07 mars 2009

Le Petit Nicolas a 50 ans

Pour la première fois, plus de 150 dessins originaux de Sempé,
accompagnés des manuscrits de Goscinny,
à l'Hôtel de Ville de Paris, jusqu'au 7 mai 2009



affiche.bmp



Se plonger dans une histoire du Petit Nicolas, c’est retrouver l’insouciance de l’enfance. Insouciance bercée de l’amour inconditionnel des parents, du souvenir de l’odeur de la craie et du bruit des billes qui s’entrechoquent.

Les documents inédits puisés dans les archives personnelles de René Goscinny et de Jean-Jacques Sempé établissent un émouvant dialogue entre la machine à écrire de l’un et la planche à dessin de l’autre.

De ce dialogue vont naître des enfants aux prénoms étranges et drôles : Clotaire, Agnan, Rufus, Alceste, Eudes, Geoffroy, Joachim et bien sûr Nicolas accompagné de son père, sa mère et de sa jolie maîtresse d’école. Tout l’univers de ce héros d’encre et de papier est célébré en 2009 à travers cette exposition à l’Hôtel de Ville.


nicoanniv.jpg Pour cette première exposition en hommage au personnage du Petit Nicolas, le dessinateur Jean-Jacques Sempé a accepté de sortir de ses cartons 150 dessins originaux.

Dessinés à la plume sur de simples bristols, ces dessins, réalisés dans les années soixante étaient destinés aux journaux. Des dessins de presse tout en finesse qui ont conservé saveur et humour.

De son côté, Anne Goscinny, fille unique de René Goscinny, l’auteur des textes du Petit Nicolas, met à la disposition des visiteurs les archives inédites de son père. Manuscrits originaux et machine à écrire du célèbre scénariste sont exposés et racontent en une vaste fresque l’histoire de cette extraordinaire aventure artistique. Une plongée, jusqu’en leurs secrets de fabrication, en compagnie des différents personnages du Petit Nicolas.


Des mots aux dessins, comment prend vie une histoire du Petit Nicolas ?

nicolit.jpg
1. Goscinny et Sempé évoquent leurs souvenirs d’enfance, chacun ayant son domaine de prédilection.
2. De retour chez lui, dans le 16e arrondissement de Paris, René Goscinny fait les cent pas à la recherche de l’Idée.
3. Il s’installe devant sa machine à écrire et le Petit Nicolas se met à vivre. Ses tapuscrits sont exemplaires car dénués de fautes et de ratures.
4. Goscinny envoie par la poste le texte à Sempé qui illustre l’histoire.
5. L’histoire est née. Elle paraît dans Sud-Ouest Dimanche, puis à partir d’octobre 59 dans Pilote.
6. Le Petit Nicolas est publié pour la première fois en 1960 aux éditions Denoël.


Souvenirs d’enfance

Le Petit Nicolas, c’est l’enfance de René Goscinny et de Jean-Jacques Sempé

« Je n’ai jamais été gaulois ni cow-boy, j’ai été enfant, et Sempé aussi, naturellement. Les histoires sont nées de ses souvenirs qu’il me racontait et de mes propres souvenirs en Argentine, des sensations plutôt que des souvenirs… L’odeur du petit pain au chocolat à la sortie de l’école, l’ambiance d’une récréation, tout ce grouillement de l’enfance que Sempé, pour sa part, a si bien senti. » René Goscinny

L’élève Goscinny
« J’aimais la drôlerie, l’humour. J’aurais volontiers sacrifié une bonne note pour rendre un devoir traité sous l’angle humoristique. Je me moque sans remords des bons élèves puisque j’étais premier. Pourtant, à mon avis, les forts en thème, du genre Agnan, ont plus de mal que les autres à réussir dans la vie. » René Goscinny

René Goscinny fait toute sa scolarité au Collège français de Buenos Aires. Un grand portail, une belle bâtisse et dans la cour de récréation des enfants venus du monde entier. Il collectionne les prix d’excellence comme en témoignent ses bulletins scolaires.
Sur les photos de classe il est celui qui sourit. Il sait déjà que, plus tard, il voudra faire rire.

Le journal du collège est émaillé de ses récits et de ses dessins. Comme si la vocation n’était jamais venue, comme si elle était née avec lui.

nicosempdessine.jpg
Sempé devant sa planche à dessin.
"Je n'étais pas à l'aise dans les petites cases.
Je rêvais de contes à illustrer
". © DR



L’élève Sempé

« Je conserve un assez bon souvenir de mes années scolaires : je me suis bien amusé. Quand j’étais gosse, le chahut était ma seule distraction. » Sempé

Une raie sur le côté et un sourire malicieux. Jean-Jacques Sempé c’est un fort en foot et en récréation. Déjà, il dessine dans les marges de ses cahiers. À l’école de la rue David-Johnson il y a aussi un grand portail en fer forgé, une cloche et un préau. C’est une école de Bordeaux qui sent bon la province française des années trente.



Un héros international

Le Petit Nicolas est traduit en une trentaine de langues. En allemand il est « der kleine Nick », en turc, c’est « Pitircik », en espagnol il est « el pequeño Nicolás ».

L’oeuvre de Goscinny et Sempé est devenue un classique de la littérature française mais aussi mondiale. C’est une oeuvre indémodable qui parle à tous : les bonbons, les copains, l’école et les parents sont les valeurs sûres de l’enfance.

Les différentes traductions du Petit Nicolas sont exposées sous vitrines.

nicobonheur.jpg


50 ans qu'il nous fait rire !

Le 29 mars 1959 paraît dans Sud-Ouest Dimanche la toute première histoire du Petit Nicolas. L’enfance est mise en mots par Goscinny et en couleurs (même quand les dessins sont en noir et blanc, le ciel est bleu, à l’image des yeux de Marie-Edwige !) par Sempé.

L’un invente un langage, l’autre dessine avec la tendresse qu’on lui connaît des enfants minuscules qui s’agitent. Un héros est né.

À l’origine, il n’était prévu qu’un seul épisode des aventures du Petit Nicolas. Mais le courrier des lecteurs est unanime et le journal leur demande de continuer.

Commence alors l’incroyable saga. Quelques mois plus tard, en octobre 1959, Le Petit Nicolas fait une entrée remarquée dans un nouveau journal pour la jeunesse : Pilote.

L’année suivante Le Petit Nicolas prend du galon, et en 1960 paraît le premier volume de ses aventures. « Le premier volume n’a absolument pas marché » se souvient Sempé.

C’est l’émission de télévision, Lecture pour tous, qui lance Le Petit Nicolas, grâce à la présence sur le plateau de ses deux créateurs dont le duo crève l’écran.

nicopilote.jpg

Couverture de Pilote.
En octobre 59, le Petit Nicolas fait son entrée dans
un nouveau journal pour la jeunesse


Pendant six ans, le Petit Nicolas paraît toutes les semaines dans la presse. Plus de 200 histoires sont ainsi publiées donnant le goût de la lecture à des milliers d’enfants.

En 2004, Anne Goscinny exhume des archives de son père une centaine d’histoires inédites qu’elle publiera en deux volumes.

Le succès est fulgurant et si Nicolas n’est pas toujours premier en calcul, le voilà numéro un des ventes : best-seller international, il est traduit en une trentaine de langues.

Cinquante ans après sa création le Petit Nicolas fait toujours rire des millions de lecteurs.




Autour du Petit Nicolas, son chouette tas de copains : Alceste, Geoffroy, Rufus, Maixent, Joachim, Eudes, Marie-Edwige et les autres.

Indissociable au point de ne plus former qu’un seul et même personnage en cas de bagarre !

« Les enfants chahutent toujours, ils se battent souvent. Ils ne se font jamais de mal réellement et pendant qu’ils se battent, ils s’amusent beaucoup. » René Goscinny

Alceste : "Chez nous, pour le réveillon, je lui ai dit, il y aura mémé, ma tante Dorothée, et tonton Eugène. Chez nous, m’a dit Alceste, il y aura du boudin blanc et de la dinde".

« Alceste, c’est le meilleur copain de Nicolas, c’est celui de tous les coups. Et quand on lui serre la main, elle est toujours collante parce qu’il y a toujours de la confiture dedans » disait René Goscinny. Alceste c’est l’ami fidèle, l’acolyte de Nicolas, facilement identifiable car toujours une tartine à la main.

Geoffroy : "Geoffroy, il a un papa très riche qui lui achète tout ce qu’il veut !"

Geoffroy c’est le copain un peu vantard mais sympathique. Il a un maître d’hôtel, Albert, une piscine en forme de rognon, une salle à manger grande comme une salle de restaurant, des jouets et une penderie de déguisements à en faire pâlir de jalousie les copains !

Agnan et Clotaire

Agnan c’est « le premier de la classe et le chouchou de la maîtresse, nous on ne l’aime pas trop », quant à Clotaire il est « le cancre » de la classe.

Avec Agnan et Clotaire, Sempé et Goscinny racontent deux facettes de la vie de l’école. Côté pile et côté face, des punitions à la remise des prix, des moqueries aux meilleures blagues comme le jour où Clotaire a essayé de porter des lunettes pour prendre la place d’Agnan !

« Clotaire est toujours dernier et chaque fois qu’il est interrogé, il est privé de récréation. Quand il amène son livret scolaire, il est privé de télévision, il est privé de cinéma et quand le directeur le gronde, il dit : « Vos parents se privent de tout pour vous donner une éducation ». C’est une famille où l’on se prive beaucoup. » René Goscinny


nicocopains.jpg



La maîtresse et le Bouillon

La maîtresse, elle est si gentille et si jolie quand nous ne faisons pas trop les guignols.

La maîtresse du Petit Nicolas, c’est la maîtresse idéale qui passe par toutes les émotions : colère, amusement, exaspération, incompréhension…

Le Bouillon, c’est notre surveillant, on l’appelle comme ça parce qu’il dit tout le temps : « Regardez-moi dans les yeux » et dans le bouillon il y a des yeux.

Il a une moustache, il est la terreur des cours de récréation et devient tout rouge quand il se fâche. Pas question de faire les guignols avec lui ! Mais comme tous les adultes dans Le Petit Nicolas, c’est un personnage dont l’enfance est à fleur de peau : il apprend aux élèves de nouveaux jeux et essaie même les patins qu’il a confisqués à Geoffroy pendant la récréation !

Papa et Maman

Papa, il sort plus tard de son bureau que moi de l’école, mais il n’a pas de devoirs.

Maman, c’est la plus chouette des mamans ! « René a trouvé une formule magique, celle qui consiste à faire raconter, à la première personne du singulier, sa vie a un enfant… Dans le fond il faut être drôlement gonflé pour écrire « je » à la place d’un enfant, sans que cela tourne au procédé ».Sempé

Le Petit Nicolas est un récit à hauteur d’enfant. Le regard que porte Nicolas sur ses parents est tendre et drôle : les disputes entre papa et maman ne sont jamais graves, quand papa se fâche il est toujours ridicule et même si maman n’aime pas tonton Eugène (le frère de papa)… il la fait bien rigoler.


Les auteurs :

nicosempgosciny.jpg

Le 29 mars 1959, paraissait dans Sud Ouest Dimanche la première aventure écrite par René Goscinny et dessinée par Jean-Jacques Sempé du Petit Nicolas. © DR


René Goscinny

« René Goscinny était à la bande dessinée ce que la tour Eiffel est à Paris, ce que Balzac est au roman français… », lit-on dans Le Monde alors qu’il disparaît brutalement le 5 novembre 1977.

« Je suis né le 14 août 1926 à Paris et me suis mis à grandir aussitôt après. Le lendemain, c’était le 15 août et nous ne sommes pas sortis ». La famille Goscinny émigre en Argentine.

Le jeune René fera toute sa scolarité au Collège français de Buenos Aires : « J’étais en classe un véritable guignol. Comme j’étais aussi plutôt bon élève, on ne me renvoyait pas ».


Rentré en France au début des années 50, il donne naissance à toute une série de héros, cultes pour la plupart.

Auteur prolifique, il imagine avec Jean-Jacques Sempé, les aventures du Petit Nicolas, avec Albert Uderzo, Astérix (traduit en 107 langues et dialectes), Lucky Luke avec Morris, Iznogoud avec Tabary, ou encore les Dingodossiers avec Gotlib.

Cinéaste, Goscinny crée les Studios Idéfix et réalise quelques chefs-d’oeuvre du dessin animé : Astérix et Cléopâtre, Les douze travaux d’Astérix, Daisy Town et La Ballade des Dalton. Il recevra à titre posthume un César pour l’ensemble de son oeuvre cinématographique.

Le 5 novembre 1977, il meurt à l’âge de 51 ans. Hergé déclare : « Tintin s’incline devant Astérix ». Ses héros lui ont survécu et nombre de ses formules sont passées dans notre langage quotidien : « tirer plus vite que son ombre », « devenir calife à la place du calife », « être tombé dedans quand on était petit »…

Mais c’est avec le Petit Nicolas, pour lequel il a une tendresse particulière, que Goscinny donne toute la mesure de son talent d’écrivain. Avec 500 millions de livres et d’albums vendus, René Goscinny est l’un des auteurs les plus lus dans le monde.

goscinnyparsemp.jpg

Goscinny par Sempé



Jean-Jacques Sempé

« Quand j’étais gosse, le chahut était ma seule distraction. »

Sempé est né le 17 août 1932 à Bordeaux. Études plutôt moyennes, renvoyé pour indiscipline de son collège à Bordeaux, il se lance très vite dans la vie active : homme à tout faire chez un courtier en vin, moniteur de colonies de vacances, garçon de bureau…

À dix-huit ans, il monte à Paris et écume les salles de rédaction. En 1951, il vend à Sud-Ouest son premier dessin. Sa rencontre avec Goscinny coïncide avec les débuts d’une fulgurante carrière de « dessinateur de presse ».

Avec le Petit Nicolas, il campe une inoubliable galerie de portraits d’enfants et d’adultes qui font partie de notre histoire, collective et individuelle. Tout en continuant à dessiner les aventures du petit écolier, il débute à Paris Match en 1956 et collabore à de très nombreuses revues.

Son premier album de dessins paraît en 1962 : Rien n’est simple. Une trentaine suivront, chefs-d’oeuvre d’humour où la tendresse répond à l’ironie.

Créateur de Marcellin Caillou, de Raoul Taburin, ou encore de Monsieur Lambert, son talent d’observateur en fait depuis quarante ans l’un des plus grands dessinateurs français.

Au-delà de ses propres albums, Jean-Jacques Sempé est aussi l’illustrateur de Catherine Certitude de Patrick Modiano ou de L’histoire de Monsieur Sommer de Patrick Süskind.

Sempé est l’un des rares dessinateurs français à illustrer les couvertures du très prestigieux New Yorker. Aujourd’hui, il continue de faire sourire chaque semaine dans Paris Match des milliers de lecteurs.

nicogrimace.jpg




Textes extraits du site de l'Hôtel de Ville de Paris.

L'ensemble des dessins sont la propriété de © IMAV éditions / Goscinny - Sempé


Miss You

Commentaires

Deux géants mythiques de la BD, trop bien de relire l'histoire de leurs débuts ici.

J'ai fait partie des fans de Pilote du début des années 60 quand ma famille est arrivée en France jusqu'à la fin de mon adolescence. Le Petit Nicolas venait de laisser la place à une drôle de tribu gauloise qui résiste encore et toujours à l'envahisseur et dont j'ai suivi toutes les aventures semaine après semaine pendant des années. C'est aussi avec Pilote que j'ai découvert Gottlieb et sa génialissime rubrique-à-brac, Achille Talon cerveau-choc, Jean Giraud à la technique époustouflante sous ses divers pseudos (Jigé, Moebius, etc.), Casa qui racontait la banlieue comme personne et le renversant Druillet avec entre autres sa BD "O Siddharta".

Que de souvenirs...

Ecrit par : Anna Galore | 07 mars 2009

Quel contenu ! Y'a d'la lecture encore ! Ecole... Ca me fait penser à "Le cancre" de Prévert, à "Les mots" de Sartre, à "Chagrin d'école" de Pennac...

Le cancre



Il dit non avec la tête
Mais il dit oui avec le coeur
Il dit oui à ce qu'il aime
Il dit non au professeur
Il est debout
On le questionne
Et tous les problèmes sont posés
Soudain le fou rire le prend
Et il efface tout
Les chiffres et les mots
Les dates et les noms
Les phrases et les pièges
Et malgré les menaces du maître
Sous les huées des enfants prodiges
Avec des craies de toutes les couleurs
Sur le tableau noir du malheur
Il dessine le visage du bonheur.



Jacques Prevert


anti

Ecrit par : anti | 07 mars 2009

En lisant le titre, j'ai cru qu'il s'agissait du Président (pas le camembert), mais il vient d'avoir 54 ans...

" Alceste, c’est le meilleur copain de Nicolas, c’est celui de tous les coups. Et quand on lui serre la main, elle est toujours collante parce qu’il y a toujours de la confiture dedans » disait René Goscinny. Alceste c’est l’ami fidèle, l’acolyte de Nicolas, facilement identifiable car toujours une tartine à la main. "

Brice, on t'a reconnu !

Ecrit par : ramses | 08 mars 2009

T'as la patate toi ! Bon dimanche !

anti

Ecrit par : anti | 08 mars 2009

Écrire un commentaire