05 janvier 2009
Histoires de tableaux
Le Musée Maillol à Paris
expose jusqu'au 2 mars
l'avant-garde russe du début du XXe siècle
expose jusqu'au 2 mars
l'avant-garde russe du début du XXe siècle

Kasimir Malévitch - Portrait, v. 1910. © Musée national d’art contemporain-Collection Costakis, Thessalonique.
A l’occasion de cette exposition, je découvre, outre certains des artistes exposés, un mouvement artistique l’avant-garde russe, l’histoire d’un lieu Le Musée Maillol et celle de la Fondation Dina Vierny, qui en est à l’origine, et la naissance incroyable d’une Collection, celle de Georges Costakis.
En voici quelques mots.
L’avant-garde russe :
Dans les premières années du XXe siècle, les liens entre artistes de Russie et du reste de l'Europe, notamment de Paris, sont nombreux. Les premiers sont marqués par les couleurs du fauvisme ou le primitivisme de Paul Gauguin, tout en développant un art figuratif original, qui reprend les figures de l'imagerie populaire.
A partir des années 1910 l'art abstrait se développe en Russie.
Dès les débuts du cubisme, des artistes russes en reprennent la fragmentation des formes, en gardant des éléments et en introduisant de nouveaux ("Ouvrier-aviateur" d'Alexei Morgounov, 1913).
Ils y ajoutent bientôt les effets dynamiques du futurisme italien, créant des formes géométriques colorées en mouvement (Ivan Koudriachov, Ivan Klioune, Gustave Kloutsis, Lioubov Popova...).

Alexandre Rodtchenko - Construction sur fond blanc (Robots), 1920. © Adagp Paris 2008.
En 1915, Kasimir Malevitch lance, avec l'exposition 0,10, à Saint-Petersbourg, le "suprématisme", lié à une quête d'absolu et basé sur la forme pure. Ses formes géométriques se veulent indépendantes de la réalité visible.
Après 1917, de nombreux artistes russes se rallient aux bolchéviks, dont ils soutiennent l'idéal. Voulant mettre leur art au service de la révolution, ils inventent le "constructivisme": il s'agit de remplacer la composition par une construction. Ils magnifient la machine. La création prend une dimension fonctionnelle, l'art devient "matérialiste".
Vladimir Tatline crée des "contre-reliefs", sculptures faites avec des matérieaux industriels. Certains artistes abandonnent la peinture pour se consacrer au design ou a graphisme, créant des slogans, des affiches de propagande, des cartes postales des Spartakiades (Gustave Kloutsis, 1928).
A partir des années 1920, les peintres sont obligés de se conformer aux exigences du réalisme socialiste.
Faute de quoi ils risquent d'être accusés de "formalisme", c'est-à-dire de trahison. Ils reviennent à la figuration.
Certains pourtant, comme Malevitch, ou Salomon Nikritine dont les figures ne sont pas forcément exemplaires (Femme buvant, 1928), arrivent à rester assez loin du réalisme socialiste.

Alexeï Morgounov - Ouvrier-Aviateur, 1913. © Musée national d’art contemporain-Collection Costakis, Thessalonique.
La collection Costakis n'avait jamais été montrée en France. Le Musée Maillol en présente une sélection de 200 oeuvres, essentiellement des peintures à l'huile, des gouaches, des aquarelles et des dessins, d'artistes connus ou moins connus ici: Malevitch, Popova, Klioune, Alexandre Rodtchenko, El Lissitzky, Vladimir Tatline ou Clément Redko, Mikhail Matiouchine, Xenia Ender, Pavel Filonov, Salomon Nikritine. Des oeuvres qui constituent un panorama de cette avant-garde russe entre le début du XXe siècle est les années 1920.
Histoire extraordinaire d’une collection :
L'histoire de la collection Costakis est peu ordinaire. Georges Costakis (1913-1990) vient d'une famille de marchands de l'île grecque de Zakinthos établie en Russie au début du XXe. Il a vécu presque toute sa vie à Moscou, avant d'y être indésirable.
CostakisModeste chauffeur d'ambassade -il commence à l'ambassade de Grèce avant d'être embauché par l'ambassade du Canada-, il accompagne visiteurs et diplomates chez les marchands d'art de Moscou. Sans aucune formation artistique, il prend goût à l'art et commence une collection d'icônes et de petits maîtres hollandais.
Un jour, il a le coup de foudre pour un oeuvre d'Olga Rozanova, ayant la sensation de voir la lumière jaillir de la toile. Il commence alors une collection d'oeuvres de l'avant-garde russe. On est en 1947 et ces oeuvres, proscrites, ne sont plus exposées dans les musées. Georges Costakis est un des seuls en Union soviétique à s'y intéresser.
Comme ces oeuvres censurées et oubliées n'ont presque plus de valeur marchande, il peut, avec des moyens tout à fait limités, en acquérir 1277 en trois décennies.

Ivan Koudriachov - Construction d’un mouvement rectiligne, 1925. © Collection The State Tretyakov Gallery
Quand en 1974 la milice écrase avec des bulldozers une exposition d'artistes non-officiels dans un jardin public, Costakis traite les services secrets de "fascistes". C'est le début des ennuis.
Après avoir donné la moitié de sa collection à la Galerie Tretyakov de Moscou, il quitte l'Union soviétique à la fin des années 1970. Le reste de la collection sera acquise par l'Etat grec et exposée au musée de Thessalonique.
L’histoire d’un Musée et d’une Fondation :
Dina ViernyInauguré en janvier 1995, le musée Maillol est l'aboutissement de toute une vie, celle de Dina Vierny Dina Vierny, que Maillol rencontra lorsqu'elle avait quinze ans et qui fut, peut-on dire, le modèle idéal de l'artiste, celle dont il avait besoin pour continuer son oeuvre fondée sur la beauté du corps.
Des sculptures telles que 'La Montagne', 'L'Air', 'La Rivière', mais aussi des statuettes, des peintures, pastels et dessins, naîtront de cette confrontation entre la perfection d'un corps et la maturité d'un talent.
Dina Vierny posera aussi pour de nombreux amis de Maillol : Matisse, Bonnard, Dufy... Cette collaboration durera dix ans.

Alexeï Morgounov - Ouvrier-Aviateur, 1913. © Musée national d’art contemporain-Collection Costakis, Thessalonique
En 1964, elle fait don à l'Etat des sculptures de Maillol qu'André Malraux, ministre de la Culture, installera en plein air dans les jardins des Tuileries.
C'est à cette époque qu'elle décide de créer sa fondation pour faire connaître au public toute l'oeuvre d'Aristide Maillol. Elle va, trente ans durant, y consacrer toute son énergie. La fondation Dina Vierny-musée Maillol est un hôtel particulier du 7e arrondissement de Paris.
La rénovation de l'ensemble des lieux est le résultat d'un superbe travail de sauvegarde et de synthèse auquel Dina Vierny et l'architecte Pierre Devinoy consacrèrent plus de quinze années.
L'espace offre aujourd'hui quelque 4.250 m2 de superficie et, outre les salles consacrées au musée Maillol et aux collections permanentes, des espaces permettent d'accueillir des expositions temporaires.

Lioubov Popova - Construction espace-force, 1921. © Musée national d’art contemporain-Collection Costakis, Thessalonique
Diaporama Libé pour voir d'autres toiles exposées.
Musée Maillol
(Sources : France2.fr ; Libé.fr ; Musée Maillol ; Wiki)
Miss You
16:00 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : musées, peinture






Commentaires
Je ne connaissais ni le Musée Maillol, ni l'avant-garde russe du début du XXe siècle, à part Kandinsky bien sûr.
La toile intitulée "construction d’un mouvement rectiligne" est surprenante et énigmatique. Très jolie.
anti
Ecrit par : anti | 05 janvier 2009
Je n'en connaissais pas plus. Mais j'ai bien aimé découvrir tout ça au fur et à mesure de la préparation de la note :)
C'est drôle que tu parles de cette toile, j'ai craqué sur elle en premier : elle m'a faite penser par sa sobriété et ses rondeurs à la superbe statue que tu avais postée sur le fil http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2008/06/03/l-harmonie-des-spheres.html
La pureté des lignes et la sphère peut être...
Ecrit par : Miss You | 05 janvier 2009
Il y a une similitude, en effet.
Très intéressant, cet article !
Ecrit par : Anna Galore | 05 janvier 2009
"elle m'a faite penser par sa sobriété et ses rondeurs à la superbe statue que tu avais postée sur le fil Harmonie des Sphères"
C'est dingue oui, je n'avais pas remarqué. Comme quoi ;-)
anti
Ecrit par : anti | 05 janvier 2009
Moi, ce que je préfère dans tout ça, ce sont les couleurs. Et puis, il y a les titres ! Par exemple, il y a une oeuvre qui s'intitule "Architectonique picturale à la planche jaune". Même si ça n'a aucun rapport, le mot "architectonique" me fait penser à la "tectonique" et, du coup, ça me parle davantage... En tout cas, ton article, Miss You, est très intéressant et me donne envie d'aller voir cette expo !
Ecrit par : Sylvie Chéreau | 05 janvier 2009
C'est fendant de voir un Malévitch qui ressemble tant à un Nabis Gauguinnisé!!!
De plus le lieu est magnifique (saviez-vous que Musset y vécut?) ..
Bonne idée d'y aller faire un tour..
Je vote aussi pour la toile "Construction d'un mouvement rectiligne" mais j'ai bien peur que ce ne soit que pour des raisons tès classiques ou très très sensuelles.. le rôle qui y est donné là à la lumière (ou est-ce dû à la prise de vue?) n'étaye pas du tout le discours pictural avancé.. si? (ptain je déteste causer comme çà... quelqu'un pourrait dire çà humainement et clairement à ma place?? gr)
Ecrit par : sapotille | 06 janvier 2009
Moi je trouve ça achtement bien dit : on voit la pro ;)
Pour les raisons, elles me semblent plutôt bonnes, non ?
Je ne sais pas si j'irai à la Kapitaleu d'ici le 02/03 mais l'expo me tente bien bien.
Ecrit par : Miss You | 06 janvier 2009
"quelqu'un pourrait dire çà humainement et clairement à ma place?? "
Je traduis pour notre jeune public:
"Putain, mate le tag, il kiffe grave sa race !"
Anna, traductrice polyglotte multiculturelle lexilogosse
Ecrit par : Anna Galore | 06 janvier 2009
Je suis pas pro. et je déteste réellement parler comme çà. Mais par contre, si tu passes par la capitale, on peut tenter d'y aller ensemble? invitation qui vaut pour d'autres éventuellement tentés..
sapot.arte
Ecrit par : sapotille | 06 janvier 2009
Anna j'te zbeuhle ta race, yo.
Mais avec tendresse.
Graphotille
Ecrit par : sapotille | 06 janvier 2009
Sapotille, c'était une galegade :)
Pour l'invitation, ce serait vraiment avec plaisir, je te tiens au courant si et quand je viens !
Ecrit par : Miss You | 06 janvier 2009
Je suis allée voir l'expo il y a quelques semaines, très réussie. J'ai trouvé intéressant de voir des oeuvres de jeunesse des constructivistes, mais aussi des peintres moins présents dans les collections françaises et pourtant remarquables. Il y avait eu une expo sur le même sujet à la fondation Maeght de St Paul de Vence il y a quelques années, très riche également.
Ecrit par : Adele Riner | 05 mars 2009
Bonjour,
je suis également allé voir cette expo et je suis tombé sous le charme des oeuvres de Koudriachov. Quelqu'un saurait il me dire ou puis je tenter de trouver une reproduction de ses oeuvres ?
Ecrit par : Stephane | 21 juillet 2009
Bonjour Stéphane et merci de votre passage.
Une recherche sur le net avec le nom de Koudriachov devrait vous mettre sur la voie, vous pourriez aussi contacter l'un des administrateurs du musée Maillol. Ils sauront sans doute vous répondre. Bonne chance pour vos recherches.
Ecrit par : Miss You | 21 juillet 2009
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