02 février 2009

Freud et Rodin, le langage des pierres

Jusqu’au 22 février 2009
Musée Rodin à Paris




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« Le musée Rodin confronte deux géants contemporains de la fin du XIXe et de la première moitié du XXe siècle par le biais de leur collection d’oeuvres antiques.

C’est au milieu des années 1890 que Freud, à Vienne, et Rodin, à Paris, commencent à réunir des fragments antiques et à constituer une collection, une passion qui ne cessera qu’à leur mort.

À cette époque, les chantiers de fouilles sont nombreux et les objets d’art circulent librement, ce qui facilite l’acquisition d’oeuvres et l’enrichissement permanent des collections.


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Sigmund Freud assis à côté du divan,
dans son cabinet de consultation,
19 Berggasse à Vienne, vers 1930
(© The Freud Museum London)



La présence obsédante des statuettes dans le cabinet du psychanalyste à Vienne fait ainsi écho à la multitude des antiques qui envahissent progressivement la villa du sculpteur à Meudon.


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"La Gradiva" - Musée Chiaramonti du Vatican



L’exposition présente une sélection d’antiques de diverses origines - Égypte, Grèce, Rome – et met en valeur les acquisitions marquantes. Grâce à un prêt exceptionnel du musée Chiaramonti du Vatican, La Gradiva, inspiratrice de Freud et de toute une lignée d’écrivains et d’artistes au XXe siècle, fait partie des oeuvres présentées pour la première fois à Paris.


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Rodin par Albert Harlingue, dans le musée des antiques à Meudon, entre 1908 et 1912 (© Paris, musée Rodin)



Les deux collections comportent des similitudes, mais l’essentiel réside dans le rapport à l’antique qu’entretiennent Rodin et Freud. Pour l’un comme pour l’autre, ces pierres parlent un langage qui doit être déchiffré et interprété.


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Auguste Rodin - La Méditation ou la Voix Intérieure, vers 1894 (© Paris, musée Rodin)



La collection occupe une place centrale dans le travail en cours des deux hommes.


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Auguste Rodin - Naissance de Vénus



L’antique se fond dans la création en donnant naissance à des oeuvres hybrides et mystérieuses. Les assemblages de Rodin sont l’illustration par excellence de ce processus. Rodin justifie le mélange des époques et des atmosphères en indiquant qu’il entend être une passerelle reliant les deux rives, le passé et le présent.

Au centre de celle que fait Rodin, il y a le fragment. C’est ce qui l’attire et le stimule. Il ne cesse de ramasser tessons et tronçons. Mais il ne les traite pas du tout en restaurateur : ce qui est brisé l’incite à accentuer encore la forme irréparable. Avec ses trouvailles, Rodin crée des divinités-prothèses, qui cannibalisent proprement le passé.


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Auguste Rodin -
Torse féminin à tête de Femme au chignon dans un serpent à sonnettes lové, 1895-1910
(© Paris, musée Rodin)




Quant à Freud, la relation à l’archéologie renvoie, pour lui, par métaphore, au processus psychanalytique. La fringale d’objets que manifeste Freud englobe même quelques travaux ethnologiques. Autre grand modeleur d’hommes de l’époque, Freud, à partir des manifestations fragmentaires et obscures du psychisme, cherche à restaurer une image de l’homme qui soit rationnelle et sans ombres.

Enfin des documents d’archives évoquent les grands « passeurs d’idées » que furent le poète Rainer Maria Rilke, la femme de lettres Lou Andreas-Salomé, le libraire et éditeur Hugo Heller, la princesse Marie Bonaparte, les écrivains Stefan Zweig et Romain Rolland.


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Une façon de replacer les deux personnages dans leur époque et de donner vie à leur rencontre imaginaire. »

(Commentaires et extraits provenant du site du Musée Rodin)


En complément :

- La chronique Amateur d’art par Lunettes Rouges.

- Une autre chronique lue sur artnet.fr, parue dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung et traduite de l'allemand par Bernard Lortholary, très riche.


« L'antique est la vie même. »
Auguste Rodin



Miss You

Commentaires

Ca doit être passionnant à voir. Le parallèle entre les quêtes des deux hommes est fascinant.

Ecrit par : Anna Galore | 02 février 2009

Il faut savoir effectivement que Freud a beaucoup écrit sur l'ethnologie (Totem et Tabou, Moïse et le monothéisme pour ne citer que ces deux là) et que le choix des oeuvres est en rapport avec ses écrits en général. Par exemple : "La Gradiva" - Musée Chiaramonti du Vatican, se rapporte à la Gravida de Jensen dont Freud a fait une étude passionnante intitulée : "Le délire et les rêves dans la Gradiva de W. Jensen Gradiva , Fantaisie pompéienne."

Ca à l'air très intéressant tout ça. Encore de la lecture et peut-être même une petite visite pendant mon passage à Paris qui sait ? J'adore le musée Rodin.

anti

Ecrit par : anti | 02 février 2009

Et si les poses suggestives des sculptures de Rodin avaient interpellé Freud, au point d'en inventer la psychanalise ?

Ce sujet, comme d'habitude, est une occasion de se poser une multitude de questions.

La chronique d'art "Lunettes rouges" est par ailleurs fort intéressante.

Merci, Miss !

Ecrit par : ramses | 03 février 2009

En lisant la chronique artnet.fr, cela confirme mon impression. Arriver à se faire beaucoup d'argent à partir de ses propres obsessions, c'est du grand art !

Ecrit par : ramses | 03 février 2009

Merci à vous de vos commentaires. Plus je préparais cette note, plus j'y voyais des questions et peut être aussi des réponses. Je me suis régalée en lisant ces deux chroniques.

Mieux connaître, pour mieux comprendre, découvrir et apprendre.

Ecrit par : Miss You | 03 février 2009

Quelle idée passionnante, cette mise en parallèle.

Ecrit par : Lilieslay | 03 février 2009

Bien qu'ayant étudié Freud à la fac, j'ignorais qu'il était collectionneur de vestiges antiques. On apprend tous les jours grâce à Miss You…

En tous cas, je porte Freud dans mon coeur malgré les polémiques qu'il a suscitées -et même s'il était opiomane-, car sa pensée originale a libéré le monde d'un carcan oppressant. Il a donné toute sa place à la parole, un moyen d'éviter la violence ou l'auto-persécution qui, autrement, étaient les seuls modes d'expression du mal être.

Ecrit par : startine | 03 février 2009

...et sexiste et amoureux de sa soeur et sûrement plein d'autres défauts mais il ne faut jamais confondre l'homme et ses découvertes.

Freud a révolutionné notre façon d'appréhender l'humain, quels que soient ses problèmes personnels (ou peut-être grâce à eux, justement, mais il a eu le génie de les analyser au lieu de simplement les subir).

Dans le même genre, on peut citer James Watson, prix Nobel pour sa géniale co-découverte de la structure en double hélice de l'ADN et pourtant con fini raciste et haineux.

Ecrit par : Anna Galore | 03 février 2009

"il ne faut jamais confondre l'homme et ses découvertes", c'est vrai même si c'est parfois difficile (Alfred Nobel, pour prendre l'exemple inverse, est un cas flagrant).

Ecrit par : Miss You | 03 février 2009

Je n'ai pas eu trop le temps ces temps-ci de venir musarder sur ton joli coin de terre, Miss You, et, du coup, j'ai pas mal de lecture à faire... pour mon plus grand plaisir. Cette note, par exemple, qui évoque cette expo sur Rodin et Freud, collectionneurs de vestiges, est particulièrement intéressante car elle invite à la réflexion... Et, en même temps, je pense à Camille Claudel qui eut bien du fil à retordre avec le génial sculpteur...

Ecrit par : Sylvie Chéreau | 04 février 2009

Coucou Sylvie, merci de ton passage et t'inquiète pas, prends tout ton temps :)

A propos de Camille, que j'aime beaucoup aussi, tu peux aller jeter un cil là : http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2008/04/24/camille-claudel-telle-quelle.html

Ecrit par : Miss You | 04 février 2009

Pour répondre à Startinette, j'aime beaucoup Freud aussi, je suis totalement admirative de sa pugnacité à défendre les malades mentaux et particulièrement les hystériques, ce qui est très bien montré je trouve dans le film de John Huston "Freud passions secrètes".

"il ne faut jamais confondre l'homme et ses découvertes."
T'en connais toi des grands hommes ou femmes sur qui on n'a pas craché ? Moi non. Tu auras toujours des gens pour saloper quelqu'un vivant ou mort. Ce qu'on a dit sur Freud, franchement, il a tellement dérangé l'esprit bourgeois de l'époque. Ce qu'il faut surtout, c'est TOUJOURS replacer les choses dans un contexte culturel et historique.

anti

Ecrit par : anti Llaise | 04 février 2009

Bien sûr que toutes les personnes qui se retrouvent surexposées attirent toutes les critiques et toutes les calomnies.

Mais ce que je voulais dire dans mon commentaire, c'est qu'un grand découvreur peut très bien être truffé de défauts (ce n'est qu'un homme), cela n'enlève rien à sa découverte.

C'est la différence bien connue entre le messager et le message.

Ecrit par : Anna Galore | 04 février 2009

Merci pour ces mises au point.. Anna

Et bien oui, bien sur! On ne vit pas tous les jours avec Freud (ouf) mais on se coltine tous les jours notre inconscient...( de ouf aussi...)

Ecrit par : apostille | 04 février 2009

Un inventeur, un découvreur, toi, moi, nous sommes tous truffés de défauts, donc, dire "lui il était ceci ou cela", en plus d'être ridicule est se placer bien haut sur l'échelle humaine par rapport aux autres je trouve.

Et des exemples, il y en a dans tous les sens, les Curie que je cite souvent pour étayer qu'on n'est pas non plus responsable de la connerie des autres parce qu'on a inventé quelque chose qui est mal utilisé ou utilisé pour le mal.

anti

Ecrit par : anti Llaise | 04 février 2009

Le lien qui renvoie à l'article sur Camille Claudel, Miss You, n'aboutit pas... A l'occasion, pourras-tu le vérifier ? Merci ! Bonne journée.

Ecrit par : Sylvie Chéreau | 04 février 2009

Je viens de le "remettre". Il fonctionne de mon coté, et de chez toi ?

Ecrit par : Miss You | 04 février 2009

Super, ça fonctionne ! Merci, Miss You. J'ai ainsi pu lire la note d'Anna qui est évidemment très intéressante et m'a rappelé l'expo un peu confidentielle mais passionnante que nous avons vue près de Liège et où étaient justement présentées des oeuvres de Camille Claudel et de Rodin. Bonne soirée !

Ecrit par : Sylvie Chéreau | 04 février 2009

La note était de Miss You (mais merci pour elle)

Ecrit par : Anna Galore | 04 février 2009

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