02 novembre 2008
Conversations autour du bonheur
Lu cette critique et envie de la poser ici, pour le thème écho à l’esprit d’ici, le format de la pièce, les questions qu’elle soulève, les lieux où la tournée viendra se poser, bref un coup de cœur.
Conversations autour du bonheur
Le bonheur, c'est quoi, au juste ? La question n'est pas franchement nouvelle. Elle taraudait déjà Epicure, quand il écrivit, il y a 2 300 ans, son fameux "best-seller", la Lettre à Ménécée. Le metteur en scène Arnaud Meunier (35 ans), lui, est parti en exploration théâtrale.

En quête de bonheur, qui se joue à la Maison de la poésie, à Paris, jusqu'à la mi-décembre, se baladera ensuite un peu partout en France, dans les bars, les lycées ou les salles polyvalentes qui voudront bien l'accueillir. C'est un de ces "petits" spectacles (en termes de dispositif) qui réveillent la réflexion, avec une fraîcheur qui donne raison au révolutionnaire Saint-Just : oui, le bonheur est toujours une idée neuve.
Toujours neuve, d'abord, parce que l'idée du bonheur prend évidemment les couleurs de l'époque dans laquelle elle s'inscrit. Arnaud Meunier le montre bien, dans le montage de textes fin et ludique qu'il a réalisé, où dialoguent des auteurs classiques comme Pascal, Voltaire ou Rousseau, des poètes comme Baudelaire et Michaux, des écrivains contemporains comme Le Clézio ou Lydie Salvayre, et même des études scientifiques tendant à établir la carte du bonheur planétaire.

(www.ilestemps.com)
Le spectacle est justement né de cette interrogation : quelle forme a-t-elle prise aujourd'hui, cette idée, dans une société où l'injonction au bonheur n'a peut-être jamais été aussi forte, mais où celui-ci se confond largement avec le bien-être et la réussite sociale ?
Ecoutons Jean-Jacques Rousseau (L'Emile) : "Nous jugeons trop du bonheur sur les apparences : nous le supposons où il est le moins ; nous le cherchons où il ne saurait être."
Lydie Salvayre, aujourd'hui, semble lui faire directement écho, dans Contre : "Dans la république d'où je viens, les hommes sont éteints mais ils se disent gais. Le monde leur est dur mais ils le disent doux. Ainsi survivent-ils à ce qui les défait. Mais lorsque d'aventure s'annonce une vraie joie, ils passent à ses côtés sans reconnaître son visage."

« Bonheur » (www.raphaelsoulie.com)
En quoi pourrait-il consister alors, ce bonheur que notre époque ne semble plus en mesure de reconnaître ?
Arnaud Meunier croise les regards d'un auteur passé de mode et d'un "nobélisé" très en vogue :
André Gide, dans Les Nourritures terrestres : "Nathanaël, je te parlerai des instants. As-tu compris de quelle force est leur présence ? Une pas assez constante pensée de la mort n'a pas donné assez de prix au plus petit instant de ta vie."
Le Clézio, dans L'Extase matérielle : "Quelle que soit l'idée qu'on s'en fait, le bonheur est simplement un accord entre le monde et l'homme ; il est une incarnation."

(www.1001bd.com )
Le théâtre, art de l'instant, de la présence et de l'incarnation, ne pouvait mieux convenir à une telle réflexion. Arnaud Meunier a trouvé la forme scénique appropriée, qui tient du dialogue socratique et de la conversation amicale entre ses trois comédiens, drôles et naturels.
Le violon magique de Régis Huby, multiple, apporte, entre assonances et dissonances, une belle gravité à cette quête essentielle.
Par Fabienne Darge in Le Monde du 30 octobre 2008

En quête de bonheur, conçu par Arnaud Meunier. Musique : Régis Huby.
Avec Elsa Imbert, Nathalie Matter et Philippe Durand (en alternance avec Loïc Le Roux et Stéphane Piveteau).
Maison de la poésie, passage Molière, 157, rue Saint-Martin, Paris-3e. Mo Rambuteau.
Tél. : 01-44-54-53-00. Du mercredi au samedi à 19 heures, dimanche à 15 heures. Jusqu'au 14 décembre.
De 8 € à 16 €. Durée : 1 heure. Puis tournée.
Miss You
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Commentaires
Pour le plaisir :
http://www.youtube.com/watch?v=wa7vGFLSu6M
Ecrit par : Miss You | 02 novembre 2008
Ah ben Cali, tout de suite, ça va mieux !
Sur le bonheur, il y a aussi cet autre point de vue de Bruckner "L’Euphorie perpétuelle - Essai sur le devoir de bonheur".
"L'idée soutenue par l'essayiste français, c'est qu'à force d'avoir fait du bonheur un idéal absolu, nous nous sommes condamné à être malheureux. L'«obligation d'être heureux» est paradoxalement devenue une source d'angoisse et de misère morale. Nous vivons en effet depuis le XVIIIe siècle dans le culte du bonheur à tout prix. Comme nous ne croyons plus à la vie après la mort, nous exigeons le paradis sur terre. Les utopies de gauche et l'utilitarisme bourgeois se rejoignent sur ce point. «Tout tout de suite» et «jouir sans entraves», disaient les slogans en Mai 68. «Concilier réussite professionnelle, amoureuse, familiale, sociale, santé, beauté, etc.», demande-t-on plus prosaïquement aujourd'hui. Or, poursuit Bruckner, obsédés par cet idéal de perfection, nous méprisons tout ce qui n'est pas à sa hauteur.
L'idée de ne pas vivre dans une euphorie perpétuelle nous fait paniquer. Et comme, constate-t-il, «les 80% de notre vie sont faits de moments neutres, ni heureux ni malheureux», nous sommes contraints de nous avouer, en privé, la triste vérité : notre quotidien est banal et ennuyeux. La crainte que les autres soient plus heureux est ainsi à la base des deux grandes passions démocratiques: l'envie et la jalousie. L'obsession du bonheur nous empêche donc de jouir vraiment. "
Exactement ce dont parlait Anna l'autre jour. Je l'avais lu à l'époque de sa sortie. J'avais beaucoup ri, comme quand j'ai lu "Extension du domaine de la lutte" de Houellebecq.
anti, il est exactement l'heure, L m'aime, au paradis.
Ecrit par : anti | 02 novembre 2008
L e bonheur n'est pas une fin en soi, c'est ce qui oblige à espérer.
voiephilisophée
Ecrit par : voiedoree | 02 novembre 2008
Intéressant ce point de vue, juste un bémol sur "notre quotidien est banal et ennuyeux" : je crois que le quotidien est ce que l'on en fait.
Sa banalité peut être une respiration, un moment de calme, un répit. Quant à ennuyeux, il ne l'est plus si on en voit les bons côtés.
Ecrit par : Miss You | 02 novembre 2008
Oui, je suis bien d'accord. Mais bon, c'est tout Bruckner, ça. On en parlait justement avec Anti: le propre des polémistes, c'est quand même d'occulter largement totu ce qui ne colle pas avec leur thèse.
Donc, oui, point de vue intéressant mais pas forcément le même que le nôtre.
Ecrit par : Anna Galore | 02 novembre 2008
Exactement ! D'où l'intérêt de parler des avis divergents ! Au milieu de tous les extrêmes, la paix ! Tiens, j'ai sous les yeux un article sur les "Vanités" en peintures, qui continue sur celles du savoir...
Ca me rappelle un de mes profs de socio qui nous disait que nous devions être capables de lire Mein Kampf et Minute si on voulait se faire une vision du monde globale.
anti
Ecrit par : anti | 02 novembre 2008
Ca me rappelle une fois, dans le train. Je lisais Libé, le type à côté de moi le Figaro. On papote, on sympathise. Et là, il me dit, en me tendant son journal: "On échange?"
Ce qu'on a fait, bien sûr. Avec curiosité, réelle, de mieux comprendre "l'autre camp" sans pour autant adhérer à ses idées.
Un souvenir que j'aime beaucoup.
Ecrit par : Anna Galore | 02 novembre 2008
Imagine s'il avait lu l'Equipe ^^ (ok je sors, je retourne à ma chaudière qui veut pas, qui veut pas)
Ecrit par : Miss You | 02 novembre 2008
mdrrrrrrrrr
Ecrit par : Anna Galore | 02 novembre 2008
Mdddddrrrrrrrrrrrrrrrr !!!
Ecrit par : anti | 02 novembre 2008
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