17 novembre 2008
Sarah Moon, le noir, le rêve
Une très belle chronique, pour redécouvrir les univers d'une photographe poète à travers ses polaroïds :
A l’occasion de la sortie d’un très beau coffret de cinq livres sur le travail de Sarah Moon (y compris un film, Mississipi One), la galerie Camera Obscura présente un grand nombre de ses tirages, jusqu’au 6 décembre. Qu’on ait rêvé autrefois aux pubs Cacharel ou qu’on ait été enchanté par sa revisite des Contes de Perrault ou d’Andersen, on reconnaît aussitôt une photographie de Sarah Moon.
Ces polaroïds abondamment retravaillés ont des noirs charbonneux, des marques imparfaites, sales, grattées, des flous irréels qui sont comme une marque de fabrique, parfois trop évidente, parfois rassurante.
ViragesLa photo n’est plus une image, un indice, elle est déjà, par elle-même une représentation d’elle-même, un tableau, une harmonie formelle. Avant de regarder ces corps ou ces paysages, c’est la profondeur de ces noirs, c’est le vibrato de ces lignes, c’est la poésie de ces contours, l’incertitude de ces marges, que nous admirons, qui nous impressionne.
Dans la tortue, le regard n’est pas tant attiré par l’animal au pied de l’escalier, central mais anecdotique, mais bien plutôt par cette explosion de petites fleurs blanches que la scansion des briques et des cailloux des marches ne peut enrayer et qui vient s’évaser sur la roche sèche du fond : trois matières, trois textures que le grain rend presque palpables, trois mouvements, jaillissement, contrainte et reflux, qui s’incarnent dans la photo même.
La tortueEnsuite, mais ensuite seulement, on sourit de la tortue, on lit du rêve ou du tragique, de l’érotisme ou de la douceur, puis on se prend à songer au temps qui passe, à imaginer des chimères et des fées, à reculer devant le morbide, à nous troubler devant l’ambigu. Il y a chez elles des histoires suggérées et des atmosphères implicites, des photos à regarder quand on est amoureux et d’autres pour les jours de tristesse. Si ces deux jumelles me touchent (Le fil rouge), c’est d’abord pour l’étrangeté de leur pose et la fixité de leur regard, bien sûr, mais il y a aussi ces reflets qui perturbent une vision qui sinon serait trop frontale, ce lustre dont je ne peux saisir la forme; ces éléments-là sont autant des facteurs d’étrangeté que les deux fillettes. Artifice, sans doute, mais artifice remarquablement maîtrisé, tiré au cordeau, impeccable.
Le fil rougeEt en effet, tout est tellement composé, travaillé, précisément construit. Le virage (tout en haut), les taches (ci-contre), le soleil couchant (ci-dessous) sont des compositions quasi abstraites, où rien ne semble laissé au hasard, où les couches de matière grise ou noire se juxtaposent, se recouvrent, créant une épaisseur, grumeleuse en haut, plus souple ci-contre, plus grasse dans la troisième.
Les tâchesSarah Moon est une des rares photographes à savoir naviguer entre ce monde des sens et cet univers formel.
Soleil couchantChronique signée Amateur d’art par Lunettes rouges
Un autre portrait pour mieux la connaître et la comprendre : ici.
Miss You
16:02 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : photographie






Commentaires
Une grande créatrice et quel nom absolument génial elle porte !
Ecrit par : Anna Galore | 17 novembre 2008
C'est bieauuu...
bloo, plein les yeux bleus
Ecrit par : BloodyWow | 17 novembre 2008
Tu vas rire So, en voyant cette série de photos, j'ai immédiatement pensé à l'ambiance de "Sur ma peau" le bouquin de Gillian Flynn que tu m'as prêté et que j'ai ... enfin .... commencé^^
Dans le genre thriller noir, il est ... noir noir, mais bien, mais noir quand même ;)
Ecrit par : Miss You | 17 novembre 2008
Ah cool !
Bah je t'avais préviendue qu'il fallait le lire avec un moral d'acier ;-)
Mais bon, j'ai aimé et ce, sans anxyolitiques donc tu as ta chance aussi lol !
Bloody, scarface et pile
Ecrit par : Bloody Ra...Rasoir ? | 18 novembre 2008
Pour le moral, ça le fait, et pour le bouquin, j'aime, alors pas de soucaï :-)
Ecrit par : Miss You | 18 novembre 2008
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