02 juin 2008

YSL, mort d'un créateur



PARIS (AFP) — Yves Saint Laurent, l'un des couturiers majeurs du 20e siècle avec Dior ou Chanel, qui a donné une nouvelle liberté aux femmes en créant un style mêlant le féminin au masculin dont l'emblème est le smoking, est décédé dimanche à l'âge de 71 ans, a-t-on appris auprès de la Fondation Bergé-Saint Laurent.

La santé du couturier était déclinante depuis plusieurs mois au point qu'il ne venait plus au 5 avenue Marceau, siège de la griffe transformée en 2004 en Fondation, où il avait toujours son bureau.

Pierre Bergé, qui a cofondé et dirigé pendant 40 ans la griffe YSL, s'est déclaré "bouleversé". Pour lui, Yves Saint Laurent a "accompagné l'évolution des femmes". "Il savait parfaitement qu'il avait révolutionné la haute couture, l'importance qu'il a occupé dans la deuxième partie du 20e siècle", a-t-il dit.

Né le 1er août 1936 à Oran (Algérie), celui qui s'appelle alors Yves-Mathieu Saint-Laurent a connu la gloire très jeune, dès son premier défilé chez Christian Dior à qui il avait succédé après le décès brutal du maître en 1957.

Sa ligne "Trapèze" qui rompt avec les tailles de guêpe de l'époque, est un véritable succès.

En 1961, il crée sa propre maison en partenariat avec Pierre Bergé. Ensemble, le premier à la création, le second à la gestion, ils vont bâtir une griffe qui symbolise toujours l'élégance française.

Ancré dans son temps, il donnera aux femmes une nouvelle liberté en modernisant la couture et créant un prêt-à-porter -- une nouveauté pour un couturier -- puisé dans le vestiaire masculin: caban, saharienne, tailleur-pantalon et bien sûr smoking, porté par exemple avec une blouse très transparente, autre emblème Saint Laurent.

Grand collectionneur d'art, féru d'opéra et de théâtre, Saint Laurent a multiplié les inspirations - de Picasso à Van Gogh en passant par le Pop Art, de l'Afrique à la Russie ou encore à la littérature avec Shakespeare.

Régulièrement, le couturier a créé l'événement ou fait scandale, comme en 1971 avec sa collection inspirée des années 40 et en posant nu pour le lancement d'un parfum ou en 1977 en lançant "Opium".

"Je me suis toujours élevé contre les fantasmes de certains qui satisfont leur ego à travers la mode. J'ai au contraire toujours voulu me mettre au service des femmes. J'ai voulu les accompagner dans ce grand mouvement de libération que connut le siècle dernier", avait dit Yves Saint Laurent lors de l'annonce de ses adieux à la haute couture en 2002.

Devant la presse, le couturier à la timidité maladive avait avoué avoir connu dans sa vie "la peur et la terrible solitude. Les faux amis que sont les tranquillisants et les stupéfiants. La prison de la dépression et celle des maisons de santé".

La maison Saint Laurent sera vendue deux fois: en 1993 à Elf-Sanofi et en 1999 au groupe Gucci, filiale du groupe français PPR, qui a scindé la griffe en deux entités, la haute couture étant préservée au 5 avenue Marceau où M. Saint Laurent créera ses modèles jusqu'en 2002.

Cette année là et pour ses adieux, il a présenté au centre Georges Pompidou, à Paris, un défilé rétrospective de 40 ans de création à la fin duquel il a été ovationné.

Commentaires

Chapeau bas Monsieur Saint Laurent et merci.

Ecrit par : Miss You | 02 juin 2008

Bon ben, YSL hein... j'écrivais cela sur le fil de Miss You

http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2008/05/08/40-ans-de-style-ysl.html

"A mes yeux YSL c'est la Femme dans toute sa féminité, forte et fragile à la fois, l'Elégance, la Grâce et le raffinement. Il y a un côté félin dans les créations de ce couturier que j'adore. Félin dans la souplesse et dans le caractère je dirai aussi, une sorte de fierté bien placée."

Je pense toujours pareil.

Merci pour tout monsieur, que le voyage vous soit agréable ;-)

anti, un peu de votre mémoire du coup.

Ecrit par : anti | 02 juin 2008

Son discours d’adieu du 22 janvier 2002

«Mesdames et messieurs, Je vous ai conviés aujourd'hui pour vous annoncer une nouvelle importante qui concerne ma vie personnelle et mon métier. J'ai eu la chance de devenir à 18 ans l'assistant de Christian Dior, de lui succéder à 21 ans et de rencontrer le succès dès ma première collection en 1958.

Il y aura 44 ans dans quelques jours. Depuis, j'ai vécu pour mon métier et par mon métier. Je veux rendre hommage à ceux qui m'ont influencé, qui ont guidé mon action et m'ont servi de référence. Tout d'abord Christian Dior qui fut mon maître et qui, le premier, me fit découvrir les secrets et les mystères de la haute couture. Balenciaga, Schiaparelli.

Chanel, bien sûr, qui m'a tant apporté et qui, on le sait, a libéré les femmes. Ce qui m'a permis, des années plus tard, de leur donner le pouvoir et, d'une certaine manière, de libérer la mode. En ouvrant en 1966, pour la première fois au monde, une boutique de prêt-à-porter à l'enseigne d'un grand couturier et en créant sans me référer à la haute couture, j'ai conscience d'avoir fait progresser la mode de mon temps et d'avoir permis aux femmes d'accéder à un univers jusque-là interdit.

Comme Chanel, j'ai toujours accepté la copie et je suis très fier que les femmes du monde entier portent des tailleurs-pantalons, des smokings, des cabans, des trench-coats. Je me dis que j'ai créé la garde-robe de la femme contemporaine, que j'ai participé à la transformation de mon époque. Je l'ai fait avec des vêtements, ce qui est sûrement moins important que la musique, l'architecture, la peinture et bien d'autres arts, mais quoi qu'il en soit, je l'ai fait. On me pardonnera d'en tirer vanité, mais j'ai, depuis longtemps maintenant, cru que la mode n'était pas seulement faite pour embellir les femmes, mais aussi pour les rassurer, leur donner confiance, leur permettre de s'assumer. Je me suis toujours élevé contre les fantasmes de certains qui satisfont leur ego à travers la mode. J'ai, au contraire, voulu me mettre au service des femmes. C'est-à-dire les servir. Servir leur corps, leurs gestes, leurs attitudes, leur vie. J'ai voulu les accompagner dans ce grand mouvement de libération que connut le siècle dernier.

J'ai eu la chance de créer en 1962 ma propre maison de couture. Il y a 40 ans. Je veux remercier ceux qui m'ont fait confiance dès le début. Michel de Brunhof qui me conduisit chez Christian Dior. Mack Robinson qui crut en mon destin et me permit d'ouvrir ma maison. Rich ard Salomon à qui je dois tant. Comment pourrais-je oublier des journalistes tels que John Fairchild, Carmel Snow, Diana Vreeland, Nancy White, Eugenia Sheppard, Edmonde Charles-Roux, Françoise Giroud? Plus près de moi, je veux remercier Pierre Bergé, bien sûr, mais est-ce la peine d'insister? Anne-Marie Munoz, la merveilleuse Loulou de la Falaise.

Il m'est impossible de citer tous les premiers et premières d'atelier qui m'ont accompagné depuis le début. Pourtant, qu'aurais-je fait sans eux? Sans leur grand talent que je me plais à saluer. Tous les ouvriers et ouvrières dont le dévouement admirable m'a tellement aidé et à qui je veux exprimer ma profonde gratitude comme je l'exprime à l'ensemble de ma maison.

Je veux remercier les femmes qui ont porté mes vêtements, les célèbres et les inconnues, qui m'ont été si fidèles et qui m'ont causé tant de joies. J'ai conscience d'avoir pendant ces longues années accompli mon travail avec rigueur et exigence. Sans concessions. J'ai toujours placé au-dessus de tout le respect de ce métier qui n'est pas tout à fait un art mais qui a besoin d'un artiste pour exister. Je pense que je n'ai pas trahi l'adolescent qui montra ses premiers croquis à Christian Dior avec une foi et une conviction inébranlables. Cette foi et cette conviction ne m'ont jamais quitté. Tout homme pour vivre a besoin de fantômes esthétiques. Je les ai poursuivis, cherchés, traqués. Je suis passé par bien des angoisses, bien des enfers. J'ai connu la peur et la terrible solitude. Les faux amis que sont les tranquillisants et les stupéfiants. La prison de la dépression et celle des maisons de santé. De tout cela, un jour je suis sorti, ébloui mais dégrisé. Marcel Proust m'avait appris que «la magnifique et lamentable famille des nerveux est le sel de la terre». J'ai, sans le savoir, fait partie de cette famille. C'est la mienne. Je n'ai pas choisi cette lignée fatale, pourtant c'est grâce à elle que je me suis élevé dans le ciel de la création, que j'ai côtoyé les faiseurs de feu dont parle Rimbaud, que je me suis trouvé, que j'ai compris que la rencontre la plus importante de la vie était la rencontre avec soi-même. Les plus beaux paradis sont ceux qu'on a perdu.

Pourtant j'ai choisi aujourd'hui de dire adieu à ce métier que j'ai tant aimé. Le prochain défilé auquel je vous convie le mardi 22 janvier prochain à 18 heures au Centre Georges-Pompidou sera en grande partie une rétrospective de mon oeuvre. Beaucoup d'entre vous connaissent déjà les modèles qui défileront. J'ai la naïveté de croire qu'ils peuvent braver les attaques du temps et tenir leur place dans le monde d'aujourd'hui. Ils l'ont déjà prouvé. D'autres modèles de cette saison les accompagneront. Je veux remercier également M. François Pinault et lui exprimer ma gratitude pour me permettre de mettre harmonieusement un point final à cette merveilleuse aventure et qui a cru comme moi que la haute couture de cette maison devait s'arrêter avec mon départ.

Enfin, je veux vous remercier, vous qui êtes ici et ceux qui n'y sont pas, d'avoir été fidèles aux rendez-vous que je vous ai donnés depuis tant d'années. De m'avoir soutenu, compris, aimé. Je ne vous oublierai pas.»

Ecrit par : Miss You | 02 juin 2008

moi j ai toujours admiré les Hommes qui vivaient avec Passion ! qui vivaient avec leurs passions au quotidien ^^ ( même si ça pique un peu de temps heinG ;))

Yves saint Laurent, c est la grâce et la classe. Je ne savais pas que lorsque j étais plus jeune et que je portais des costumes de gars à même la peau, j étais très tendance mdr !

en parlant couture, parce qu il a la délicatesse de parler des "petites mains", j ai ma fille qui m a envoyée un texto avant hier soir ( ça devait être le soir des émotions ! mdr ) pour me dire " je remercie vraiment car c est difficile de travailler jour et nuit pour pas un sous... mais je serai fière quand sur le générique je lirai "assistante costumière : Fanny N......". Je suis fière de porter ton nom...
Bah moi aussi, je suis très fière d elle ! ^^
et à tous ceux qui travaillent dans l ombre : hip hip hip houra !!!

Ecrit par : sampang | 02 juin 2008

Bravo !!! Tu peux être fière oui ! Quel aiguillage !

Anti

Ecrit par : anti | 02 juin 2008

tu tiens le bon bout toi ! mdr

Ecrit par : sampang | 02 juin 2008

Voui, j'suis bout en train ;-)

anti, gare de départ.

Ecrit par : anti | 02 juin 2008

Ramses vient de signaler cette note sur un autre blog dans un autre commentaire :

La Collection Yves Saint Laurent/Pierre Bergé en vente

http://alaintruong.canalblog.com/archives/2008/09/27/10734348.html

A voir absolument !

anti

Ecrit par : anti | 18 février 2009

Anti,

Heureux que ça t'ait plu et étonné que cela t'ait échappé... Les photos sont splendides... Quelles richesses dans si peu d'espace !

Ecrit par : ramses | 18 février 2009

Superbes photos, merci Ramsès pour ce lien.

Les quelques articles lus jusque là sur cette vente ne montraient quasiment rien des objets mis aux enchères.

Voilà qui y remédie et bien encore ;)

Ecrit par : Miss You | 18 février 2009

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