12 janvier 2009
La Vénus d'ébène
Nouvel écho (mais pas plus surprenant que ça) avec la note d'Anna sur les premières vénus, je suis tombée par hasard sur un reportage hier d’ARTE sur Joséphine Baker, surnommée la Vénus d'ébène.

Curieuse d’en apprendre un peu plus sur celle que je ne connaissais qu’à travers la Revue nègre et la chanson « J’ai deux amours…», j’ai regardé d’abord distraitement puis avec attention le parcours d’une femme incroyable.
Première « star » noire en France, elle a fait un « come back » à l’âge de 69 ans dans une tenue aussi légère que celle de ses débuts, provoquant une ovation largement méritée et l’admiration de tous.

Longtemps jugée trop française, trop avant-gardiste, disons « simplement trop tout » pour une noire, elle restera très controversée aux Etats-Unis, où elle représentait un symbole vivant pour la communauté noire américaine.
Elle prendra d’ailleurs la nationalité française dès 1937.
Engagée très tôt dans la Résistance, elle aura été un véritable agent de renseignement en France, puis au Maroc
Militante, elle a lutté toute sa vie contre la discrimination et toutes les formes d’injustice, prononçant même un discours lors de la Marche sur Washington en 1963 aux côtés de Martin Luther King.
Généreuse, elle a adopté près de 15 enfants, de toutes origines, les appelant « sa tribu arc-en-ciel », allant jusqu’à engloutir sa fortune pour leur permettre de rester ensemble.

Joséphine quitte le foyer familial à l'âge de 13 ans et commence à travailler comme serveuse. Elle remporte son premier concours de danse à 10 ans, puis débute à Broadway au Plantation Club.
Le 2 octobre 1925, elle passe en première partie dans la Revue nègre au Théâtre des Champs-Elysées.
Vêtue d'un simple pagne de bananes, elle danse avec une furie suggestive sur un rythme de charleston — une musique alors encore inconnue en Europe — l'interprétation d'un tableau baptisé La Danse sauvage.
Le scandale fait rapidement place à l'engouement général.

Joséphine Baker dansant le charleston aux Folies Bergère à Paris lors de la Revue nègre en 1926 (Photo de Walery)
Joséphine devient l'égérie des cubistes qui vénèrent son style et ses formes, et suscite l'enthousiasme des Parisiens pour le jazz et les musiques noires.
En 1927, la jeune star se lance dans la chanson. En 1931, elle remporte un succès inoubliable avec la chanson J'ai deux amours composée par Vincent Scotto.
Quelques rôles lui sont proposés au cinéma par des cinéastes, tel Marc Allégret, sans grand succès. Sur les planches du music-hall, en revanche, elle en vient à faire de l'ombre à la grande Mistinguett.

Sa tournée de 1936 aux États-Unis ne rencontre pas non plus la réussite escomptée.
L'Amérique est sceptique et certains lui reprochent de parler parfois en français, ou en anglais avec un accent français. Elle rentre en France et acquiert la nationalité française en 1937 en épousant un Français, Jean Lion.
Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, en 1939, Joséphine agit pour la Résistance, en devenant un agent de renseignement, sous les ordres du chef du contre-espionnage militaire à Paris.
À cet effet, elle fréquente la haute société parisienne, puis se mobilise pour la Croix-Rouge. Sa popularité demeure telle que Göring, dit-on, n'osant l'arrêter, la fit inviter à un dîner-spectacle où l'on tenta de l'empoisonner.
Voyant sa vie menacée en France occupée, elle s'enfuit et gagne le Maroc où elle se met à la disposition des services de renseignement de la France libre, puis de l'Armée de l'air.

Joséphine en uniforme de sous-lieutenant de l'armée de l'air française en 1944
Elle s'acquitta durant la guerre de missions importantes, et reste connue pour avoir utilisé ses partitions musicales pour dissimuler des messages.
À la Libération, elle poursuit ses activités pour la Croix-Rouge, et chante pour les soldats et résistants près du front. Ses activités durant la guerre lui vaudront la Légion d'honneur après les hostilités.
Le plus grand malheur de sa vie aura été de ne pas pouvoir avoir d'enfant.
Avec Jo Bouillon, qu'elle épouse en 1947, elle achète le domaine des Milandes en Dordogne. Elle y accueille les enfants de toutes origines qu'elle a adoptés et qu'elle appelle sa « tribu arc-en-ciel ».
Dans ce domaine où elle emploie un personnel nombreux, elle engloutit toute sa fortune et doit multiplier les concerts pour poursuivre son œuvre.

Elle participe en 1963 à la Marche vers Washington pour le travail et la liberté organisée par Martin Luther King. À cette époque, elle est engagée depuis un moment dans l'action de la LICRA.
Alors que Joséphine est pratiquement ruinée, la princesse Grace de Monaco, lui offre alors un logement pour le reste de sa vie et l'invite à Monaco pour des spectacles de charité.
Au cours d'une ultime revue à Bobino (Paris) en 1975, où son retour est un véritable triomphe, elle tombe malade et meurt des suites d'une hémorragie cérébrale le 12 avril. Elle sera enterrée au cimetière de Monaco.

Toute sa vie, elle aura du lutter contre des préjugés raciaux. Mais sa persévérance et son courage sont salués par tous. Elle fait figure aujourd'hui de « grande dame » et d'exemple de tolérance et d'intégration. La France démocratique d'après-guerre lui doit beaucoup.
Elle est la première femme d'origine américaine à avoir reçu les honneurs militaires français à ses funérailles. Elle comptait, en outre, parmi les grandes figures de la franc-maçonnerie.
La Mairie de Paris a décidé en juin 2006 (un siècle après la naissance de l'artiste) de donner son nom à la piscine publique flottante sur la Seine dans le 13e arrondissement.
(Extraits et photos : Wiki)
Un très beau site lui est intégralement consacré (ici) ; j’y ai puisé tout plein d’infos et les dessins et lithos qui illustrent cette note.
Miss You
18:00 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : danse, franc maçonnerie, jazz






Commentaires
J'ignorais quasiment tout de sa vie ! Quel destin, elle aussi !
Osez Joséphine !!!
Ecrit par : Anna Galore | 12 janvier 2009
Ce qui est plus dingue encore, c'est que je voulais faire une note sur elle après avoir vu les documentaires sur a CIA la semaine dernière.
Même combat !
Trop bien.
anti, Joséphine qu'on l'appelait la p'tite !
Ecrit par : anti | 12 janvier 2009
Trop trop fort :-)
Je l'ai trouvée émouvante cette femme, déterminée et fragile à la fois, même aux pires moments de sa vie (je pense notamment à son expulsion du chateau de Mirandes par les créanciers), elle a sur les photos le même fabuleux sourire, une très belle lumière dans les yeux.
Ecrit par : Miss You | 12 janvier 2009
Joséphine Baker est très chère à mon p'tit coeur. C'est le p'tit nom que m'donnait ma tata enfant, quand je dansais sur les tables du café. Et puis sa vie ne peut pas me laisser indifférente. Elle incarne elle aussi très bien les valeurs pour lesquelles elle s'était engagée, valeurs qui sont aussi celle de la république : LIBERTE - EGALITE - FRATERNITE.
Sacrée bonne femme !
anti, sur le départ.
Ecrit par : anti | 12 janvier 2009
J'ai toujours suivi cette femme admirable merci de nous la rappeler
Ecrit par : voiedoree | 13 janvier 2009
Coucou VoieDo, la rappeler à certains, la faire découvrir à d'autres, ça a été un vrai plaisir :)
Ecrit par : Miss You | 13 janvier 2009
Je connaissais la vie de cette grande dame, une émission TV lui avait été consacrée. Merci Miss de nous reparler de sa vie, de ses combats..........
Ecrit par : Zaza | 13 janvier 2009
Plic ! Je viens de me souvenir de ceci :
http://www.paperblog.fr/586491/looking-for-josephine-baker/
Looking for Josephine Baker, le spectacle de Jérôme Savary
extrait http://tf1.lci.fr/infos/media/jt/0,,3363161,00-opera-looking-for-josephine-baker-.html
anti, ploc !
Ecrit par : anti | 15 janvier 2009
Aaaaaaaaaaaah Jérôme Savary... Il y aurait des milliers de choses à dire sur ce metteur en scène absolument génial! J'ai eu l'immense plaisir de voir plusieurs fois sur scène la troupe qu'il avait créée et qu'il animait à ses débuts, le Grand Magic Circus.
Je me mets cette idée de côté pour une future note, hé hé...
Ecrit par : Anna Galore | 15 janvier 2009
Tip top les liens :) L'arrivée sur le site du spectacle est super sympa, pleine de peps !
Ecrit par : Miss You | 15 janvier 2009
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