'eau et le changement climatique, par le premier ministre Kevin Rudd.

"J'espère sacrément qu'il va finir par s'affranchir des contraintes qui pèsent sur lui", soupire Andrew McMillan. Le chanteur et surfeur aguerri a jusqu'aux prochaines élections pour apprivoiser les remous de la vie politique. Ou rassurer ses vieux fans.

Marie-Morgane Le Moël

(Source Le Monde.fr du 29.04.08.)

Commentaires

Il y a une marge entre ce qu'on veux et les réalités . Il faut souvent transiger pour obtenir un peu de ce que l'on souhaite.... Hélas

Ecrit par : voiedorée | 30 avril 2008

Grande admiration pour lui, merci pour ce portrait.

How can we sleep when our beds are burning?

Ecrit par : Anna Galore | 30 avril 2008

Et hop :

Out where the river broke
The bloodwood and the desert oak
Holden wrecks and boiling diesels
Steam in forty five degrees

The time has come
To say fair's fair
To pay the rent
To pay our share
The time has come
A fact's a fact
It belongs to them
Let's give it back

How can we dance when our earth is turning
How do we sleep while our beds are burning
How can we dance when our earth is turning
How do we sleep while our beds are burning

The time has come to say fairs fair
to pay the rent, now to pay our share

Four wheels scare the cockatoos
From Kintore East to Yuendemu
The western desert lives and breathes
In forty five degrees

The time has come
To say fair's fair
To pay the rent
To pay our share
The time has come
A fact's a fact
It belongs to them
Let's give it back

How can we dance when our earth is turning
How do we sleep while our beds are burning
How can we dance when our earth is turning
How do we sleep while our beds are burning

The time has come to say fair's fair
To pay the rent, now to pay our share
The time has come, a fact's a fact
It belongs to them, we're gonna give it back

How can we dance when our earth is turning
How do we sleep while our beds are burning

Ecrit par : Miss You | 30 avril 2008

mdrrr...le titre c'est et hop??? bon, je vais boire moncafé ...

Ecrit par : boudufle | 30 avril 2008

mdrrrrrrrr

ça c'est quand je poste le matin, j'oublie des crucs mais bon... ^^

Pour les puristes, le titre est "Beds are burning".

Ecrit par : Miss You | 30 avril 2008

Peter Garrett. Homme engagé. J'aime beaucoup, depuis toujours. Anna en a d'ailleurs souvent parlé ici ou ailleurs.

Ben, ma foi, pour être honnête, je préfère avoir Midnight Oil en tête que "Besoin de rien, envie de toi"... (Mathieu, j'te hais).

Ecrit par : anti | 30 avril 2008

moi ce que je préfère c est la traduction ! HeinG Boud que nous on aime ?! mdr

Ecrit par : sampang | 30 avril 2008

Transiger ? ou bien en effet choisir de faire un tout petit peu bouger les choses de l'intérieur plutôt que rester impuissant en campant sur de très respectables positions???? Vaste débat.
Chaque pierre à l'édifice mène vers la perfection

Dans un autre registre, "beds are burning"? On peut rêver ;-)

Ecrit par : Baliramas | 01 mai 2008

"Transiger ? choisir de faire un tout petit peu bouger les choses de l'intérieur plutôt que rester impuissant en campant sur de très respectables positions???? "

Entièrement d'accord, mieux vaut transiger et avancer, ne serait-ce que de quelques pas.

Ecrit par : Miss You | 01 mai 2008

"Dans un autre registre, "beds are burning"? On peut rêver ;-)"

MORTE DE RIRE !!!

"ou bien choisir de faire un tout petit peu bouger les choses de l'intérieur plutôt que rester impuissant en campant sur de très respectables positions"

Puisque nous sommes dans le vif du sujet et en Australie, connais-tu ce livre : "Message des hommes vrais au monde mutant : Une initiation chez les aborigènes" de Marlo Morgan ? Un régal !

anti, en plein rêve

Ecrit par : anti | 02 mai 2008

excellent Anti !!! ah si j avais été avec eux ces derniers jours ... ;)

Ecrit par : sampang | 02 mai 2008

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