11 décembre 2008
La belle Maguelone
Aujourd’hui je vous propose de découvrir un lieu que j’aime vraiment beaucoup, pour le site, pour l’ambiance qui s'en dégage et pour les contes qui s’y attachent. D’ailleurs, si le temps le permet, j’irai probablement m’y promener ce week-end.

Le lieu
Le visiteur qui découvre aujourd'hui, au sud de Montpellier, l'île de Maguelone et sa cathédrale solitaire, tel un immense vaisseau de pierre échoué entre la mer et les étangs, ne peut manquer d'être frappé par l'étrangeté du site et de s'interroger sur les origines et le destin d'un édifice aussi singulier.
Vision insolite d'abord que celle d'une église forteresse, mutilée et privée de ses tours, qui semble cacher ses blessures derrière un rideau de vieux arbres torturés par le vent marin.

Étrange et prodigieux destin ensuite que celui d'un sanctuaire qui fut, pendant un millénaire, le siège d'un évêché important, fief pontifical et refuge temporaire de plusieurs papes, avant de connaître l'abandon, le pillage et la ruine.
(Pour la petite histoire, le dernier hôte illustre, et bien involontaire, de Maguelone, fut en 1720, le turc Mehemet Effendi, grand trésorier du Sultan et ambassadeur extraordinaire auprès de Louis XV. Son navire, étant retenu en quarantaine au large de Sète à cause de la peste, il fut par déférence logé à Maguelone.)

Tout plein de détails géniaux sur les différentes époques traversées par l’endroit : ici

Crédit photo David Merlin
Confisqué et vendu comme bien national à la Révolution, le domaine de Maguelone passa entre plusieurs mains avant d'être acquis en 1852 par Jacques Bonaventure Frédéric Fabrège.
Avant
AprèsBien que classée "monument historique" depuis 1840, la cathédrale était alors dans un triste état de délabrement. Passionné par le prestigieux monument, Frédéric Fabrège, son fils, s'en fit l'historien minutieux et le sauveteur acharné. II entreprit des fouilles afin de retrouver les fondations des édifices antérieurs et repérer l'emplacement des bâtiments médiévaux rasés en 1708.

II restaura la cathédrale, releva les autels et les tombeaux, réédifia la chapelle Saint-Blaise, planta l'île, alors complètement dénudée, d'essences méditerranéennes qui font aujourd'hui son charme. Le 14 juin 1875, la cathédrale sauvée était rendue au culte par Mgr de Cabrières.
Blason de l'Evêché
Donnée en 1949 au diocèse de Montpellier par la fille de F. Fabrège, elle demeure dans sa solitude boisée, le témoin d'un très riche passé, et le plus bel exemple entre Agde et les Saintes Maries, de ces églises forteresses qui veillaient sur le littoral languedocien au Moyen-âge.

Crédit photo David Merlin
Après plusieurs siècles de silence et de léthargie, le domaine de Maguelone allait renaître en retrouvant sa vocation millénaire de terre d'accueil et d'hospitalité. Depuis 1969, l'association Les Compagnons de Maguelone a la responsabilité du site, avec comme objectif une double mission :
• Mission médico-sociale (C.A.T.) :
Assurer la gestion d'un Centre d'Aide par le Travail (C.A.T.) destiné à favoriser la réinsertion dans la vie professionnelle et sociale, de jeunes et d'adultes handicapés dont l'activité se partage entre l'exploitation du domaine agricole qui entoure la cathédrale, l'aquaculture, la pêche sur l'étang du Prévôt, et la réalisation de différentes prestations de services.

Crédit photo David Merlin
• Mission culturelle (Patrimoine) :
Assurer la maintenance et la restauration du patrimoine historique (parc, cathédrale, fouilles archéologiques...), ainsi que l'animation du site (visites, manifestations culturelles...), avec notamment un festival de musique classique organisé tous les ans, en Juin, dans la cathédrale.

Légendes autour de Maguelone :
Légende de Simon Le Lépreux, premier Evêque de Maguelone
Simon, après avoir converti à la religion chrétienne grand nombre de peuples riverains du Rhône, apporta la bonne nouvelle dans l’île de Maguelone qui renfermait un temple desservi par des vestales. Sa mission terminée, il se disposait à passer en Espagne, quand par un dernier effort des divinités païennes expirantes, le martyre vint couronner sa vie. Les vestales de l'île, poussées par leur haine contre les apôtres du Christ, le précipitèrent dans l'étang, dont les eaux profondes n'éteignirent pas l'ardente clarté de l'apôtre, qui reçut dans le ciel la couronne d'immortalité.
Légende de la fondation de Montpellier
Le comte de Maguelone, Aigulfe, père de saint Benoit d’Aniane consulte un jour un talmudiste qui était à la fois son médecin et son familier ; celui-ci lui montre la nuit au milieu d'un bois, deux arbustes mystérieux qui, d'abord éloignés l'un de l'autre, se réunirent en un grand arbre aux doubles racines. Ensuite apparut une jeune fille à deux têtes qui, à leur tour, se transformèrent en une seule, d'une ravissante et rayonnante beauté. Elle prophétisa, et c'est à cet endroit que le comte Aigulfe décida de fonder Montpellier.
Le roman de la belle Maguelone

Composé au XIIe siècle, remanié dit-on par Pétrarque au XIVe siècle lors de son séjour montpelliérain, récit connu de Cervantès, traduit en espagnol et dans plusieurs autres langues, il fut imprimé pour la première fois en 1478. L'original du Xlle siècle est perdu et la version la plus ancienne que l'on en connaisse date de 1453. (Édition gothique de Guillaume le Roy ; Lyon, 1479)
Un chevalier débarquait un jour, dans l'île, à l'hôpital Saint-Pierre, construit pour les malades qui revenaient de Palestine. Son abattement et ses soupirs trahissaient une affection morale qui réclamait surtout les consolations de la charité.
Voici le résumé de cette histoire, proposé par F. Fabrège :
Suivant la touchante règle de toutes les maisons religieuses, au Moyen Age, une soeur vient laver ses pieds et les baiser ; prise aussitôt de compassion, elle l'invite à lui confier le secret de sa douleur. II raconte alors qu'il est fils d'un gentilhomme de Provence, qu'un frère avait dépouillé de ses états. Attiré à la cour du roi de Naples par la renommée de la belle Maguelone, il avait gagné son coeur par sa bravoure dans les tournois où il ne s'était fait connaître que sous le nom de chevalier des Clés. Aspirant à sa main et voulant la soustraire à un odieux rival, il l'enleva pour la conduire chez ses parents, après lui avoir juré sur les saints Évangiles respect et fidélité.

Ils marchèrent, le jour, et s'arrêtèrent, le soir, dans un bois, près de la mer; mais, pendant que la princesse dormait, un oiseau de proie enleva trois anneaux d'or, que Pierre avait reçus de sa mère et donnés à sa fiancée. Pierre s'en aperçoit et court après l'oiseau ; l'oiseau vole sur un rocher, dans la mer. Pierre monte dans une barque sans gouvernail, quand une rafale entraîne la nacelle en pleine mer. II va donc périr et ne demande à Dieu que de prendre en pitié celle qu'il a perdue. Hélas ! Il subira la double épreuve d'en être séparé et de ne pas mourir.
Des corsaires allant en Égypte le recueillent pour en faire un esclave. Vendu au sultan, il gagne ses faveurs et, par ses services, mérite la liberté. Revenu en Provence, après une longue et pénible traversée, son âme n'est pas moins souffrante que son corps, car il ignore ce que sont devenus son père, sa mère et surtout Maguelone, Maguelone, qu'il a tant aimée, qu'il aime plus que jamais, et qui, sans doute, l'accuse de félonie et d'abandon.

Ce récit arrache des larmes à la soeur hospitalière, comme si elle eût éprouvé les mêmes maux, et elle n'interrompt le chevalier que pour soutenir son courage et faire briller à ses yeux l'espérance qui semblait à jamais évanouie dans son coeur. " Maguelone, dit-elle enfin, Maguelone vit encore, ainsi que vos parents. Elle est venue dans cette île et ne pense qu'à vous. Elle n'a jamais cru à une trahison ni cessé de prévoir votre retour. Elle m'a confié qu'à son réveil dans la forêt, grandes furent sa surprise et sa honte. N'osant rentrer à la cour de son père, elle se rendit à Rome où elle habita un hospice réservé aux pèlerins.
En ayant admiré le bienfait, elle conçut l'idée d'en doter la patrie de Pierre, et crut lui rester fidèle en se consacrant aux pauvres et aux malheureux, dans l'attente de son retour, car elle se considère toujours comme sa fiancée. Si elle était devant vous, ajoute-t-elle en levant son voile, la reconnaîtriez-vous ?
Pierre retrouve alors la belle Maguelone dans la soeur de charité.
Les dessins sont de Ludwig Richter (1838)
Un très beau site à visiter et dont je me suis largement inspirée pour préparer cette note : espace-maguelone.com et choisir les photos.
Un autre site de photos fabuleuses, notamment sur la région Grand Sud, découvert aujourd'hui : celui de David Merlin (david-merlin.com).
Miss You
14:40 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs, Raconte-moi une histoire | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note






Commentaires
J'ai assisté une fois à un pince-fesses dans l'une des grandes salles de la Maguelone mais c'était après la tombée de la nuit et je n'ai pas pu apprécier vraiment la beauté du site.
Les photos que tu montres donnent vraiment envie d'y aller.
Ecrit par : Anna Galore | 11 décembre 2008
C'est un très bel endroit, que je trouve "magique".
Sans doute du fait de sa proximité avec l'eau, il me fait penser à l'abbaye de Talmont en Charente. Les pierres sont d'une teinte très proche de celle de la pierre de Saintonge.
Ecrit par : Miss You | 11 décembre 2008
Absolument d'accord ! Ca donne carrément envie d'y aller.
anti, on the road.
Ecrit par : anti | 11 décembre 2008
Si c'est comme Talmont ça doit pulser l'énergie!
Ecrit par : voiedoree | 12 décembre 2008
L'énergie, c'est vrai, et aussi une immense sérénité.
Ecrit par : Miss You | 12 décembre 2008
Ca va emsemble ma Miss préférée....
Ecrit par : voiedoree | 12 décembre 2008
Hé hé, c'est pas toujours le cas (il y a des énergies négatives, voire des agités énergiques), alors quand ça l'est, c'est juste... à savourer :)
Ecrit par : Miss You | 12 décembre 2008
Petits conseils d'une habituée.
-Choisissez l'heure et la saison de votre visite, moins il y a de visiteurs mieux vous percevrez ce dont les posts précédents parlent.
-Informez vous avant votre visite, comprendre l'histoire permet de mieux apprécier ce que l'on voit. ( audio-guides sur places).
- Pistez les quelques dates de visites guidées, notamment celles faites par Alexandrine GARNOTEL, archéologue du site.
-Prenez votre temps, observez les paons, le soleil qui se couche ou les vignes avec la mer ou l'étang en arrière plan.
- Découvrez sur http://www.variolite.fr des photos des lieux insolites et peu connus de l'île de Maguelone, et l'histoire étonnantes de ces galets de variolite, issus des sommets alpins ( Massif du Chenaillet ), roulés par la Durance puis par la Méditerranée lors de l'édification du lido et des étangs languedociens.
-Des galets de VRAIOLITE et des bijoux en variolite sont en vente au point accueil de la cathédrale.
-RAPPEL jusqu'à ce jour l'accés et la visite de la cathédrale sont GRATUITS ( mais Parking payant l'été)
-Régalez vous
Ecrit par : maguelone | 14 janvier 2011
Que des bons conseils :-)
Relire la note me souffle une jolie idée, y retourner, dès que le printemps sera à nouveau là
Ecrit par : Miss You | 14 janvier 2011
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