17 octobre 2008
Les Paris d'Hugo
Deux expositions autour du grand Victor et une occasion particulière de revisiter le Paris des Misérables. Le Paris qui a été et qui n’est plus, celui qui n’a jamais été et que Hugo a recréé depuis Jersey puis Guernesey du bout de l'exil.

Composition abstraite par Victor Hugo pour illustrer son nom au-dessus d’un paysage esquissé, ses initiales jouant à la fois le rôle d’autoportrait écrit et dessiné, vers 1864-69. Encre brune et lavis
Les misères de Paris
Jamais sans doute roman n’aura bénéficié à Paris d’une telle mise en perspective, d’un tel déballage, d’une telle commémoration. Car voici les Misérables décortiqués dans deux expositions simultanées, et jusque dans des parcours proposés dans les rues de la capitale, qui reprennent les trajets des héros du roman.
Tout cela sans raison particulière, sinon que Victor Hugo habite toujours Paris et que la ville le sait. Un siècle et demi après sa publication, alors qu’on craint une autre Grande Dépression, le grand roman des bas-fonds déborde et se répand à nouveau.

Heurtoir du 6, place des Vosges
Il faut commencer où tout a commencé : au deuxième étage de la Maison Hugo, place des Vosges. Plus exactement au fond à gauche de l’appartement où le grand homme avait son cabinet de travail (salle VI) et où, le 17 novembre 1845, il écrivit : «Dans les premiers jours du mois d’octobre 1815, une heure avant le coucher du soleil, un homme qui voyageait à pied entra dans la petite ville de D.». C’était l’incipit de la première mouture des Misérables. En cet automne 1845, Hugo, alors âgé de 43 ans, a pratiquement sa vie et son œuvre derrière lui.
Il est devenu un pesant et respectable pair de France, a perdu sa fille Léopoldine deux ans auparavant, n’a pratiquement rien écrit depuis, vient de se faire ridiculement pincer en flagrant délit d’adultère en compagnie de Léonie Biard. On lui a conseillé de se tenir à carreau pendant quelques mois. Alors il se met à sa table de travail. Jean Valjean, Javert, Cosette, Marius et tant d’autres s’y invitent un par un.
Coup d’édition
La rédaction est interrompue en février 1848. Reprend à Guernesey en décembre 1860 (lire page suivante). Le livre sort quasi simultanément dans plusieurs pays en 1862. C’est un coup d’édition à la Harry Potter: il y a des queues devant les librairies. La critique se pince le nez, le public applaudit.

Velvet Jungle par Jacques Monory
Les Misérables est un livre monstrueux, à la fois fiction romanesque, narration historique et transe autobiographique. Le succès est considérable. Aujourd’hui, de ce roman universel, on a généralement en tête plus d’images que de mots : il y a eu tant d’adaptations à la scène et à l’écran depuis… 1863. Les Misérables est un classique célébré et, paradoxalement, inconnu.
Les deux expositions de la Maison Hugo (à l’origine de l’opération) et de Carnavalet opèrent donc un retour aux sources et aux lieux. Place des Vosges, le texte et l’image ; à Carnavalet, le contexte et le cadre.
Rédemption
Le texte : sont présentés une partie du manuscrit original, des reliquats, des lettres, des critiques ; est développée cette idée que les Misérables est d’abord pour l’auteur un chemin de rédemption. L’image : c’est un exercice un peu risqué où Vincent Gille, commissaire de l’exposition, et Daniel Molinari, directrice de la Maison Victor-Hugo, se sont amusés à mettre en regard des personnages et lieux du roman avec quelques tableaux et sculptures, en allant puiser jusque dans l’art contemporain. Jacques Monory a été bien surpris qu’on veuille utiliser un de ses Velvet Jungle pour illustrer une scène au jardin du Luxembourg (elle-même réminiscente des jeunes années de Hugo au parc des Feuillantines).

Hôtel Carnavalet
Le contexte : à Carnavalet, est présenté un travail minutieux sur le Paris des Misérables, qui met largement à profit les collections du musée - photos, gravures, plans, objets. On y voit bien sûr l’éléphant de la Bastille, refuge de Gavroche, mais aussi le plan des égouts de l’époque, où l’on suivra la fuite de Jean Valjean emportant Marius blessé depuis le cabaret de Corinthe (actuel n°102 de la rue Rambuteau) jusqu’à ce qui est aujourd’hui l’avenue de New York. On accompagne Jean Valjean dans le Ve arrondissement et dans le Marais, y compris lors de sa halte (moment de vertige en abyme) devant l’hôtel Carnavalet, à la fois lieu du roman et lieu de l’exposition sur le roman.

Projet pour l'éléphant de la Bastille" a été réalisé par Jean Antoine Alavoine (1776 - 1834)
«Carcan»
Danielle Chadych et Charlotte Lacour-Veyranne, commissaires, ont fait ressurgir le Paris monarchique de Louis XVIII et Charles X : la vieille tour Saint-Jacques est encore entourée de maisons, les premiers bateaux à vapeur s’élancent sur la Seine, la capitale est toujours «un carcan de ruelles et de taudis». On y retrouve les traces de Cosette et de Javert, mais on s’y perd aussi : le Paris des Misérables est parfois de pure imagination.
(Source Libération du 16 octobre 2008)
Du 17 octobre 2008 au1er février 2009
Maison de Victor Hugo : 6, place des Vosges - Hôtel de Rohan-Guéménée - 75004 PARIS
Musée Carnavalet : 23 rue de Sévigné - 75003 PARIS
Miss You
18:15 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : victor hugo






Commentaires
J'y cours......
Ecrit par : voiedoree | 18 octobre 2008
Cool !! Le premier arrivé attend l'autre :-)
Ecrit par : Miss You | 18 octobre 2008
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