17 juin 2008

Goûter la vie

Au hasard du web, je suis tombée sur un article de Psychologies.com qui indique « 50 façons de goûter la vie ». En voici quelques-unes, parfois racontées par leur auteur.




Préparer un repas avec des amis, dans la cuisine : parler, rire, humer, goûter.


Regarder ce que l’on ne regarde jamais : les insectes sous la pierre en s’agenouillant, le spectacle de la rue en s’asseyant sur un banc public.



Regarder passer les nuages un jour de ciel changeant.





Caresser son amant.
Par Alina Reyes : « De mes mains sur son corps je dessine des arabesques, du bout des doigts, des dix yeux ouverts au tranchant de mes ongles. Je suis en adolescence, chaque fois que je me donne le lent loisir d’exciter mon amant par des caresses d’exploratrice. Souvent parmi les autres, dans une pièce bruissante de musiques, de rires, de conversations hachées, des souffles et des baisers gratuits de la jeunesse, à demi allongés sur une banquette, on parvenait à la jouissance tout habillés, par la grâce de nos corps serrés l’un contre l’autre et de nos paumes amoureuses. Sous les tissus, je descendais le long de son dos, y remontais et en redescendais, traçant de la nuque au coccyx des S appuyés, sensibles, retenant notre commune impatience, de son torse à son pubis sous les boutons du jeans, où le souffle coupé, tourner dans la forêt autour de l’objet sacré, finir par l’effleurer, flirter avec sa si dure douceur, puis l’empoigner, l’emmener là où le désir se met à galoper. La scène se reproduit, l’amour de l’homme je l’ai dans la peau, pour la vie. »


S’enivrer de l’odeur de l’herbe fraîchement coupée et du chant des oiseaux.


Tout saisir en même temps.
Par Jean-Michel Ribes : « Sans le cri de la mouette, le parfum de l’embrun, les cuisses dorées des baigneuses qui chevauchent les vagues, sans les nuages, sans le sable doux et le vent coulis, sans le crabe qui s’enfuit et doucement, sur la langue, la crêpe au froment, où serait le plaisir de la mer ? Petit plaisir, simple plaisir, plaisir joyeux, le plaisir ne commence que lorsqu’il est nombreux, plusieurs, ensemble et en même temps. Lourd porteur d’angoisses, il me faut pour m’envoler loin de la réalité qui empoisonne les sens, de nombreux plaisirs sous les ailes. Dans le plastique d’un écouteur, Mozart résonne à l’oreille, je suis là devant Beaubourg et puis le livre de Queneau dans la vitrine, désir soudain de cette femme qui traverse, la lenteur de la Seine au loin et ce souvenir si drôle, tout en un instant, le même, unique, parce multiple et Paris devient plaisir. Après tout, jouir ne s’est jamais écrit avec une seule lettre.»


S’allonger dehors, la nuit, dans une couverture et regarder les étoiles.


Lire un auteur qui nous rend plus ouvert, plus humain, plus lucide. Poser le livre, relire les passages que l’on aime et qui nous parlent.


Aller au marché.


Marcher , rien que marcher. En forêt, montagne, ou campagne. Se réjouir de son corps et de la nature tout autour. Sentir que l’on fait partie du monde.


Aller sous la pluie , bien protégé. Odeurs différentes, lumières différentes. Et éprouver le plaisir du retour : au sec, au chaud, au repos.


Croquer du chocolat.





Sourire. Quand on est triste. Quand on s’est trompé. Quand on est inquiet. Comme on sourirait à quelqu’un qui a des soucis, qu’on aime bien et que l’on veut rassurer.



Faire la sieste.
Par Stéphanie Janicot : « Le repas s’achève, deux heures sonnent à l’église du coin de la rue, la flemme monte lentement le long du corps. C’est un de ces jours miraculeux où l’on n’a pas à retourner au travail après le déjeuner, jour férié, sabbat ou repos dominical. Le lit est là, tout près, qui vous tend les draps. Vous cédez à la position horizontale. La tête sur l’oreiller moelleux, vous voyez des images défiler, en douceur. Contrairement à la nuit où le sommeil vous happe tout entière, vous entraînant dans les bas-fonds de l’inconscient, l’assoupissement de l’après-midi est celui qui donne le sentiment de pouvoir maîtriser ses rêves. Avec douceur, vous orientez vos pensées vers des sensations agréables en les sentant peu à peu vous échapper. Dans une demi-conscience, vous vous dites Je suis en train de m’endormir. C’est délicieux, les images sont plus nettes, à fleur d’esprit, parfois même, elles racontent une histoire. Très brève. Au bout de quelques minutes, un vague sursaut vous alerte. Il est temps de revenir à la réalité. Vous vous relevez, fraîche, avec cette sensation du repos accompli, et riche d’un petit morceau de conte qui s’est écrit à votre insu durant ce léger voyage. C’est à cet instant que vous pouvez remercier le hasard : cette sieste miraculeuse vient de vous offrir une idée romanesque. »



Se réveiller tôt et voir le soleil se lever.





Naviguer.
Par Yann Queffelec : « Naviguer fait plaisir : naviguer fait peur, naviguer fait mal, fait froid, faim, sommeil, etc. Naviguer est un plaisir extrême, étrange, indicible au commun des mortels agglutinés sur la plage. Naviguer implique l’animal humain dans une osmose avec la nature qui peut lui coûter la vie. Au large on est en plein ciel, on fait partie du décor tournant des astres, on a physiquement la sensation d’être au monde, à bord d’une étoile neuve à sa première aube, à son premier soleil – levant, couchant. A cette échelle on est loin des pensées mesquines, confronté à son moi le plus nu qui marmonne assurément : je suis, je rêve donc je suis. Au large on est lié corps et âme à cet oiseau phénoménal qu’on appelle un voilier, tombe ou trésor. Au large on a la mer pour compagne, on vit dans sa plus stricte intimité. Elle est fureur, terreur, elle n’est pas moins refuge et berceuse après les attaques du vent. Elle est sans limite, inépuisable, mais lorsqu’on n’y croit plus elle arrive à bon port. Elle est voyage à travers l’horizon, voyage à travers soi-même. On n’en revient pas sans connaître un peu mieux l’homme, celui que l’on devient à chaque instant. La mer est belle, d’une beauté au-delà des mots. Décidément la mer est un plaisir impossible à divulguer. »


Faire du thé.
Par Camille Laurens : « J’ai tant de plaisir à faire du thé que l’idée même d’en faire est déjà un plaisir. Je me le donne souvent, seule ou accompagnée. Le meilleur est celui que je prépare avant d’écrire – celui qui me prépare à écrire. C’est une occupation très concrète, une forme d’artisanat qui rend caducs tous les vertiges de feuille blanche. Ces feuilles-là sont d’une autre trempe ; je les choisis pour leur saveur ou leur nom : Pleine lune, Elixir d’amour, Casablanca, Route du temps. Il s’y mêle des fleurs de bleuet, des fruits rouges, des fumées et des menthes. Je surveille l’ébullition, frémissement, et l’infusion, déploiement. Alors je peux m’asseoir à ma table. Le thé est ce mélange de fluide et de vapeur, de présence et d’absence, de savoir-faire et d’inexplicable, de matière et d’éther que poursuit le geste d’écrire. Il est frontière : on le boit comme l’eau du Léthé, qui nous rend absent à nous-même, le temps d’inventer l’autre rive. C’est l’autre vin de l’écrivain, son ivresse calme : voyez-le rivé à sa tasse ( ce « ciel de porcelaine nue »), inspirant la « bizarre fleur qui parfume sa vie /Transparente, la fleur qu’il a sentie, enfant, / Au filigrane bleu de l’âme se greffant »¨*. *poème « Las de l'amer repos » de Mallarmé. »




S’arrêter de « faire» - travailler, agir, réfléchir – et, simplement, se sentir exister, s’apercevoir qu’on est vivant.


Marcher dans la nuit.
Par Elisabeth Barillé : « Ca n’a pas toujours été du plaisir, au début, il y avait la peur, une peur enfantine habitée par le sens du mystère, de l’entre deux, entre deux mondes, entre chien et loup, quand le jour baisse dangereusement et qu’on se demande à quelle sauce on va être mangée...Dans la maison de campagne où je passais mes vacances, les commodités se trouvaient au fond du jardin. Marcher dans la nuit, il le fallait bien. Vais-je être juste mordue ou dévorée comme la pauvre petite chèvre de monsieur Seguin ? Mon cœur battait à tout rompre. Le moindre bruit m’alertait. J’en percevais de nouveaux, des bruits inaudibles le jour. De même pour les odeurs. Celle de l’herbe par exemple, si rassurante à l’heure des jeux, troublante maintenant. Je frissonnais. Une émotion, nouvelle elle aussi, suspendait ma peur et l’effaçait. Ce jardin nocturne soudain, c’était ma vie à venir... Marcher dans la nuit : moisson d’intensité Marcher dans la nuit : semailles sensuelles. Marcher dans la nuit : quand tout s’efface autour de soi, alors l’essentiel apparaît... »


Repenser à tous ceux qui nous ont aidé, ou aimé, ou les deux. Se réjouir de les avoir rencontrés.


• Plaisir d’automne : marcher au milieu des feuilles mortes, en sachant que tout reverdira.


• Éteindre en soi une tristesse, une inquiétude ou une colère qui n’auraient servi à rien.


• Planter un arbre.





Se souvenir des belles choses de notre vie.


• Jouer avec les mots.

Par Jean-Louis Fournier : « Je passe des moments formidables avec les mots. La nuit, quand je m’ennuie, je joue au mécano avec les mots. Pour ne pas penser au pire, je cherche des mots rigolos, j’essaie de faire des phrases pour me faire rire. Avec les mots, je fais des assemblages, des constructions, quelquefois des chateaux. Ils nous font des surprises les mots. Quand on les changent de place, ils changent de couleurs, comme les pierres précieuses. Quand on les cogne entre eux ils font des étincelles , comme les silex. On n’est jamais à court de mots, quand il n’ y en a plus, il y en a encore. Quand j’ai vidé mon sac d’adjectifs, il se remplit à nouveau, par miracle. Comme pour le vin pendant les noces de Cana. Même fauché, on peut s’ offrir le luxe d’utiliser les mêmes mots que Flaubert , Stendhal ou Proust … Parce que les bons livres et les mauvais sont souvent écrits avec les mêmes mots. »


Se servir le premier café de la journée.



• Vivre avec un chat.

Par Dominique Mainard : « Vivre avec un chat, c’est apprendre le bonheur d’être libre : voleur de poubelles, éventreur de canapé, assassin de canaris, un chat ne s’interdit rien et se moque du risque de la disgrâce. C’est aussi savoir qui l’on est, et ne pas l’oublier : même gras, l’intérieur de l’oreille marqué d’un tatouage inesthétique qui le prive d’une partie de son mystère, squatteur de fauteuil, gourmand et paresseux, un chat reste un chat, une petite âme belle et indomptable. C’est une leçon de vie. Un chat est aussi une bouillotte, un anxiolytique, un pitre élégant, un bonheur pour l’œil et pour la main. Un chat a plus d’imagination que le plus doué des écrivains. Ce qu’il regarde, vous ne le verrez jamais, et c’est le plaisir ultime de sa présence : entrer dans ce monde dont vous ne saurez jamais rien si ce n’est qu’il existe, là, dans cette petite tête ronde et ces yeux lunaires. »





Partagez-vous certains de ces petits bonheurs ? Quels sont les vôtres ?


Miss You

Commentaires

Oups, j'avais oublié le lien vers l'article complet

http://www.psychologies.com/50_facons_de_gouter_la_vie.cfm

Ecrit par : Miss You | 17 juin 2008

Tous ces petits bonheurs font le bonheur.
Je me sens en bonne compagnie.
Merci Miss...

Ecrit par : Réginelle | 17 juin 2008

Un de mes petits moments de bonheur...

Il fait doux et calme
C'est l'heure que j'aime. Les fenêtres sont ouvertes sur la nuit silencieuse. Enfin presque silencieuse. De temps en temps une auto passe dans un glissement feutré. Les chats dorment... Mister Cat sur mon lit, et Manzelle Tortue en plein centre de la peau de mouton ! Ce que cette chatte peut-être frileuse ! Comme à son habitude, Thorgall s'est couché devant la porte du loft, gardien vigilant qui jamais ne me perd du regard ! Alors, mon gros ? Pas encore familiarisé avec ton nouveau décor ? Mais non ! Je ne bouge pas... Tu vois bien que j'écris, les pieds sur le bureau, le clavier sur les genoux... Quel toutou-poule, celui-là !
J'aime ce silence... celui des villes assoupies. Mais il est… vide ! Si vide ! J'ai très souvent la nostalgie des nuits d'Ardèche, celles que j'ai vécues en solitaire dans la petite maison de St Marcols les eaux. De ces nuits et de leur silence aux mille bruits.
La cheminée, les bûches… le feu qui dansait et crépitait sur l'écorce, les claquements au coeur du bois. Sur les côtés de l'âtre, des cierges… énormes, aussi épais qu'un bras d'homme et de près d'un mètre de hauteur ! Piqués à l'église. Sacré Jo… Quoique, il est malvenu d'évoquer ici le "sacré" à propos de Jo ! Ces cierges, je les allumais, chaque nuit ; la cire grésillait aux mèches embrasées et les murs de ma sereine solitude s'animaient d'ombres muettes.
Pendue entre pique et pinces, une grande poêle noire, au très long manche et au fond criblé de trous. Je l'utilisais tous les soirs. Je la plaçais en équilibre au centre des flammes, puis j'entaillais la peau luisante des châtaignes, une à une, et les jetais par poignée dedans. Alors elles chuintaient, sifflaient, rageuses à la brûlure.
Ces châtaignes, je les trouvais devant la porte, un petit panier plein, tous les matins. Cadeau d'un pensionnaire de l'hospice qui m'avait prise en affection. J'en faisais mon dîner, que je décortiquais et dégustais avec gourmandise du bout de mes doigts noircis de suie. Un régal !
Je ne fermais pas les volets. Au détour d'une page d'écriture, le temps d'une pause, j'aimais scruter au-delà des carreaux, deviner les hauts châtaigniers, leurs têtes noires se découper dans le ciel d'étoiles, et écouter leurs bruissements quand il prenait au vent l'envie de remonter la vallée. Aux pieds de leur muraille crénelée, au plus profond de la combe, la Glueyre s'écoulait, invisible, et murmurait ses berceuses. Parfois un cri, un piaillement, fusaient, lacérant la quiétude. Et je frissonnais. Les vies éphémères…
Alors je me réfugiais dans d'autres sons, m'y rassurais. La voix de Caruso, celle de La Callas… de vieux enregistrements… des reliques du passé… si belles… si belles…
Et ainsi jusqu'au matin… où je passais de l'assise douce d'un fauteuil à l'étoffe élimée par les ans à celle, rugueuse, du sol de ciment brut de la terrasse… et là, bras cerclant les jambes repliées sous le menton, doigts entrelacés autour de la chaleur d'un café, j'observais les premières lueurs de l'aube effleurer les sommets, retrousser lentement sur leurs flancs leurs couettes de brumes, éveillant doucement tous les habitants de leurs bois. Un tableau jacasseur et frémissant se peignait lentement devant mes yeux. Un nouveau jour…

Ecrit par : Réginelle | 17 juin 2008

Qu'elle est belle ta nuit ardéchoise Ré, bruissante et paisible, douce et sereine. Magnifiquement dite.

J'aime aussi beaucoup le "silence" de la nuit sur la ville, quand les sons paraissent feutrés, les lumières tamisées, le ciel légèrement brumeux ou au contraire d'un noir d'encre, à peine parsemé d'étoiles.

Parenthèse dans le temps qui paraît s'écouler autrement. Les idées volent ou se posent sans hâte, elles semblent glisser.

Ecrit par : Miss You | 18 juin 2008

Hier soir, avec mes enfants Chilck et Daashy, nous avons goûté aux joies simples de l'été: sortir sur le perron à l'ouest vers 21h et s'asseoir sur les marches face au soleil, juste comme ça, pour regarder le ciel et laisser le temps passer. Le chat allait de l'un à l'autre chercher des caresses, ravi de l'aubaine.

Ecrit par : Anna Galore | 18 juin 2008

Les orages en fin de journée dans le limousin, où le ciel se fait lourd, chargé, la lumière passe du bleu au gris acier, les sapins se font noirs, le vent monte de la vallée, les oiseaux se taisent ,le grondement lourd qui fait écho...les vaches rouges dans les prés qui se mettent à l'abris, et les premières gouttes qui s'écrasent au sol...sur le pas de la porte, respirer l'air chargé de cette énergie et se sentir exister avec les élèments de cette nature.

Ecrit par : boudufle | 18 juin 2008

Dans le même genre, très beau : un petit livre innocent d'apparence, la Vie en Rose mode d'emploi, de Dominique Glocheux, à lire sans modération ;-)

anti

Ecrit par : anti | 19 juin 2008

Prendre le premier café du matin sur la terrasse ou dans le jardin et écouter la nature, la vie !

Ecrit par : Miss You | 21 juin 2008

Moi j'ai eu un plaisir de lire cet article, merci Miss

Ecrit par : Jayshree | 21 juin 2008

Gouter la vie...
Dés que je peux. A chaque instants, la dévoré parfois, la déguster aussi.
Bonjour à vous que je ne viens pas voir assez souvent. Je sais que vous la croquer pour les autres!
Gros bisoussssss

Ecrit par : meley | 22 juin 2008

Bonjour à toi Meley, ça fait plaisir de te lire ici :)
Gros bisous à toi.

Ecrit par : Miss You | 22 juin 2008

Coucou Jayshree ;) plein de petits bonheurs pour toi aussi.

Ecrit par : Miss You | 22 juin 2008

Magnifique!!!
Du soleil, et un petit vent frais...
Et un bon thé...
Bises

Ecrit par : Rodolphe Bessey | 22 juin 2008

Tchin tchin Rodolphe :)

Ecrit par : Miss You | 22 juin 2008

Écrire un commentaire