05 novembre 2008
Le mystère et l’éclat
Pastels au musée d'Orsay
Qu'est-ce que le pastel ?
Apparu au XVe siècle, le pastel est une poudre colorée solidifiée. Le bâton de pastel est réalisé en broyant des pigments secs qu'on mélange dans un peu d'eau pure à une charge (argile ou craie) et à un liant (souvent une gomme arabique). La pâte obtenue est essorée dans un linge, avant d'être découpée encore humide en bâtonnets qui sont ensuite séchés à l'air.

Odilon Redon - Fantaisie
D'abord limitées, les couleurs se multiplient peu à peu. Avec l'apparition des colorants synthétiques au milieu du XIXe siècle, la gamme s'élargit considérablement.
Technique de coloriage à sec, le pastel requiert un support légèrement rugueux pour accrocher la matière. Néanmoins, l'adhésion au support reste fragile. Aussi, le meilleur moyen de le protéger est de le mettre sous verre, en évitant un contact direct.
A l'origine, le pastel sert à rehausser de couleur les portraits à la pierre noire, à la sanguine ou à la pointe d'argent. Peu à peu, cette technique s'impose en tant que telle.
L'immense succès des portraits de la vénitienne Rosalba Carriera (1674-1757) lance la vogue du pastel. Les Liotard, Perronneau, Chardin lui donnent ses lettres de noblesse, tandis que Quentin de La Tour le porte à un rare niveau de perfection. Aristocrates et bourgeois du siècle des Lumières sont fascinés de se retrouver si fidèlement saisis sur le vif : effets de matières, rendu des carnations, psychologie, rien n'y manque.

Edouard Manet - Portrait d'Irma Brunner
De l'oubli au renouveau
La Révolution française, qui marque un coup d'arrêt de la commande privée, et le néo-classicisme du début du XIXe siècle, féru de toiles héroïques, ont provisoirement raison du pastel. Mais après cette éclipse, la sensibilité des romantiques, tel Delacroix, contribue à son renouveau.
Malgré la "redécouverte" du pastel par quelques artistes, il est encore trop souvent considéré comme un art tout juste digne des "pensionnats de jeunes filles". Pour sortir de cette ornière, une Société des pastellistes français voit le jour en 1885 afin d'organiser des expositions consacrées spécifiquement à cette technique. Le pastel renoue avec le succès : "Les amateurs, de nouveau, l'adulent", note le critique d'art Félix Fénéon, qui constate aussi un formidable élargissement des sujets.

Edgar Degas - Chez la modiste
"Réalismes"
Dans les années 1840 et 1850, une nouvelle génération d'artistes s'attache à représenter tous les aspects de la société. Paysans et ouvriers leur paraissent désormais des sujets tout aussi dignes que les saints ou les héros mythologiques.
Fils de paysan lui-même, Millet privilégie la représentation d'humbles travailleurs, leur prêtant des gestes nobles et des postures hiératiques. Avec le pastel cependant, son art prend une tournure moins sévère qui n'est pas pour déplaire à ses contemporains. Marqué par les maîtres hollandais et flamands du XVIIe siècle, Millet livre quelques pages au climat bucolique. Ses paisibles paysans s'adonnent aux travaux des champs, non sans retrouver la noblesse des gestes immémoriaux (La femme au puits, vers 1866).
Le réalisme idéalisé de Millet trouve ensuite un prolongement dans Le berger (1887) de Puvis de Chavannes ou encore dans les Deux baigneuses au bord d'un étang (vers 1893) de Lhermitte.

Jean-François Millet - La femme au puits
Manet et Degas
Les pastels de Manet offrent un aspect parfois méconnu de son oeuvre. Si Madame Manet sur un canapé bleu (1874) ou Le tub témoignent du regard franc et sans apprêt et que l'on prête volontiers à l'artiste, ses délicats portraits féminins tels que le Portrait d'Irma Brunner (vers 1880), nous révèlent en revanche un digne héritier des maîtres du XVIIIe siècle.
Degas, pour sa part, pose dans ses pastels comme dans ses peintures un regard attentif sur la vie moderne. Il va s'enfermer dans les coulisses des théâtres, dans les boutiques, ou dans quelque recoin d'appartement : ses perspectives audacieuses et sa palette incandescente transcendent le petit monde des danseuses, des modistes ou des baigneuses.

Edgar Degas - Danseuses
L'impressionnisme
Avec l'impressionnisme, les potentialités du pastel s'expriment à la perfection. Le mouvement trouve son origine dans une réaction contre les sujets ténébreux et exaltés du romantisme et dans un rejet des vielles recettes académiques. Bref, il s'agit d'oublier les conventions pour se faire un oeil vierge et atteindre la spontanéité.

Eugène Boudin - Etude de ciel au soleil couchant
Eugène Boudin, en étant l'un des premiers à se mettre à l'école de la nature, ouvre la voie à la sensibilité impressionniste. Le pastel, notamment, lui permet de capter les lumières changeantes des bords de mer.
Dans les années 1860, le jeune Monet l'accompagne en Normandie. Ce dernier continue à utiliser le pastel encore bien des années plus tard, par exemple pour des vues de Londres en 1899 par exemple. A Pissarro, prêt à toutes les expérimentations, le pastel apporte une incomparable fraîcheur.
Avant tout paysagistes, les impressionnistes n'éludent pas la représentation de la figure humaine, pourvu qu'elle soit rendue dans la vérité du quotidien, comme dans Le nageur (1877) de Gustave Caillebotte. De même, le thème éminemment humain de la maternité trouve, avec l'américaine Mary Cassatt, une interprète sensible et sans affectation.
(Source Musée d’Orsay)
Intégralité de la présentation sur le site du musée : "Pastels du Musée d"Orsay"
Une jolie critique sur l’expo : "Pastels en grâce"
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11:30 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note






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