16 novembre 2008

"Sombrero" de Philippe Decouflé

Une très belle nouvelle : deux ans après sa création, le spectacle Sombrero mis en scène par le chorégraphe Philippe Decouflé est à l’affiche du Théâtre de Chaillot jusqu’au 13 décembre 2008, avant de repartir en tournée jusqu’en mars 2009.


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J’ai eu la chance et le bonheur de voir ce spectacle au théâtre de Nîmes en octobre 2006 et j’ai adoré. Un fabuleux moment, tout en finesse et en folie, en rires et en malice, et surtout en poésie. Un spectacle de lumières, où le noir, le blanc, les ombres et les voix sont autant de doubles mystérieux des hommes.

Je me souviens être ressortie du théâtre, groggy, silencieuse, émerveillée, avec l’envie de savourer, après que le spectacle se soit achevé, encore un peu ces moments de grâce. Prolonger le rêve…

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Présentation

Avant l'ombre qu'y a-t-il ? Après l'ombre que reste-t-il ? Decouflé fait de 'Sombreros' un terrain d'expérimentations. Décor changeant par la magie de projections, jeu du chat et de la souris entre virtuel et réel de la chorégraphie, décalage musical entre la partition de Brian Eno et les créations sonores de Sébastien Libolt, cette oeuvre à l'extrême élégance d'emporter le visiteur d'un soir dans un autre monde.

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Chorégraphie de Philippe Decouflé
Musique de Brian Eno
Avec Clémence Galliard, Yannick Jory, Sébastien Libolt, Alexandra Naudet, Leïla Pasquier, Aurélia Petit ou Nathalie Hauwelle (en alternance), Christophe Salengro, Olivier Simola, Christophe Waksmann



Un extrait : Le sombre héros

« Toute vraisemblance entre ce texte et notre spectacle serait purement fortuite, accidentelle, voire intentionnelle.

Au départ, au début du commencement : un soupçon, juste l'ombre d'un soupçon. Il fait chaud. Des bruits d'éperons se font entendre sourdement. La porte du saloon bat son plein. Le sombre héros surgit de la nuit. Il tire plus vite que son ombre. Hombre, quel est ton nombre ? Quel est le nombre des ombres ?

Il y a les ombres premiers ou décimaux. Il y a les ombres chinoises, les ombres sombres, les ombres lumineuses. Les ombres portées, les ombres îles du monde. Les ombres d'un doute...

Je suis comme mon ombre, partout où je vais elle est là, partout où elle va je suis là ; je ne suis que l'ombre de moi-même ; un corps c'est toujours avec son ombre, un corps sait qu'une ombre n'est pas un corset.

Tout un chacun a une ombre, toute ombre a un chacun. Que font nos ombres lorsque nous avons le dos tourné ? Ombres, où êtes-vous la nuit ?

Mais au fait, on dit un ombre ou une ombre ? Il ou elle ? Mon ombre : il, ou mon ombre : elle ? »
Par Christophe Salengro d’après Claude Ponti



Deux critiques :

Evene (Thomas Flamerion)

Pour ses retrouvailles avec la scène française, Philippe Decouflé enfile le sombrero et fait danser les ombres. Tout débute par la rencontre amusée entre danseurs immaculés et doubles obscurs, pour finir en un magistral ballet transcendantal, aux frontières du réel, bien au-delà de notre perception galvaudée des limites du corps. Les ombres se déplacent, elles s’éclipsent puis résonnent à l’écho. Elles s’enlacent et puis s’échappent. Et si l’homme et la femme n’étaient que l’ombre de l’un, le reflet de l’autre ?

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Les danses se multiplient au rythme diluvien des effets stroboscopiques, des figures kaléidoscopiques et des projections in vivo. La partition file sur la gamme des genres, des mélodies classiques aux rythmes technos, sans heurt et sans fausse note. Les tableaux se succèdent à outrance, de tombés d’écrans en glissements de terrain.

Le chorégraphe français a l’art de discourir en amusant. Sa pièce chorégraphique pour cinq danseurs et deux chanteurs est un divertissement des plus réflexifs, où la tendresse se dispute l’humour pour une heure trente de rupture totale. Il rend hommage au cinéma muet, à l’expressionnisme allemand, à Fritz Lang, à Ennio Morricone et Sergio Leone. Le résultat est poétique autant que ludique. Et quand Christophe Salengro, en slip de bain lamé or, exécute un ballet en ski nautique factice, la salle se tord d’hilarité.

"Il y a les ombres premiers ou décimaux. Il y a les ombres chinoises, les ombres sombres, les ombres lumineuses. Les ombres portées, les ombres îles du monde. Les ombres d’un doute...". C’est tout ce monde d’ombres qui s’agite sur la scène parisienne, qui virevolte au gré de la lumière et compose cette oeuvre atypique et luxuriante. Moins par ses qualités techniques que par sa mise en scène inventive et sans cesse réinterprétée, ‘Sombreros’, pièce multiple et multipliante, est tout bonnement jouissive.


Télérama (Rosita Boisseau)

Dans ce spectacle bouillonnant d'images projetées, les ombres chinoises pullulent, signant à la pointe de leur présence fantomatique une très belle déclaration d'amour au petit théâtre de l'enfance.


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L’homme, un faiseur de rêves

Je l’ai découvert à l’occasion de la danse des sabots qu’il interprétait lors des cérémonies du bicentenaire de la révolution française mises en scène par Jean-Paul Goude et j'ai été émerveillée par les cérémonies d'ouverture et de clôture qu'il a chorégraphiées pour les JO d’Albertville en 1992.

jo1992ml5.jpgAlbertville 1992



Ce qu'en dit Wiki est ici.


Une interview portrait : Philippe Decouflé chorégraphe


Et enfin, parce que les images valent mieux que tous les mots pour découvrir ou retrouver ses univers :




Petite news de dernière minute :

Celui qui, pour sa compagnie recherche avant tout la différence et les richesses de personnages et d’interprétations qu’elle implique, vient d’être nommé directeur artistique du Crazy Horse, où les danseuses ont toutes des mensurations extrêmement proches dans une recherche d’homogénéité parfaite.

Un nouveau défi, où il va à n’en pas douter travailler le nu et la lumière avec la poésie qui est la sienne et qui enchante.



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Commentaires

De très loin mon chorégraphe préféré !!!

Un authentique génie créateur et en plus, bourré d'humour ce qui ne gâche rien.

J'ai vu trois de ses spectacles, un à Paris (Petites pièces montées), un à Nîmes aux Jardins de la Fontaine et celui de 2006 à Nîmes aussi, tous aussi magiques et beaux les uns que les autres. Sans oublier la choré délicieuse qu'il a réalisée sur "Le petit bal perdu", une merveille de jeux de mots visuels et de grâce.

Ecrit par : Anna Galore | 16 novembre 2008

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