29 novembre 2008

Retour alarmant des grands barrages

Longtemps bannis, les grands barrages reviennent en force

Pour ses 80 ans, lundi 24 novembre, la Commission internationale des grands barrages (CIGB) a fait couler le champagne sous la coupole du Palais de la découverte, à Paris.

Après des années de purgatoire, cette organisation regroupant tous les grands noms du secteur a de bonnes raisons de croire à son retour en grâce.

Les organisations non gouvernementales (ONG) continuent de dénoncer les dangers des grands barrages sur l'environnement et l'impact social de déplacements de populations rarement maîtrisé, mais leurs arguments portent peu face à ceux mettant en avant l'urgence face au changement climatique et à la crise alimentaire.

En 2005, la Banque mondiale a donné sa bénédiction en soutenant la construction de Nam Theun 2 au Laos.

"Tous les feux sont au vert", résume Michel de Vivo, secrétaire général de la CIGB.

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Les chiffres confirment ce tournant : 1 201 grands barrages - à savoir des ouvrages de plus de 15 mètres de haut stockant au minimum 3 millions de mètres cubes d'eau - étaient en construction en 2007 ; 178 avaient été mis en service l'année précédente. Le mouvement concerne tous les continents, même s'il est largement tiré par les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine).

Pour Pékin, l'équation est simple. "Le développement des barrages est une priorité pour réduire notre dépendance au charbon et assurer notre sécurité alimentaire", explique Shucheng Wang, président du Comité chinois des grands barrages. "20 % du plan de relance adopté pour faire face aux impacts de la crise financière mondiale seront consacrés à sécuriser nos ressources en eau au cours des deux prochaines années", précise M. Wang : soit plus de 100 milliards de dollars qui iront notamment dans les barrages.

Pour défendre la place de l'hydroélectricité dans la palette des solutions alternatives aux énergies fossiles, ses promoteurs mettent l'accent sur trois avantages : elle fait partie des énergies renouvelables, elle est peu polluante et son coût est plus faible. "D'autant plus faible que les barrages sont gigantesques", selon Michel de Vivo qui met les 3 cents du prix de revient du kilowattheure produit dans l'hydraulique en face du 0,5 dollar de l'énergie solaire ou des 10 cents de l'éolien.

Dominique Nahon, directrice du développement durable d'EDF, se veut toutefois plus prudente : "Nous devons démontrer qu'en milieu tropical, le bilan carbone de nos barrages est positif." Ce qui est loin d'être acquis. Des études ont montré que les réservoirs de barrage constituent, au moins dans les premières années de la mise en service, des sources importantes d'émissions de gaz à effet de serre en raison des rejets de méthane liés à la décomposition des végétaux submergés.

Le président de la CGIB, Luis Berga, ne juge pas l'obstacle insurmontable : "Nous savons ce qu'il faut faire. Il existe des recommandations reconnues par la communauté internationale. Et aujourd'hui, aucun grand barrage ne trouve de financement s'il ne les respecte pas", assure-t-il en plaidant pour que ces infrastructures soient reconnues comme des investissements prioritaires dans la stratégie d'adaptation au changement climatique.


Le potentiel africain :

La requête n'est pas anodine.

Si la Chine, assise sur ses centaines de milliards de dollars de réserves de change, peut se passer des financements internationaux pour assumer sa politique des grands barrages - à commencer par celui des Trois-Gorges -, ce n'est pas le cas de l'Afrique. Or le continent noir demeure un espace largement inexploité. Son potentiel hydroélectrique représente 13 % du total mondial mais seulement 8 % sont utilisés. Si trois des plus grands barrages mondiaux y ont été construits, ils sont réservés à l'irrigation. 70 % de la population est privée d'accès à l'énergie courante.

Lundi, à Paris, l'Union africaine, la CGIB et d'autres partenaires du monde de l'énergie ont signé une "déclaration mondiale en faveur des barrages et de l'hydroélectricité pour le développement durable de l'Afrique". Derrière cette annonce pompeuse, les intentions sont claires : les grands barrages doivent redevenir un instrument du développement de ces pays.

"La saison sèche dure huit mois par an. Sans retenue d'eau pour développer l'irrigation qui, aujourd'hui, ne concerne que 7 % des terres arables, nous ne pourrons améliorer notre productivité. Et nous avons besoin d'électricité pour la conservation des récoltes", plaide le ministre de l'agriculture du Burkina Faso, Abdoulaye Combary. Son pays va lancer les travaux du quatrième grand barrage du pays à Samendeni, sur le fleuve Mouhoun. La Banque mondiale, la Banque africaine de développement et des pays arabes apportent l'essentiel des 180 millions de dollars que coûtera le projet. Le site avait été identifié en 1976, après la grande sécheresse au Sahel.

Laurence Caramel

Source Le Monde du 27 novembre 2008.


maquette3gorgesmf3.jpgMaquette des Trois Gorges



Pour apporter un éclairage complémentaire à cet article, je dépose ici un extrait de Wiki présentant les arguments pour et contre la construction d’un grand barrage, appliqués à celui des Trois Gorges :


La construction du barrage des Trois Gorges a suscité une vaste polémique, tant en Chine avec l'opposition de nombreux scientifiques que dans le monde. La Banque mondiale a refusé d'y participer doutant de la viabilité du barrage. L'écrivaine chinoise Dai Qing a qualifié le barrage de « farce ridicule et néfaste qui va hanter les dirigeants chinois ». Les associations écologiques dénoncent le risque pour 75 millions de personnes qui vivent en aval de l'ouvrage.

Arguments défavorables à la construction du barrage

Écologiques

• En amont :
o Sédimentation rapide du réservoir, ce qui paralyserait le fonctionnement du barrage
o Inondation de 600 km2 de terres agricoles et de forêts

• En aval :
o Importants changements dans la faune et la flore. La réduction des sédiments en suspension va conduire le fleuve à creuser son lit, la réduction des crues permettra la colonisation des vastes lacs actuels de déversement des crues du moyen du fleuve, d’où des problèmes pour les oiseaux (grue de Sibérie).
o La réduction de l’apport sédimentaire risque de faire reculer le delta du fleuve, et la faiblesse du débit en hiver risque d’aggraver la remontée des nappes salées plus à l’intérieur du delta, problème qui nécessitera un drainage pour évacuer le sel.
o Érosion : depuis la mise en route du chantier, les rives du fleuve se sont érodées de 4 km² par an en certains lieux.
o Altération de l'habitat du dauphin de Chine. En 2006, l'espèce est considérée comme éteinte.
o Multiplication anormale des mauvaises herbes aquatiques et des algues, reconnue par l'agence officielle chinoise Xinhua.

Humains

Déplacements prévus de 1,2 million d'habitants sans aucune aide de l'État (précédent record de 300 000 habitants en Chine du Nord battu) avec l'engloutissement de 160 sites historiques et archéologiques, de plusieurs villes et de nombreux villages.
• 40 % des personnes déplacées sont des citadins, relogés pour moitié dans de nouveaux quartiers en ville dans des appartements dont les immeubles ont été construits à la va-vite, alors que la plupart du temps, ils étaient logés dans de petites maisons.
• 60 % sont des paysans relogés pour moitié au-dessus du réservoir avec des parcelles de la même superficie de 600 m², mais dans des conditions de culture différentes : sols minces, en pente et à une altitude comprise entre 300 et 1 000 m. Ceci impliquant que leur agriculture traditionnelle, l'agrumiculture ne sera plus possible.
o Par endroits, disparition de sites archéologiques qui doivent être réaménagés plus haut.
• Risque pour 75 millions de personnes vivant en aval en cas de rupture du barrage, notamment pour la ville de Changsha et de Wuhan, qui comptent 9 millions d'habitants.

Politiques

• Il permet de créer dans la société chinoise un consensus qui peut s'identifier à ce grand projet hydraulique. La propagande agit dans ce sens, lorsqu'elle emmène toute la jeunesse voir le barrage. En effet, tous les écoliers dès l'âge de 12 ans sont emmenés par leur école visiter le barrage. Ces visites sont financées par l'État.
• Ce barrage ne résout pas le problème de l'approvisionnement électrique de la Chine. Sa production annuelle de 85 TWh correspond à peu près à 2 % de la consommation nationale.


chinetroisgorgeseu5.jpgLes Trois Gorges



Arguments favorables à la construction du barrage

• Lutte plus efficace contre les crues du fleuve, en aval, qui pouvaient dépasser 100 000 m3/s, atteindre une côte de 17 mètres au-dessus du niveau de la plaine (29 mètres au centre de Wuhan en septembre 1998), avec en plus un argument humanitaire de sécurisation des nombreuses populations habituellement touchées par les crues (50 à 80 millions d’habitants) et causant chaque année de nombreux morts. Les crues de l'automne 1998 ont causé la mort de plusieurs milliers de personnes.
• Fourniture d'énergie hydroélectrique, l'équivalent de 20 tranches de centrales nucléaires, de 50 millions de tonnes de charbon par an, soit 2 % des besoins en énergie du pays.
• Essor de la navigation en amont du fleuve : les cargos (jusqu'à 10 000 t) pourront remonter vers le bassin du Sichuan en passant l'obstacle naturel actuel des Gorges.
• Développement économique d'une région intérieure, jusqu'à présent le boum économique favorisait plutôt les régions côtières.
• Développement de la pêche dans le réservoir.
• Développement du tourisme en été et non plus seulement lors de la saison sèche.
• Meilleure maîtrise de la qualité générale de l'eau.
• Transfert d'une partie des eaux du Yangzi Jiang vers la plaine de la Chine du Nord qui souffre d'une sècheresse endémique par un simple canal de dérivation capable si besoin d'apporter annuellement 40 km³ d'eau, soit l'équivalent annuel du Rhône. Ce transfert permettrait d'éviter la construction de trois petits barrages initialement prévus.

Chiffres en juin 2003

• Une centaine de personnes sont mortes lors de la construction (chiffres officieux)
• 1,25 million de personnes ont été déplacées.
• 15 villes et 116 villages ont été engloutis.
• 436 km² de terres ont disparu.
• Les 24,5 milliards de dollars prévus ont largement été dépassés.


A lire aussi, l’avis (plus que mesuré) en 2004 de la Commission Mondiale sur les Barrages, créée par la Banque mondiale et l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) en mai 1998, en réponse à une opposition grandissante aux grands barrages : ici.



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Commentaires

En ce qui concerne les barrages africains nécessaires à la vie, je cite l'exemple de Madagascar. Il est connu que les changements de conditions climatiques et le réchauffement de la planète réduit les précipitations et augmente la désertification.
Le sud de Mada est particulièrement touché et malgré les tentatives de camouflage du gouvernement Malgache il est connu que des milliers de personnes meurent de faim dans cette région.
Une des causes premières est l'eau, sans eau pas de récolte mais surtout pas de cuisson du riz, base alimentaire. Il est actuellement mis en place des citerne par souscription auprès des réunionnais mais sans pluie à quoi servent elles.
Le nord du pays est par contre très irrigué, un barrage pourrait sans doute constituer le début d'une solution....

Ecrit par : voiedoree | 29 novembre 2008

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