20 janvier 2009

Parler à la mer

L’une de vous hier m’a confiée son envie de grand large.

Etrange écho de ses mots en moi.



merkr4.jpg



Car, lorsque tout semble s’emballer, se bousculer, se contredire et se déchirer dans ma tête, je n’ai pas trouvé mieux que d'aller parler à la mer.


Parler à la mer, c’est :

quand le temps le permet, se jeter dans la vague, se laisser engloutir, s’abandonner, avant de remonter doucement, tout doucement, et flotter, les yeux au fond du ciel. Ne plus faire qu’une avec cette immensité. Devenir eau. Le sombre des idées et le lourd des questions n’existent plus. Tout est léger, suspendu, comme un long souffle retenu qui permettrait enfin de respirer.


Les autres jours, c’est d’abord aller à sa rencontre, en confiance, comme je rejoins l’amie. Etre ralentie par le vent en embuscade derrière les ajoncs, avancer quand même, resserrer les pans du manteau, et savoir que le froid s’oubliera.

C’est marcher doucement dans le sable et retrouver l’équilibre du pas. Prendre le temps des retrouvailles. Approcher du bord de l’eau, les yeux sur l’horizon, en laissant les pensées jaillir, se mêler, se disperser et enfin se poser sur la vague qui finira sa course à mes pieds.

C’est écouter cet énorme cœur qui bat et adopter son rythme : le claquement de la vague, le chuchotement de la mousse blanchie sur le sable mouillé, le cri d’une mouette au loin, et le vent, toujours le vent, qui emporte les bruits au large, qui enivre et entête, et qui revient plus fou, lancinant.

Parler à la mer, c’est lui murmurer les secrets, les doutes, avec la certitude qu’elle entendra tout sans jamais rien redire. C’est voir la vague enrouler et emporter avec elle la colère et le sombre. C’est laisser les larmes couler et savoir que les embruns viendront les effacer. C’est sourire parce qu’au bout, tout au bout de l’horizon, le soleil est en train de triompher des nuages et réchauffera bientôt la plage.

Parler à la mer, c’est se confier, poser les mots, sans retenue, ni faux semblant, jeter le triste comme on abandonne un fardeau.

Puis, repartir, saoule d’embruns. Apaisée. Plus forte.


Miss You

Commentaires

Emouvant, fort...

Un très beau texte.

Ecrit par : Anna Galore | 20 janvier 2009

C'est très touchant de lire tes mots...

en moi, ils résonnent cependant un peu différemment... J'ai lu au premier regard "parler à la mère"...

Je ne raconterai pas ici ce que ça réveille... Encore une histoire d'eau...

Et quelle bonne idée d'aller à la mer se réconforter...

Ecrit par : Catherine | 20 janvier 2009

Et bien moi j'irai bien parler à la mer ! trés beau texte merci Miss.

Ecrit par : Zaza | 20 janvier 2009

Tes mots, si justes, la réalité simple et profonde de ton expérience, proche de mes souvenirs, me donnent la nostalgie du littoral, Miss...

Dis, Zaza.....on y va?

Ecrit par : Apostille | 20 janvier 2009

oui, oui Sapotille !

Ecrit par : Zaza | 20 janvier 2009

Apostille ou sapotille j'y perd mon latin lol

Ecrit par : Zaza | 20 janvier 2009

Merci à vous toutes :)

Les filles, la mer est à plusieurs endroits mais si vous mettez cap au Sud, je vous attends sur la plage, 3me coquillage en partant de la gauche :)

Ecrit par : Miss You | 20 janvier 2009

Nous venons tous de la mer. Rien d'étonnant à ce qu'elle nous "parle" autant...
De t'avoir lue me vient une envie irrépressible de revoir l'océan...
Je suis en manque. Grave.
:)

Ecrit par : Christina | 20 janvier 2009

Touchant récit d'une expérience et plus encore.

Comme Catherine, j'ai entendu un "parler à la mère" et comme dirait Dolto, j'ai mal à ma mère alors forcément, pour moi, l'expérience sera différente puisque la mer m'angoisse, a failli me tuer deux fois et m'a toujours rendue nerveuse. En fait, c'est l'océan plus que la mer qui me fait ça. La mère que je suis n'en mène pas large non plus en ce moment.

Par contre, j'ai fait un jour le rêve fantastique d'un océan calme et coloré sur lequel flottait des paquets qui partaient vers le large. L'idée qui accompagnait cette vision était que les peines, les erreurs, le regrets c'étaient ces paquets et qu'il fallait s'en débarrasser, qu'il ne fallait pas avoir peur de se délester, que ce qui nous pénait dont on se soulageait étaient des cadeaux pour... pour ce qui les recevait. C'est peut-être ça la confiance.

Merci,

anti.

Ecrit par : anti | 20 janvier 2009

"Je suis en manque. Grave."

J'ai un déménagement à faire à Saint Nazaire dans les mois à venir. Si tu veux me filer un coup de main, y'a un aperçu sur mer depuis la maison. Tu seras logée et nourrie.

anti

Ecrit par : anti | 20 janvier 2009

"Apostille ou sapotille j'y perd mon latin"

Ramses a rebaptiser Sapotille en Apostille et elle a flashé la petite ;-)

anti

Ecrit par : anti | 20 janvier 2009

Je ne sais de quelle mer tu parles avec une telle sensibilité, Miss You, de La Méditerranée ou de l'Atlantique. La mienne c'est l'océan du côté de la Bretagne et j'y ressens des impressions analogues aux tiennes.
Je le savais bien que nous avions quelque part des affinités...

Ecrit par : Georges-André | 20 janvier 2009

Les amoureux de la mer sont des gens aimants.

C'est d'ailleurs pour ça qu'on y voit tant d'amants, se tenant par la main et jouant avec elle à effacer leurs pas.

Ecrit par : ramses | 20 janvier 2009

Je finirai un jour par habiter près de l'océan.
Je retiens ta proposition Antichambredhote !!! Je superviserai le déménagement et donnerai un coup de main pour ouvrir les huitres ! Enfin, si ça colle avec la quadrature de mes cercles...
Trop cool la houle !

Ecrit par : Christina | 20 janvier 2009

@ Miss you

C'est quoi le point GPS du 3ème coquillage en partant de la gauche ?

Je suis perdu !

Ecrit par : ramses | 21 janvier 2009

mdr le point G , ps ou pas, coquille de gauche ou pas, toujours diificile à cerner, t'sais bien.. oh.. et puis s'y perdre.. l'but.. arf. Je sors, ok..

Ecrit par : Apostille | 21 janvier 2009

Mdrrr !!! Tu commences fort la journée Sapapotille !

anti

Ecrit par : anti | 21 janvier 2009

Sapapotille !!!! ça te vient bien, ça mdrrrrr

Ecrit par : Anna Galore | 21 janvier 2009

...euh, je voulais dire: ça te VA bien.

Anna, ça s'en va et ça revient

Ecrit par : Anna Galore | 21 janvier 2009

Mdrrrr ! Bon, ben, c'est le printemps qui chante !

anti, viens ! à la maison !!!

Ecrit par : anti | 21 janvier 2009

..c'était l'émotion..lol

sapozitta..

Ecrit par : Apostille | 21 janvier 2009

Sapozitta... voilà qui est profond.

Ecrit par : Anna Galore | 21 janvier 2009

tchador nana Galore...

Ecrit par : Apostille | 21 janvier 2009

Merci de tous vos commentaires sur cette note, ils me touchent terriblement.

@ Catherine et Anti, je trouve toujours intéressant le sens que chacun donne à des mots et l’interprétation qu’il leur trouve, en fonction de son histoire, de ses ressentis. Ca ouvre vers de nouvelles questions, une autre approche.

Ici, je ne pensais vraiment pas à « parler à ma mère ». Il y a d’autres moments, d’autres lieux où je le fais, parce qu’elle me manque terriblement. Aller au bord de la mer ou de l’océan, c’est pour moi le lieu et le moment où je « pose mes valises », où je me retrouve face à elle, face à moi, où je fais sauter les carcans, pour mieux me rassembler.

Poser les valises, ce n’est pas si loin de ce rêve que tu décris Anti avec les paquets qui flottent et s’éloignent.

Quant à la confiance, je te rejoins totalement. La confidence est une très belle preuve de confiance, c’est un cadeau précieux pour celui qui la reçoit. Parler, se confier est à mes yeux extrêmement précieux. Et, pour aller plus loin, simplement savoir qu’on a la possibilité de le faire si on le souhaite ou qu’on en a besoin auprès de quelqu’un ou quelqu’une est sans prix. C’est aussi la première pierre sur laquelle une amitié se fonde ; sans la confiance, l’amitié me semble juste impossible.

@Christina, « Nous venons tous de la mer », Oui et j’aime bien cette idée ;)

@ Georges-André : j’aime toutes les mers et tous les océans :-) ce rendez vous avec elle ou lui est le même partout. Et plus il ou elle est fâché(e), plus je l’aime. Imagine mon bonheur en Bretagne au moment des marées d’équinoxe.

@Ramsès, pour les coordonnées GPS, je ne saurais te dire, j’en suis restée aux cartes et autres panneaux indicateurs ;) J’aime bien suivre la direction « Plages ». Imagine l'aventurière ^^ Mdrrrr

Ecrit par : Miss You | 21 janvier 2009

Je voulais revenir aussi sur d'autres informations qui reviennent à la lecture de cette note, au-delà du premier ressenti angoissant, ça m'a rappelé cette belle scène dans "Message des Hommes vrais" de Marlo Morgan quand elle doit trouver de l'eau dans le désert et vite fait sinon la durée sera fatale à toute la tribue. La réponse à sa question "où trouver de l'eau ?" est « deviens l’eau ». Elle trouve cela incompréhensible mais face à l'urgence, elle obéit sans chercher à comprendre.
Elle s’imagine être de l’eau et passer par toutes les formes que l’eau peut prendre. Au bout d’une demi-heure à peine, ses pas la dirigent instinctivement vers une dune, seule monticule autour d’eux à des kilomètres à la ronde. Au sommet de cette dune, elle découvre entre deux rochers une marre d’eau.

On découvre donc à travers ce livre au message essentiellement spirituel, comment il est possible de vivre et d’être heureux, quelles que soient les épreuves, dès l’instant qu’on est connecté à ce qu’ils nomment « l’Unité divine ». C’est pourquoi ils se considèrent comme le Vrai Peuple de la Terre, comparé à nous qu’ils nomment les « Mutants », pour avoir oublié qui nous sommes vraiment.

Pour trouver la sérénité il faut devenir la sérénité ? Pfffiou !

Ah ! Autre chose aussi, évidemment l'eau comme élément c'est énorme. Ca m'a rappelé aussi un passage dans "Notre vie est un tipi" : retrouver le contact primordial avec l'eau que tu décris très bien.

anti, allô maman bobo ?

Ecrit par : anti | 21 janvier 2009

Que d'eau ! Que d'eau !... Ca en réveille, des choses !

Je te rejoins aussi, anti, sur cette notion de poser ses bagages et la confiance... Ca me rappelle un rêve, très récent, où une amie récemment partie me soulage d'un poids en me disant que ça sera moins lourd sans (la culpabilité, les regrets...). C'est de l'amour que j'ai ressenti alors ! Et, déposer nos poids sur les bras d'un autre, ou accepter les poids de l'autre pour l'aider à porter... N'est-ce pas làun acte d'amour et de confiance ?

une autre idée me vient à l'esprit... L'endroit où je médite, je me ressource, c'est sous ma douche ! encore de l'eau... En m'intérogeant là dessus, j'ai songé que, étant fait pour beaucoup d'eau, et que l'eau attire l'eau, l'eau qui ruissele dehors appelle peut-être celle qui coule dedans... Et la met en mouvement ?

quant à aimer l'océan... L'eau céans ? Je l'aime aussi en mouvement ou sous les reflets du soleil...

Ecrit par : Catherine | 21 janvier 2009

"Pour trouver la sérénité il faut devenir la sérénité ? Pfffiou !"

Comme tu dis :-)

Ecrit par : Miss You | 21 janvier 2009

Aux finfonds du désert égyptien, il y a des millénaires, l'eau était présente en abondance :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilf_al-Kabir

Des os de baleines pétrifiés prouvent l'existence d'une mer qui s'est retirée, sur ce que l'on nomme aujourd'hui la "grande mer de sable"...

http://hebdo.ahram.org.eg/Arab/Ahram/2006/11/29/voy1.htm

Tout est en perpétuelle évolution.

Ecrit par : ramses | 21 janvier 2009

Merci Ramsès pour les liens. Je vais tout ça à tête reposée.

Ecrit par : Miss You | 21 janvier 2009

Je suis loin d'avoir tout lu ramses, mais là, il se passe des choses comme j'aime, des échos du temps et des espaces. Je viens de voir le video clip sur les mains juste après avoir pensé à un poète fan de préhistoire et je viens de voir les gravures rupestres du site avec les mains... Quelle beauté !

Fantastique !

anti, merci.

Ecrit par : anti | 21 janvier 2009

La "grotte des nageurs" est le site du Gilf-El-Kebir où se situe l'histoire du "Patient Anglais". Toutefois, le film a été tourné en Tunisie, car les Egyptiens réclamaient des sommes trop importantes !

Quelques images :

http://www.chassimages.com/forum/index.php?topic=16676.0

Les peintures sont situées à une cinquantaine de mètres à l'est de la grotte, à l'air libre. Le peu de visiteurs (quelques centaines par an) a réussi l'exploit de dégrader et même subtiliser une partie de ce trésor archéologique...

On se trouve là à 4 jours de 4x4 (environ 800 km) de toute vie humaine... Une expérience inoubliable.

Ecrit par : ramses | 22 janvier 2009

LA MER!

Tu me fais rêver là , ma belle Miss.

Ecrit par : lison | 22 janvier 2009

Tu vas rire ramses, justement je flanais sur ce forum hier soir...

anti

Ecrit par : anti | 22 janvier 2009

Il y a, sur mon site, deux poèmes que je te dédie, Miss You, après avoir relu ton texte et tous ces commentaires: "Lorsque tu me reviens" et "Dans la mer".

Ecrit par : Georges-André | 22 janvier 2009

Hum merci tout plein, c'est vraiment très gentil. Je vais aller lire ça de très près :)

J'ai relu hier soir "Lagadu", dont tu nous avais parlé au moment des fêtes de Noël sur un autre fil.

Je me suis régalée. Et à la question "Comment, Madame! vous ne connaissez pas l'Ile-Tudy?", je pourrais répondre "Si, Monsieur, j'y ai même croisé un Lutin" :)

Ecrit par : Miss You | 22 janvier 2009

Je vous pose ici les deux poèmes dont Georges-André parlait tout à l'heure, parce que je les trouve très beaux, chacun à leur façon.

Le premier, "Dans la mer", me fait penser à une comptine, une de celles que je pourrais chantonner au moment du premier bain de l'année, le premier avant tous les autres

"Dans la mer"

Un jour
Au sable de la dune vingt fois je suis monté
Puis au sommet enfin j’ai découvert
J’ai découvert


LA MER


Simplement immense et bleue
Et simplement immense et bleu
le ciel sans reflet

Alors j’ai roulé comme un soleil fou
Parmi le sable chaud de granit éternel
Pour me baigner encore et encore une fois
Dans la mer…

(Georges-André Quiniou)

*

Le second, "Lorsque tu me reviens" est tout en mélancolie, très tendre.


"Lorsque tu me reviens"

Les pensées sur la mer portent des oiseaux fous
On ne sait trop quoi tournoie dans ce vent
Un désert une clarté une vie passée
La mouvante mélancolie miroite
Dans le bleu
Tout bleu…


C’est toi qui me reviens
Parfois je regarde le sable étonné
Ton pas n’est pas marqué près du mien
La mer
D’un coup
Dissout tes pas
Nous avons trop marché à la lisière des eaux

Tu me parles, tu dis : « L’Amour, est-ce le nom
De ma main dans la tienne, de mes cheveux, du vent ? »
Et nous marchons, moi me taisant ou répondant des mots perdus.

(Georges-André Quiniou)

Ecrit par : Miss You | 22 janvier 2009

Très beaux.

Bonne idée de les avoir remis ici aussi.

anti

Ecrit par : anti | 22 janvier 2009

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