02 septembre 2008
Centaure
Pendant les Rencontres photographiques en Arles cette année, j’ai eu le bonheur de retrouver une série de photos prises par Alphonse Alt lors du spectacle qu’offre l’Académie du spectacle équestre dirigée par Bartabas à Versailles, au sein des Grandes Ecuries du château.

(Crédit photo Alphonse Alt - Arles 2008)
J’en ai été d’autant plus heureuse que j’avais eu la chance d’assister à ce spectacle en 2007 quand Bartabas était venu le présenter à Nîmes, aux Jardins de la Fontaine.
Chaque fois, je suis séduite et emportée par la magie des différentes scènes, leurs ambiances feutrées et animales, succession de voyages au travers d’univers féériques où l’homme, le cavalier, n’est que le prolongement discret, immatériel, de l’animal.
Derrière cette Académie, derrière chacun des spectacles, aux commandes du théâtre-cirque Zingaro basé à Aubervilliers, il y a un homme, un cavalier, un Centaure que je trouve fascinant : Bartabas.

L’homme
Bartabas, né le 2 juin 1957, de son vrai nom Clément Marty, est fils de médecin et d'architecte et élève de l'Ecole alsacienne. Il fait très tôt de sa passion pour les chevaux un métier. Personnage secret, perfectionniste et utopiste, il a d'abord joué dans une troupe de théâtre ambulant avant de monter le projet Zingaro, spectacle équestre et musical, où cavaliers et danseurs évoluent en harmonie. Fondé en 1984, le théâtre équestre Zingaro s'installe en 1989 au fort d'Aubervilliers, suite à la proposition du maire de la ville. Depuis, près d'une dizaine de spectacles qui sont chaque fois un événement ont vu le jour à Aubervilliers : 'Cabaret équestre I, II et III' 'Opéra équestre', 'Chimère', 'Eclipse', 'Triptyk' puis 'Loungta'.
En 1998, sa troupe se produit même à New York où elle remporte un vif succès. En 2003, il crée l'Académie du spectacle équestre dans les Grandes Ecuries du château de Versailles, lieu prestigieux où la troupe, exclusivement composée de cavalières (ayant reçu une formation sur mesure avec des cours de danse, d'escrime, de dessin... et d'équitation), se produit dans le cadre des grandioses Fêtes de nuit. En consacrant toute sa vie et toute son énergie aux chevaux, Bartabas est parvenu à révolutionner l'art équestre en y apportant une dimension onirique et esthétique. Si on l'appelle 'le seigneur des chevaux', c'est parce qu'il semble avoir trouvé le moyen de les comprendre mieux que personne...

Zingaro
Remarqué en 1977 dans le cadre du festival off d'Avignon, il crée en 1984 le théâtre équestre Zingaro (tzigane en italien). Zingaro était le nom du cheval noir (frison), fétiche de la troupe, qui est presque exclusivement féminine.
En 1989 le théâtre Zingaro s'installe dans le fort d'Aubervilliers où il crée de nombreux spectacles :
• Cabaret équestre ;
• Opéra équestre ;
• Chimère ;
• Éclipse ;
• Triptyk ;
• Loungta ;
• Battuta.
Le succès est tel que des tournées sont organisées dans toute la France et à l'étranger pour Chimère, Éclipse, Triptyk et Lougnta.
Le 5 mai 2006 est présenté à Istanbul Battuta, une cavalcade au galop comme fresque de la vie tzigane avec notamment les clichés comme le voleur de sac ou le patriarche grippe-sou.
Le 3 et 6 juin 2006, Bartabas organise le spectacle "lever du soleil" au Maroc dans la ville de Fès avec son cheval Caravage et deux célèbre musiciens sufi Turcs Nezih Uzel et Kudsi Erguner. Ce spectacle est le deuxième avec les mêmes musiciens, deroulé en juin 2006 à Paris dans les jardins du parc de Bagatelle.

(Crédit photo Alphonse Alt - Arles 2008)
Académie du spectacle équestre
Depuis 2002, il dirige bénévolement l'Académie du spectacle équestre, à Versailles, dont l'ambition est de créer un encadrement pédagogique afin d'assurer la transmission des savoirs élevant la discipline équestre au rang d'art.
Il a récemment organisé trois spectacles dans le cadre des jardins de Versailles:
• Le Chevalier de St George, un Africain à la cour, œuvre inspirée de la vie de Joseph de Bologne (25 décembre 1745 - 10 juin 1799), violoniste et compositeur ;
• Voyage aux Indes Galantes, œuvre inspirée de la vie de René Madec, qui se clôt sur un morceau de l'opéra de même nom de Rameau.
• Les juments de la nuit, oeuvre inspirée de la pièce Macbeth de Shakespeare et le film Le Château de l'araignée de Kurosawa.
Pour ceux qui souhaitent mieux connaître ce personnage riche et haut en couleurs, je vous recommande le joli portrait qu’en a fait Jérôme Garcin sous le titre « Bartabas, roman » paru chez Gallimard en 2004.
«Portrait d'un artiste universel qui a réinventé le spectacle équestre et roman d'un homme qui a construit, sous une identité fictive, un monde imaginaire, 'Bartabas, roman', est aussi le récit d'une amitié fraternelle, botte à botte sur les chemins de traverse.»

Une critique du livre :
Ceci n'est pas une biographie, c'est un voyage dans le rêve et dans le temps, dans le travail et la passion. C'est une vie exceptionnelle qui nous est racontée ici par Jérôme Garcin avec précision, profondeur et poésie. Combien de paragraphes, combien de phrases relira-t-on en boucle pour en savourer et en saisir toute la beauté, toute la douleur et toute la vie qui en jaillissent ? Combien de larmes versera-t-on encore à la lecture de la mort de Zingaro, le "fils" équin de Bartabas, ou de l'annulation des représentations de la troupe lors du Festival d'Avignon 2003 ? Combien de fois se dira-t-on que l'on aurait envie de prendre corps dans l'un des personnages de l'histoire pour vivre, ne serait-ce qu'un jour, au côté de notre héros et au milieu de ses chevaux ? Combien de fois regrettera-t-on de n'avoir pas assité à tous les spectacles qui ont eu lieu de part le monde ?
Mais la force de cette histoire dépasse les seules émotions, elle réside aussi dans la richesse de l'écriture, dans les innombrables références dont Jérôme Garcin ponctue son récit, dans l'Admiration qu'il voue à ce cavalier hors du commun et dans sa manière de nous dépeindre toutes les couleurs d'une vie incomparable. Au travers des épreuves traversées par Bartabas, l'auteur nous donne également une jolie leçon de courage, d'humilité et de droiture. Bartabas, pour les cavaliers, c'était déjà un maître ; après la lecture de ce roman, il deviendra le maître absolu, le "seigneur des chevaux"... Les non-initiés ne manqueront pas d'être touchés par son parcours unique et fabuleux et de lui accorder une petite place dans leur coeur. Un roman qui, en plus de marquer l'âme de ses lecteurs, marquera la littérature, du moins c'est à espérer, car ce serait très nettement mérité !
(Source Evène)
Miss You
13:33 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : photographie, rip, nimes et ses alentours, cirque, bartabas






Commentaires
En préparant cette note, j'ai découvert un autre portrait de Bartabas que Sophie Leboeuf présente sur Evène.
Comme j'y retrouve beaucoup des impressions ressenties lors de trop rares interviews du personnage, je dépose ces mots ici :
"Nerveux, cabochard, autoritaire, Bartabas aime se cabrer comme ses chevaux, pour impressionner. Mais l'ombrageux patriarche du théâtre Zingaro et le chef d'orchestre de l'Académie de Versailles n'a rien d'une diva. Il se méfie des hommes, tout simplement. L'artiste a trouvé sa matière dans le cuivré des robes équines, dans les pas de danse des chevaux, dans la fuite, perpétuelle, d'un galop.
On dit d'un cheval qui a un bon mental, ou une "bonne tête", qu'il est "franc". Bartabas est de cet acabit. La fourberie ne fait pas partie de son répertoire. Tout simplement parce qu'à cheval, on ne ment pas. Si sa stature impressionne, c'est pourtant en selle que Bartabas est entier. Comme l'albatros, pataud sur les planches du bateau, l'homme est gauche sur ses seuls pieds. Brusque et farouche. A dos de ses âmes soeurs, il se fond dans l'animal pour ne faire plus qu'un. Sa grande silhouette devient centaure. Qui du cheval ou du cavalier tourbillonne alors ? Qu'importe ! Bartabas est le gardien d'un monde où le silence est la langue officielle, où les murmures des chevaux font la loi, où l'art, éphémère, prend vie." (Source Evène.fr)
J'ajoute enfin un lien vers la très belle et virulente lettre ouverte qu'il a adressée en décembre 2007 à Christine Albanel, Ministre de la Culture.
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/opinions/20080102.OBS3036/les_raisons_de_la_colere.html
Ecrit par : Miss You | 02 septembre 2008
si je ne me trompe pas, j ai vu un reportage sur lui où il explique son rêve d enfant, d être centaure ! La vie dit-il m a exaucé ! Il fait corps avec son cheval depuis son accident, disant de sa communion avec lui : " je sens ses sabots dans la poussière ", ou quelque chose comme ça. Il parle aussi de façon très forte d être un avec lui. Ce corps à corps qui a aussi fait revivre son propre corps, que le cheval est le prolongement de lui même dans ses jambes. Enfin c est vrai que moi j ai adoré cette force, cette volonté, cette rigueur, cette vivacité, bref tout !
Et puis en plus il joue à ravir du piano !
Ecrit par : sampang | 02 septembre 2008
J'ai eu le grand plaisir de voir en mai 2007 avec Miss un spectacle de Bartabas à Nîmes, présenté par les élèves de son école d'équitation de Versailles.
Il est apparu pendant deux minutes complètement à la fin, dans la pénombre, ne faisant qu'un avec sa monture. On ne voyait plus que lui, le reste du monde semblait se figer. Et aucun doute, il était un centaure.
Ecrit par : Anna Galore | 02 septembre 2008
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