05 février 2009
"Puisque nous sommes nés"
En entendant parler de ce documentaire dans les salles depuis hier, puis en voyant ensuite les différentes vidéos et critiques qui en sont faites, j’avoue une grande envie d’aller le voir.

Présentation
Brésil. Nordeste. Etat du Pernambouc. Une immense station-service au milieu d'une terre brûlée, traversée par une route sans fin. Cocada et Nego ont 14 et 13 ans. Cocada a un rêve : devenir chauffeur routier. Il dort dans une cabine de camion et, la journée, il rend service et fait des petits boulots. Nego, lui, vit dans une favela, entouré d'une nombreuse fratrie. Après le travail des champs, sa mère voudrait qu'il aille à l'école pour qu'il ait une éducation, mais Nego veut partir, gagner de l'argent. Le soir, il rôde à la station, fasciné par les vitrines allumées, les commerces qui vendent de tout, la nourriture abondante. (Source Evène )

Ce qu’en disent les réalisateurs sur le site officiel du film
A propos des personnages
Nego : « Tu sais qui tu es, Cocada ? »
Cocada : « Oui. Je sais. »
Nego : « Qui tu es ? »
Cocada : « Cocada ! Je suis ce que je suis.
Mais je ne sais pas pourquoi je mens beaucoup. »
Nego : « Il faut qu’on parte pour savoir qui on est. »

Nego et Cocada ont le cœur endolori de toutes les souffrances déjà vécues, mais ils ont l’envie de s’en sortir, de se battre.
Ils se posent beaucoup de questions existentielles. Cette intimité est le cœur du film.
Pour construire notre narration, nous nous sommes attachés très précisément à leur quotidien, à leur regard, à leurs rencontres. Ainsi, on progresse avec eux dans l’imagination d’un avenir qui les aide à supporter la dureté de tous les jours

Une histoire collective
Autour des deux enfants, il y a des adultes qu’ils se sont choisis.
- Les camionneurs sont les aristocrates du peuple et Mineiro est admiré comme tel. Enfant, il a connu la faim. Il s’en est sorti, mais il n’oublie pas d’où il vient et il cherche à aider les gosses à la dérive.
Cocada est comme son fils adoptif.
Mineiro : « Tu ne dois pas laisser la peur entacher ton rêve, tu dois être ce que tu es. »
Cocada : « Si parfois je suis chiant et triste, c’est parce que je pense à ma vie ».

- Inacia est la mère de Nego. Elle a eu 10 enfants et neuf maris. Des maris violents, souvent alcooliques, ou qui disparaissent du jour au lendemain. « Être un père, ce n’est pas seulement mettre au monde », dit elle un jour à ses enfants, « vous avez grandi sans leur amour ». Dans cette maison, il y a la force de la mère, intraitable, pour aguerrir ses enfants contre la vie brutale qui les attend.

- D’aussi loin qu’il se souvienne, Zé a toujours voulu être paysan et élever des bêtes, sa passion, mais il n’a jamais réussi à posséder un lopin de terre pour nourrir sa famille. Alors il fabrique des briques, avec ses mains. Pour Zé, mieux vaut s’endetter pour acheter une vache, même famélique, en l’échangeant contre des milliers de briques, que d’attendre un quelconque signe du ciel. Il soutient Cocada dans son rêve de devenir camionneur.
A l’origine
Dans cette région au climat semi-aride, on pourrait se croire parfois au temps de la conquête de l’Ouest, mais ce n’est qu’une apparence ; de fait, il n’y a plus rien à conquérir.
Sur cette terre brûlée à la végétation sèche, aux couleurs ocre, des hommes vivent, souvent dans la peine et la précarité, la plupart ne possèdent rien. Pour survivre dans ces conditions, ils doivent se tenir avec force dans le présent, dans leur intégrité, dans leur espoir.
Un jour, dans une station-service où tout est étalé à la vue de ceux qui n’ont rien, nous parlons avec un adolescent dépenaillé et affamé.

Il nous dit : « Je n’ai rien, je n’ai que ma vie ».
Ces mots se sont mis à résonner fortement. Quelle est l’histoire, quels sont les projets de ceux qui n’ont que leur vie ? Où est leur force, qu’est ce qui leur permet de résister ? Nous avons voulu accompagner ces enfants, suivre leurs efforts et leurs découragements, les désirs et les peurs.
Nous sommes restés 6 mois dans cette station-service et ses abords, un territoire concentré de 5 km2.

L’approche
Ce film n’est pas le portrait misérabiliste ou angélique de la pauvreté et de la violence au Brésil. Il nous raconte une histoire universelle, celle de deux enfants qui cherchent à trouver leur place dans un monde d’adultes. Ils savent que là où ils sont nés, il n’y a pas d’avenir possible.

Cette quête d’identité a pour décor le Brésil déshérité du Nordeste, mais elle pourrait se situer partout ailleurs, dans n’importe quel pays.
Ce qui est surprenant et touchant chez Nego et Cocada, c’est l’énergie qu’ils mettent à échapper à leur destin. Ils veulent savoir ce qu’ils sont et faire quelque chose de leur vie.
Leur langue porte en elle ce qui les rassemble. Dans le film, cette langue se confronte à celle des politiciens, à la parole de Lula, enfant du pays, alors en campagne électorale pour son deuxième mandat de président de la République.
Dans la situation de ségrégation économique que connaît le Brésil, ils sont devenus les invisibles auxquels on nie la valeur de leur propre histoire.
Le film
C’est un film à l’affût, un film de guetteur. Nous sommes là, à deux, nous ne faisons jamais d’interview. La caméra voudrait elle aussi chausser ses semelles de vent et ne jamais rien prouver mais éprouver, ne jamais s’arrêter de ressentir en fouillant les visages, en scrutant les yeux, comme dans les westerns de Sergio Leone. La preuve de confiance est dans cette intimité où ils s’abandonnent parfois. Ce qui bouillonne en eux est l’empreinte d’une humanité qui nous est commune, qui nous relie à eux, qui nous est indispensable.

Cris de colère, klaxons, appels modulés des chevriers, sabots des chevaux, beuglements des camions, des animaux, respiration bruyante et arythmique d’une vache malade, babil du dernier-né dans les bras de sa mère, mots saturés des hauts parleurs, le son, lui aussi, joue sa partition en profondeur.
Les lieux sont habités et partagés par les hommes et les bêtes, au sein d’un même univers où chacun se débrouille comme il peut.
Le hors champ sonore dit déjà l’essentiel et nous aide à démultiplier toutes ces sensations, trop nombreuses pour que le cadre limité de la caméra puisse les contenir.
Et si nous n’avions pas de doutes, il vaudrait mieux s’abstenir.
Par Jean-Pierre Duret et Andrea Santana

Le parcours de ces deux réalisateurs
Jean-Pierre Duret est né en Savoie, France, en 1953, dans une famille de paysans. Après une longue expérience de théâtre avec Armand Gatti, il devient perchman, puis ingénieur du son.
Ingénieur du son pour Maurice Pialat, Luc et Jean-Pierre Dardenne, Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, Jacques Doillon, Agnès Varda, Nicole Garcia, Agnès Jaoui, Claude Mouriéras, Christophe Ruggia, Jacques Audiard, Arnaud Despallieres, François Ozon, Cédric Kahn, Andrzej Wajda, Claude Chabrol, Andrzej Zulawski, Yolande Zaubermann...
Il est aussi réalisateur :
1986 : « Un beau jardin, par exemple » (Documentaire)
1990 : « Les jours de la lune » (Fiction)
2001 : « Romances de Terre et d’Eau » (Documentaire)
2004 : « Le Rêve de São Paulo » (Documentaire)
2008: « Puisque Nous Sommes Nés » (Documentaire)
Andrea Santana est née dans le Nordeste, au Brésil en 1964. Architecte et urbaniste de formation.
En 2000, avec Jean-Pierre Duret, elle devient co-réalisatrice de documentaires.
Des critiques relevées dans la presse
Rue89 : Jean-Pierre Duret et Andrea Santana ont passé six mois dans cete station service pour tourner ce film qui, en ces temps de crise économique mondiale, ramène à l'essentiel, au plus près de l'humain.
Le Monde : Au-delà de leur quotidien sordide, Duret et Santana filment l'âme des pauvres.
Jean-Luc Doui
France Inter : Dans l'emission "L'humeur vagabonde", sur France Inter, le 3 février 2009, Kathleen Evin s'entretient à l'antenne avec Jean-Pierre Duret et Andrea Santana autour de leur film.
Studio cinélive : Derrière ce film fataliste se cache un film fort, puissant, expressif et d'une universalité rare.
Les inrockuptibles : Beau film. La vie quotidienne de deux enfants pauvres, deux copains, au Brésil. Encore? Oui, mais là, il y a un vrai regard. Jean-Baptiste Morain
Je pose ici un lien vers l’interview de Jamel Debouze au Grand journal de Canal du lundi 02 février ; je l’ai trouvé émouvant, comme souvent, et juste.
Pour finir, la bande annonce :
Bonne séance à vous.
Miss You
18:30 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note






Commentaires
La bande-annonce est scotchante. Tout ce que tu as rassemblé comme info sur le film aussi.
Et Jamel qui supervise et parraine l'ensemble, c'est un gage certain d'humanité et de sensibilité.
Très tentant, en effet.
Ecrit par : Anna Galore | 05 février 2009
Interessant ET rageant de lire tout ça sur le destin de ces personnes en ressortant de la note sur les salaires et la phrase de l'autre conne.
anti
Ecrit par : anti | 05 février 2009
"Toi qui es jeune, emporte ton rêve"...
C'est ce que se disent tous ces immigrés qui viennent tenter leur chance en occident, pour lesquels Eric Besson s'est vu assigner un "objectif de reconduites à la frontière en 2009" de 26.000...
Vous avez accepté un sale boulot, M. Besson.
Ecrit par : ramses | 05 février 2009
Ce ministère est une honte par lui-même. Et Besson a rejoint depuis déjà deux ans la cohorte interminable des traitres prêts à tout pour un peu plus de pouvoir, même s'ils le paient par la détestation de tous.
Ecrit par : Anna Galore | 05 février 2009
En même temps, 'scusez, j'reviens au film, camionneur c'est un des nombreux métiers que j'ai voulu faire quand j'étais enfant en plus de garagiste, secrétaire, écrivain, avocat pour Amnesty, bonne soeur, etc.
J'vous raconte. Tatate, ma tatate d'amour qui m'a élevée ben elle avait un amoureux... Si ! Pierre ! et Pierre, il avait un MAGNIFIQUE camion citerne ! Ah la la ! J'lui disais "j'te dis qu'c'est loui (javé lassent ?!) mé si, c'est loui !" et je fonçais bille en tête en pyj ! déboulant du café la p'tiote traversait la place de l'eglise et sautait dans le camion et remplissait le mouchard... le truc de fou pour moi ! C'était trop beau on aurait dit un de ces dessins de spirographe ! En plus, Pierre, il me rapportait des Mars ;-) Après, on faisait des exercices d'équilibristes. Je montais debout sur ses épaules et de voir ma tatate blême nous faisait mourir de rire.
Un secret avant de finir, Tatate et Pierre, ils sont toujours amoureux...
anti
Ecrit par : anti | 05 février 2009
Je crois que ce documentaire vaut vraiment la peine d'être vu et, pour tout vous dire, je pensais y aller ce week end.
Pour l'instant, il ne passe que dans une vingtaine de salles sur tout le territoire.
Pour les languedociens, il faudra aller au Diago à Montpellier pour le voir ; aucune salle dans le Gard ne le diffuse, pas même le Sémaphore.
Pour ceux que ça intéresse, voici le lien vers les salles où il passe cette semaine : http://www.puisquenoussommesnes.com/fr/parcours-du-film
Reste à faire le buzz autour du film...
Ecrit par : Miss You | 05 février 2009
Quand je lis les problèmes de diffusions je repense à Jacques Perrin qui a été pionier en matière de diffusion de documentaire au cinéma avec son "Microcosmos : le peuple de l'herbe". C'est quand même chouette la place que prend le docu au cinéma.
Le documentaire c'est vraiment la noblesse de l'audiovisuel. Si vous avez envie, promenez-vous sur les sites des productions, y'en a pour des jours et des jours à se dire "oh , ça ! c'est trop intéressant ! non ! ça !"
anti
Ecrit par : anti | 05 février 2009
Microcosmos, un vrai bijou !!
"promenez-vous sur les sites des productions, y'en a pour des jours et des jours à se dire "oh , ça ! c'est trop intéressant ! non ! ça !"
Déjà que j'arrive pas à lire tout ce qu'il y a sur les piles et la liste, alors si je me rajoute les documentaires, là j'm'en sors plus du tout jamais :-)
Blague à part, j'aime beaucoup cette façon de montrer, souvent sans dire, juste en faisant comprendre, réaliser, tout en laissant une très belle part au rêve et à l'émotion.
Ecrit par : Miss You | 05 février 2009
" si je me rajoute les documentaires, là j'm'en sors plus du tout jamais :-)"
Mdrrr ! Bon, faut vraiment faire à manger là !
anti, pas mieux !
Ecrit par : anti | 05 février 2009
Anti, je n'avais pas vu tes mots sur les métiers dont tu rêvais petite (avocat d'Amnesty, je t'imagine bien, par contre bonne soeur, j'ai un doute, avec ou sans la cornette ?) et l'histoire d'amour de Tatate et Pierre.
C'est trop bien de lire tout ça. Ca redonne le sourire jusqu'aux oreilles.
Ecrit par : Miss You | 05 février 2009
Pour celui qui n'est jamais allé au Brésil, l'image est celle d'un pays moderne évolué, sorti de l'émergence..... ce n'est pas ça du tout.
C'est un pays pauvre dans lequel la plupart des gens survivent.
Ecrit par : voiedoree | 06 février 2009
Et dans tout ce territoire, le Nordeste est probablement la région la plus pauvre.
Quelles que soient les évolutions que Lula apportera au Brésil, il faudra encore beaucoup de temps avant qu'elles ne bénéficient aussi aux habitants de cette région.
Ecrit par : Miss You | 06 février 2009
Le Brésil, un pays cher à mon coeur (depuis octobre 2004, j'ai toujours à mon poignet le ruban qu'on m'a noué à Salvador de Bahia). Ce film passera sûrement au Balzac, mon ciné de quartier préféré, je vais aller le voir. En plus j'aime la mélodie du brésilen, beaucoup plus douce que le portugais qui "racle", et j'arrive à peu près à comprendre ce qu'ils racontent.
Le Brésil, c'est une aussi grande claque pour nous européens que le Mali.
Des gamins comme cela, nous en avons vu beaucoup tout au long de notre périple le long de la côte, de Salvador jusqu'à Sao Luis à la frontière de l'Amazone.
Ils se débrouillent avec ce qu'ils ont, les gens aussi les aident car là bas, par exemple, au resto, les portions sont copieuses et il reste toujours à manger dans le plat. On demande au restaurateur une assiette et des couverts et on donne à un gamin des rues ce qui reste dans le plat. Le restaurateur est d'accord, c'est une façon d'aider comme on peut.
Sur les plages aussi, toutes les cinq minutes, un gamin ou une gamine passe pour vendre des beignets, des brochettes de fromage… Ils demandent si on veut quelque chose mais n'insistent pas, ce ne sont pas des mendiants.
Ils passent tous les jours et on finit par les connaître et parfois engager la conversation comme on peut -forcément on ne parle pas brésilien-.
Là bas, il n'y a aucun filet social comme ici en France, donc les gens créent leur mini-business (un panneau de bois de 80 x 80 cm avec des lunettes de soleil ou des bracelets, c'est leur "magasin") pour pourvoir manger, et souvent dorment dans la rue.
Ecrit par : startine | 06 février 2009
Tu en parles vraiment bien Startine, ça donne encore plus envie d'y aller.
Sur le lien que j'ai mis (et qui refonctionne), il y a la liste des salles où le documentaire passe cette semaine.
http://www.puisquenoussommesnes.com/fr/parcours-du-film
Ecrit par : Miss You | 06 février 2009
Miss,
Comme d'hab, ce sont les parisiens les mieux lotis...
Startine,
Je ne connais pas le Brésil, par contre j'adore la musique brésilienne !
Un lien d'un photographe brésilien, qui a fait un très beau pps du Christ de Corcovado :
http://www.zerrenner.fot.br/
Ecrit par : ramses | 06 février 2009
Superbes photos Ramses, je viens de faire un mini tour au hasard sur les ciels et les photos sont magnifiques. J'irai un peu plus tard avec plus de temps, je l'ai mis en favoris ;) Merci !!
Ecrit par : Miss You | 06 février 2009
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