11 octobre 2008

Où on va papa ?

J'ai entendu parler de ce livre ce matin et j'avoue qu'il me tente beaucoup.

"Où on va papa ?"
Jean Louis Fournier
(Stock 2008)




Le Résumé :

Jusqu'à ce jour, je n'ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi ? J'avais honte ? Peur qu'on me plaigne ? ! Ou cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c'était pour échapper à la question terrible : Qu'est-ce qu'ils font ? Aujourd'hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j'ai décidé de leur écrire un livre. Pour qu'on ne les oublie pas, qu'il ne reste pas d'eux seulement une photo sur une carte d'invalidité.

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Un extrait :

Cher Mathieu, Cher Thomas,

Quand vous étiez petits, j'ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. On aurait pu en parler ensemble après. Je connais bien Tintin, je les ai lus tous plusieurs fois.
Je ne l'ai jamais fait, ce n'était pas la peine, vous ne saviez pas lire. Vous ne saurez jamais lire. Jusqu'à la fin, vos cadeaux de Noël seront des cubes ou des petites voitures…
Maintenant que Mathieu est parti chercher son ballon dans un endroit où on ne pourra plus l'aider à le récupérer, maintenant que Thomas, toujours sur la Terre, a la tête de plus en plus dans les nuages, je vais quand même vous offrir un livre. Un livre que j'ai écrit pour vous. Pour qu'on ne vous oublie pas, que vous ne soyez pas seulement une photo sur une carte d'invalidité.
Pour écrire des choses que je n'ai jamais dites.
Peut-être des remords. Je n'ai pas été un très bon père. Souvent, je ne vous supportais pas, vous étiez difficiles à aimer. Avec vous, il fallait une patience d'ange, et je ne suis pas un ange.
Vous dire que je regrette qu'on n'ait pas pu être heureux ensemble, et peut-être, aussi, vous demander pardon de vous avoir loupés.
On n'a pas eu de chance, vous et nous. C'est tombé du Ciel, ça s'appelle une tuile.
J'arrête de me plaindre.
Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d'une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler de vous avec le sourire.
Vous m'avez fait rire, et pas toujours involontairement.
Grâce à vous, j'ai eu des avantages sur les parents d'enfants normaux. Je n'ai pas eu de soucis avec vos études, ni votre orientation professionnelle.
Nous n'avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de ce que vous feriez plus tard, on a su rapidement que ce serait : rien.
Et surtout, pendant de nombreuses années, j'ai bénéficié d'une vignette automobile gratuite(1).
Grâce à vous, j'ai pu rouler dans des grosses voitures américaines.


(1) Les parents d'enfants handicapés qui avaient une carte d'invalidité permanente avaient droit à une vignette automobile. En 1991, date de la disparition de la vignette, on n'a plus eu intérêt à avoir des enfants handicapés.


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L’auteur :

Jean-Louis Fournier est un écrivain, humoriste et réalisateur de télévision né à Arras le 19 décembre 1938.
Il est le fils du médecin Paul Léandre Emile Fournier (23 août 1911 à Avesnes-le-Comte - 4 mai 1954 à Arras) et de Marie-Thérèse Françoise Camille Delcourt (17 juillet 1916 à Saint-Pol-sur-Ternoise - 20 septembre 1998 à Arras), rédactrice. Il est le père de trois enfants, dont deux handicapés (Matthieu et Thomas). C'est d'aileurs pour eux qu'il a écrit "Où on va, papa ?" chez Stock. Il est le créateur, entre autres, de La Noiraude et d'Antivole, l'oiseau qui avait le vertige. Par ailleurs, il fut le complice de Pierre Desproges en réalisant les épisodes de La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède, ainsi que les captations de ses spectacles au Théâtre Grévin (1984) et au Théâtre Fontaine (1986). C'est également à lui que l'on doit l'intitulé de la dépêche AFP annonçant le décès de l'humoriste: "Pierre Desproges est mort d'un cancer. Etonnant non ?" .
En savoir plus : Wiki


Une critique de lecteur :

Jean-Louis Fournier nous a toujours fait rire avec intelligence dans ses précédents livres, et naturellement il en est de même ici. Pourtant, le sujet n'est pas si aisé puisque pour la première fois il parle de ses deux fils handicapés. Mais sans moralisme, ni plainte, ni misérabilisme ; non, il se moque d'eux, de lui, de nous, de leur place dans la société, et parce qu'il est leur père, l'humour grinçant n'est jamais méchant, il déculpabilise plutôt et nous dit simplement de rire de tout, car la vie est ainsi. Un beau livre, touchant, drôle et qui fera certainement du bien aux parents comme Fournier !


Miss You

Commentaires

Bonjour Miss,

Il parait que ce livre est très interesant et le titre me touche beaucoup...merci pour ce beau partage...

Ecrit par : Jayshree | 13 octobre 2008

Coucou Jayshree, ça fait plaisir de te retrouver ici :)

Pour le livre de Fournier, je t'en dirai plus quand je l'aurai lu, mais c'est vrai que le thème est beau et poignant en même temps ;)

Ecrit par : Miss You | 13 octobre 2008

Jolie nouvelle du jour

"Avec Où on va papa ? (Stock). Jean-Louis Fournier a remporté, lundi 3 novembre, le prix Femina, par 8 voix contre 4 à Dominique Mainard (Pour Vous, éd. Joëlle Losfeld). Le prix du roman étranger est allé à l'Italien Sandro Veronesi pour Chaos calme (Grasset) et celui de l'essai à Denis Podalydès, avec Voix off (Mercure de France). Zoom sur les trois lauréats.

Jean-Louis Fournier. A 69 ans, celui qui fut l'ami de Pierre Desproges, pour lequel il réalisa "La Minute de Monsieur Cyclopède", est l'auteur d'une vingtaine d'essais et de récits, souvent drôles et corrosifs, dont deux livres autobiographiques consacrés à son enfance. Véritable surprise de la rentrée, Où on va Papa ? est un récit hommage aussi drôle qu'émouvant sur ses deux fils, Mathieu et Thomas, lourdement handicapés. Depuis sa sortie en août, le livre a séduit un très large public au point de continuer à figurer dans les listes des meilleures ventes. Jean-Louis Fournier est également en lice pour le Goncourt.

..." (source Le Monde.fr du 03/11/2008)

Depuis que j'en avais parlé ici, j'ai lu ce livre à la fois drôle et poignant que seul un parent (père ou mère) pouvait écrire. Je l'ai lu d'une traite, il y a 10 jours, et depuis ses mots tournent dans un coin de tête. Témoignage poignant et pudique, caché sous le sourire d'un papa.

Ecrit par : Miss You | 03 novembre 2008

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