22 novembre 2008

D'une grenade à l'autre

Vous vous souvenez de cette note d’Anna sur Le festin des merles et de l’enquête à propos des fruits, enquête qui a conclu en faveur de kakis et non pas de grenades.

L'image de la grenade m'est restée dans un coin de tête et j’ai décidé de vous en parler aujourd’hui sans doute parce que ce fruit m’évoque aussi une ville et une province que je rêve de visiter et, de façon plus lointaine, un pays qui lui fera l’objet d’une autre note.

Les pessimistes penseront aussi l’explosif, mais aujourd’hui (petit privilège de rédactrice) j’ai décidé que c’était hors sujet.


Revenons à nos moutons ou plutôt à notre grenade et donc,



D’abord quelques mots sur le fruit :

La grenade (Punica granatum), de la famille des Lythracées est le fruit comestible du grenadier. Elle est probablement originaire d'Iran et réputée avoir des vertus thérapeutiques.

Le grenadier est un arbuste qui aime la chaleur et craint les grands froids. Il s'acclimate bien tout autour du bassin méditerranéen, dans la même zone climatique que l'olivier.

Originellement, le sirop de grenadine était tiré des grenades. Aujourd'hui, la grenade n'entre plus dans la composition du sirop de grenadine industriel qui est un mélange de fruits rouges.

Le nom de grenade, aussi appelée pomme-grenade ("pomegranate" en anglais), vient du latin granatus qui signifie « abondant en grains ».


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C'est une grosse baie ronde, de la taille d'une grosse orange, à écorce dure et coriace, de couleur rouge ou jaune-beige, qui renferme dans des « loges » délimitées par des cloisons épaisses, de nombreux pépins de couleur rose-saumon à rouge rubis, d'une forme caractéristique en gemme de rubis.

Dans chaque pépin, la graine est enrobée d'une pulpe gélatineuse de chair rouge transparente, sucrée chez les variétés améliorées, sinon d'un goût plutôt âcre. Seuls les pépins constituent la partie comestible de la grenade, soit environ la moitié du fruit.
Avec la maturité, la peau de la grenade s'assombrit, s'amincit et durcit à l'extrême.

Les principaux producteurs sont : l'Iran, la Turquie, Algérie, Israël, le Liban, l'Égypte, la Tunisie, l'Espagne et l'Italie.


Originaire de la Perse (Iran), elle est cultivée depuis au moins 5000 ans en Asie occidentale et en Afrique du Nord, elle poussait dans les jardins suspendus de Babylone; elle est représentée sur certains bas-reliefs du temple de Karnak (Égypte), sur des mosaïques byzantines à Qasr el-Libia en Libye, un arbre de vie au-dessus de deux pintades et la grenade représentée sur des sculptures assyriennes. Les anciens Égyptiens préparaient avec elle un vin léger au goût de framboise.


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Porteur d'offrande dans le tombeau de Amenemhêt (Thèbes)


Les Grecs la considéraient comme le symbole de la fertilité, elle était d'ailleurs dédiée à la déesse de l'amour et des plaisirs Aphrodite et à Héra la déesse du mariage légitime, celle qui fut l'épouse de l'infidèle Zeus, et qui enverra aux enfers Perséphone pour en avoir prélevé un grain de celle que lui présenta Hadès; ce fut aussi l'un des attributs de Dionysos.

Elle fut introduite en Europe dans le courant du VIIIème siècle par les Arabes via l'Espagne où elle fut abondamment cultivée en Andalousie dans la province qui portera son nom, ainsi que la ville d'Elvira, qui sera rebaptisée Grenade au XI siècle par Zawi ibn Ziri, premier roi de la dynastie berbère-ziris (1012-1090).

La grenade était appréciée des nomades car, protégée du dessèchement par sa peau épaisse et coriace, elle supportait de longues distances, et avait un jus à la fois désaltérant et nourricier.

Hippocrate recommandait le jus de la grenade contre la fièvre et comme fortifiant contre la maladie.


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Fleur de grenadier

Les Romains connaissaient la grenade grâce aux Phéniciens qui l’apportaient de la Phénicie (Liban) à Rome, d’où son nom scientifique de Punica.
La Bible y fait plusieurs fois référence, et la grenade pourrait bien être le fruit défendu.

Le prophète Mahomet, pensait que la grenade chassait l’envie et la haine. Ce sont les Berbères (Maures) qui ont apporté le fruit en Europe, et la ville espagnole de Grenade, fondée au Xe siècle, lui doit son nom.

Beaucoup de peuples ont vu la grenade comme un symbole d'amour, de fertilité et de prospérité :

• Selon la mythologie grecque, le premier grenadier est censé avoir été planté par Aphrodite, la déesse grecque de l’amour et de la beauté, et Hadès, le dieu des Enfers, l’offrit à la belle Perséphone pour la séduire.

• À Java, elle est associée à certains rites accompagnant la grossesse.

• Selon Shakespeare, c’est sous son feuillage que Roméo s’abrita pour chanter une sérénade à Juliette.

• En Chine, la coutume veut qu’on offre une grenade aux nouveaux époux en guise de promesse d’une nombreuse descendance.

Le fruit se mange nature à décortiquer grain par grain et il est très apprécié des enfants. Il peut être utilisé pour faire des sorbets, des boissons, du sirop de grenadine artisanal, qui entre comme ingrédient dans des plats cuisinés.

À l'achat, sélectionnez les grenades dont l'écorce est foncée, d'un rouge profond à brun. Les petites grenades sont ordinairement sèches, ligneuses, âcres et immangeables. Plus le fruit est lourd, plus la pulpe sera juteuse. L'épiderme doit être bien lisse et brillant, exempt de brunissures. On dit que le fruit est mûr lorsqu'en tapant dessus, il émet un son métallique.


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Dans la cuisine libanaise, le sirop de grenadine est utilisé dans de nombreux plats salés pour leur conférer une agréable acidité, telles, les mtabba, aubergines grillées à la crème de sésame, la baba-ghannouj, purée d’aubergines grillées à l'ail et la lahm b'ajine, pizza à la viande.
Dans la cuisine du Punjab, au nord de l'Inde, ses graines séchées sont utilisées comme épice dans des plats végétariens.
La cuisine iranienne lui réserve aussi une place importante.

Un site tip top sur le jus de grenade (histoire, recettes, cocktails, ….).



La ville et la province :

Grenade est une ville espagnole, capitale de la province de Grenade au sud-est de l'Andalousie. Elle est située au pied de la Sierra Nevada, au confluent de trois rivières, le Beiro, le Darro et le Genil.

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Grenade est un haut lieu culturel et touristique qui abrite notamment le célèbre palais de l’Alhambra, inscrit sur la liste du patrimoine mondial établie par l'UNESCO.

Parmi les autres richesses architecturales à visiter, je ne peux que tenter de lister le Generalife et ses jardins, le Palais de Charles Quint, le Palais de Dar al-Horra,(construit au XVe siècle par les Nasrides, le Corral del Carbón, ancien caravansérail du XIVe siècle reconverti en auberge des charbonniers ultérieurement(d'où son nom), la cathédrale, dont la construction fut initiée sous Charles Quint en style gothique en 1518, fut achevée par la suite en style Renaissance (1703), et toutes les merveilles qui essaiment les rues et les places de cette ville incroyable.

À la croisée des cultures, lieu de cohabitation parfois sanglante de plusieurs civilisations, héritière de multiples traditions, Grenade est un mélange unique en son genre.

La cité antique est peuplée par des res, des Phéniciens, des Grecs, des Carthaginois, des Romains, des Wisigoths et des Arabes de 711 jusqu'en 1492 ; elle se nomme Elvira au moment de l'arrivée des Maures, qui la nomment Gart Al-Yahud (اليهود, la grenade des Juifs). La légende locale raconte que, las des exactions et persécutions continuelles des rois wisigoths à leur encontre depuis Receswinthe, la population juive facilita le passage des nouveaux conquérants en leur livrant les clés d'Elvira.


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La Grenade contemporaine est le fruit de deux civilisations, dont le passage eut lieu pendant l'année 1492.

• La civilisation islamique tout d'abord, qui depuis le premier roi ziride de Grenade, Zawi ibn Ziri jusqu'au dernier sultan nasride Boabdil, a régné non sans difficultés sur la ville et ses alentours : ce fut le Royaume de Grenade. En 1066, le Nagid de la communauté juive, successeur de Samuel Ha Nagid fut assassiné ainsi que entre 1000 et 4000 juifs de la cité; En 1090, la communauté juive de la ville fut dispersé.
Grenade a été la première ville d'Espagne à ouvrir une mosquée lorsque fut rétablie la liberté de culte, en 1978. Aujourd'hui en 2008, la cité en compte cinq. La dernière en date fut construite sur l'Albaicin.

• Pivot : 1492, l'année cruciale, est capitale dans l'histoire espagnole, voire l'histoire du Monde. On l'associe le plus souvent à la découverte des Amériques par Christophe Colomb, mais elle marque aussi la fin de sept cent ans de présence maure dans la péninsule ibérique, Grenade étant le dernier bastion à se rendre.

• La « Reconquista » (reconquête) s'achève donc par la remise des clés de la ville par Boabdil à Ferdinand II d'Aragon et Isabelle Ire de Castille, les Rois catholiques. La mère de Boabdil déclara alors à son fils : « Pleure comme une femme ce que tu n as su protéger comme un homme".

• La civilisation occidentale, dans son expression radicale catholique émanant de la Reconquête, s'empare ainsi de la ville qui, malgré de grands monuments catholiques (cathédrale, hôpital royal, monastères…), et la persistance de nombreuses processions de pénitents liée à la période troublée des conversions, a toujours gardé comme une nostalgie de la splendeur passée sous le règne musulman.


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Grenade sur Wiki : ici.

Un joli site à visiter : grenade-espagne.com.

Autre façon d’aller à la rencontre de cette ville sublime ? A travers un livre ! Pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, une partie du Livre de Saphir se situe à Grenade.


Savourez bien :-)



Miss You

Commentaires

Super intéressant !

Ecrit par : Anna Galore | 22 novembre 2008

Très intéressant et en écho avec une série d'articles passionnants sur le blog de Antiochus :

2 janvier 1492 : la lumière s'éteint sur Grenade
http://www.antiochus.org/article-24948709.html

anti, menthe à l'eau.

Ecrit par : anti | 22 novembre 2008

La cinquième photo de l'album "Maurice" en présente une, ouverte dans les règles de l'art.....

Ecrit par : voiedoree | 22 novembre 2008

Miam miam, Miss You, tu nous régales : nourritures du corps et de l'esprit. J'ai justement acheté une grenade hier… et je viens de commander "le livre du Saphir" sur tes conseils.

J'ai encore appris des choses, car je ne savais pas que la communauté juive avait été persécutée en 1066, puis chassée en 1090.

La version que l'on veut faire prévaloir actuellement en France et en Espagne est que les trois communautés vivaient en bonne entente. Mais à la mosquée de Grenade, je suis tombée sur une fiche de visite guidée écrite en espagnol qui, en la lisant entre les lignes, laissait entendre que les espagnols avaient souffert, relégués à la périphérie et considérés comme des citoyens de seconde zone dans leur propre pays.

Malgré cela, ils ont eu l'intelligence de conserver les magnifiques palais, mosquées et techniques artistiques des Maures -ainsi que le système d'irrigation très sophistiqué, toujours en activité-, et de les intégrer dans leur patrimoine.

Ecrit par : startine | 22 novembre 2008

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