11 mars 2009
Portrait d’un pasteur blanc : Robert Graetz

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’un homme, le révérend Robert Graetz que je trouve admirable et que j’ai découvert (merci internet), grâce notamment à deux blogs kismoune et lost in election.
Robert Graetz est un pasteur qui, aux côtés des pionniers comme Rosa Parks, Ralph Abernathy et Martin Luther King, est entré dans l'histoire des droits civiques américains. En Alabama, le révérend fut l'un des seuls Blancs à soutenir publiquement et activement la cause des noirs pour leurs droits civiques.
Né en 1928 en Virginie de l'Ouest, c'est à l'université qu'il prend conscience de la réalité de la condition des Noirs. Si, dans les Etats du Nord, il n'y avait pas de ségrégation entre les Noirs et les Blancs, il y avait très peu de relations entre eux. C'est à cette période qu'il rejoint la NAACP.
Les congrégations afro-américaines manquent de pasteurs. Robert Graetz répond à l'appel de l'une d'elles, en juin 1955, et officie dès lors à l'église luthérienne de la Trinité de Montgomery, Alabama.
Le 1er décembre 1955, Rosa Parks choisit de ne pas céder sa place à un Blanc dans le bus. Pour l’anecdote, elle était dans la zone mixte où les Noirs et les Blancs pouvaient s'asseoir ensemble lorsque le bus était plein. Et c'est le chauffeur qui lui demande de se lever. (ici l’interview en anglais de Rosa Parks)
Elle est arrêtée.

Commence le boycott des bus de Montgomery.
Dimanche 4 décembre 1955, sur les bancs de l'église luthérienne de la Trinité, les fidèles patientent. Robert Graetz s'avance vers le pupitre et appelle à boycotter les bus de la ville.
« J'étais le voisin de Rosa Parks, c'est elle-même qui m'a prévenu du lancement du boycott. Pour moi, il était important que le plus de monde y participe. J'ai donc décidé de relayer le message des femmes du Women's Political Council (WPC) qui en avaient l'idée depuis longtemps.
Cela m'a valu d'être arrêté ; les autorités prétendaient que les Noirs étaient incapables d'organiser un tel mouvement et pensaient que j'en étais le leader. »
Sans en être le leader, Robert Graetz appartient aux côtés de Martin Luther King Jr au Montgomery Improvement Association (MIA), qui coordonnera la suite du boycott.
Dès le premier jour, près de 100% des noirs arrêtent de prendre le bus. Le soir même, le MIA décide de reconduire le mouvement et organise des rassemblements, tous les lundis et jeudis soirs, dans les plus grandes églises de la ville, afin de décider de la poursuite de leurs actions.
"Très tôt, nos paroisses ont reçu de l'argent du monde entier, avec lequel on a pu acheter des véhicules, les "church buses" (système de covoiturage dans des grandes voitures familiales) pour permettre aux gens de se rendre à leur travail."

Les autorités veulent tuer le mouvement, les vagues d'interpellations se multiplient. "La police n'arrêtait pas les blancs pour montrer que c'était un mouvement orchestré par les noirs. Elle faisait volontairement régner un climat de terreur."
Rien n'y fait. Jour après jour, pendant des mois, le boycott se poursuit. Les blancs n'osent plus monter dans les bus, de peur de représailles. Les lignes, déficitaires, ferment. Un premier succès pour les noirs de Montgomery.
Le mouvement pour les droits civiques des noirs était né. La ségrégation raciale connaissait ses premières convulsions.
Les Blancs de Montgomery en veulent alors terriblement au révérend Graetz. Ils pensent que les Noirs n'auraient jamais eu cette idée s'il n’y avait pas eu ce Blanc pour les aider !
"Lors du boycott, des bombes ont explosé, des femmes ont été molestées par les blancs, se souvient Robert Graetz. Mais nous étions entraînés à ne pas répondre aux provocations. Si ces affrontements n'ont pas dégénéré en guerre civile, c'est grâce à la non-violence "dans les poings, les mots et le coeur, prônée par le Rev. King."
Et commence pour lui et son épouse un harcèlement dramatique : trois bombes déposées devant chez lui, harcèlement physique contre sa famille, pneus crevés et voitures incendiées, tracasseries administratives quotidiennes...
Le 10 janvier 1957, une bombe bourrée de TNT et de 11 bâtons de dynamite fait long feu sur le perron de sa maison. L'attentat faillit lui coûter la vie. "Cela m'a donné plus de courage pour poursuivre le combat", jure-t-il. Plus rien ne semblait stopper le vent de révolte qui soufflait sur Montgomery.

Par moment, il craint la mort qu'il voit rôder chaque jour. Poursuivant son idéal de justice, il continue le combat collectif mené aux côtés de ses amis.
Si, pour les habitants de Montgomery, ils n'étaient que des traîtres et des sales communistes, lui précise que jamais il n'a cherché à blesser quiconque. Il parle aussi de la lutte courageuse de l'Association des femmes noires de Montgomery qui a joué, selon lui, un rôle crucial dans la réussite de ce boycott.
« A cette époque très peu de Blancs nous ont accompagnés dans notre lutte. Cependant, de nombreux pasteurs partageaient ce combat et bon nombre d'entre eux ont été renvoyés ailleurs par leurs hiérarchies. »
« C'était excitant de participer à un tel mouvement. Nous savions que nous étions en train d'écrire une page de l'Histoire. J'en suis très fier. » Le lundi, le boycott des bus commençait. Prévu pour une journée, il durera 381 jours.
Selon lui, c'est le travail de la NAACP fondée en 1909 (incidemment, ce sont des intellectuels blancs qui sont à l'origine de sa création) qui a joué un rôle capital dans la préparation des mentalités pour lancer ce combat des droits civiques aux USA.
Le 1er décembre 1955 trouve ses racines dans les combats menés des décennies auparavant. C'est grâce à l’acharnement des avocats de la NAACP auprès de la Cour suprême, pour dénoncer les lois ségrégationnistes, que le mouvement des droits civiques est devenu incontournable. A l’exemple de l’arrêt emblématique Brown v. Board of Education de la Cour suprême des États-Unis en 1954 qui déclare la ségrégation raciale illégale en matière d'éducation.
Le 16 novembre 1956, la Cour suprême des Etats-Unis Browder v.Gayle abolit toute forme de ségrégation dans les transports publics ; la mesure prendra effet un mois plus tard.
En septembre 1958, Robert Graetz retourne dans l'Ohio et reprend son bâton de pèlerin dans des quartiers difficiles.

« La discrimination a changé de visage. Ce n'est plus une question de couleur de peau. Aujourd'hui, c'est l'argent et les failles du système éducatif qui creusent les inégalités.
Même si les rêves de Martin Luther King de vivre dans une communauté fraternelle n'ont pas été réalisés, des progrès ont été accomplis.
Et Barack Obama incarne l'espoir d'une société meilleure. Il peut faire prendre conscience aux noirs qu'ils sont maîtres de leur destin. »
53 ans après, Robert Graetz conserve une foi inébranlable en la condition humaine.
(Extraits de Wiki -français et anglais-, du blog de Kismoune, du blog lost in election, Montgomery boycott.com et Lutherans online.com)
Miss You
16:00 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs, Tous des humains | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : martin luther king






Commentaires
MA-GNI-FI-QUE !
Tous des humains !
Ecrit par : Anna Galore | 11 mars 2009
"Portrait d’un pasteur blanc : Robert Graetz" "Plus noir que vous ne pensez"
C'était écrit ;-)
Belle note encore aujourd'hui !
anti
Ecrit par : anti | 11 mars 2009
MERCI de nous faire découvrir cet homme remarquable. :)
Ecrit par : LilieSlay | 11 mars 2009
Mdrrrrrrrrr, je ne l'ai réalisé qu'en voyant les deux notes l'une au dessus de l'autre dans la colonne de droite :-)
Merci !! Vous le connaissiez vous ce pasteur ? Plus j'en lisais à son sujet en préparant cette note, plus il me plaisait. Une vraie belle âme.
Ecrit par : Miss You | 11 mars 2009
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