16 mars 2009
Calder, sculpteur de l’air

L'art espiègle de Calder vient enchanter le Centre Pompidou
L'exposition "Calder, les années parisiennes" qui aura lieu au Centre Pompidou du 18 mars au 20 juillet a d'abord été montrée, en octobre 2008, au Whitney Museum de New York.
268 oeuvres étaient présentées à Manhattan, un peu tassées dans des salles exiguës, mais elle fut plébiscitée par le public.

A raison : c'est un régal.
A Paris, plus de 300 oeuvres seront montrées dans une configuration pensée spécialement pour l'événement.
On y verra, dit Brigitte Léal, la commissaire de l'exposition, "moins de tableaux de la période réaliste de ses débuts à New York, mais plus de documents, et particulièrement les photographies que Brassaï et Marc Vaux ont réalisées à Paris".
On y admirera aussi sculptures, peintures, dessins, jouets, photographies et films, souvent inédits : autant d'éléments qui ont fait le succès de l'exposition du Whitney.
Pour la première fois, depuis un quart de siècle, des Européens vont enfin pouvoir vibrer devant Le Cirque, un monument dans son genre, conservé à New York.

Il fallait voir le bonheur des spectateurs américains devant l'installation, animée par l'artiste lui-même, grâce au film Le Grand Cirque Calder, réalisé en 1955 par Jean Painlevé.
Quarante-cinq minutes de bonheur.
Bidouiller les personnages
Le catalogue publié à l'occasion de l'exposition au Whitney reproduit une image étonnante : le peintre Fernand Léger, de profil, contemple son portrait par Calder.
Un portrait, oui, mais en fil de fer.
Tout y est, du chapeau à la moustache en brosse.
Seule différence, l'original a la bouche entrouverte, béate d'admiration. Et on le comprend : Alexander Calder (1898-1976), dit "Sandy", est d'abord un dessinateur de génie.
Il le prouve en 1926, avec un album publié à New York, Animal Scketching (publié en français à l'occasion de l'exposition par les éditions Dilecta, 24 €).
Des bestioles croquées dans le zoo du Bronx ou celui de Central Park, dont il résume les mouvements en quelques lignes fluides.
Du trait au fil de fer, le pas paraît simple à franchir.
Il ne l'est que pour lui qui, depuis sa plus tendre enfance et encouragé par des parents artistes, fabrique ses jouets lui-même.
Des jouets qu'il continue de produire la trentaine venue, espérant pouvoir ainsi financer un art plus sérieux.

Lorsqu'il arrive à Paris en juin 1926, il persiste à bidouiller ses personnages, et petit à petit met en branle un cirque miniature, qui tient dans cinq valises.
Il finira par comporter, vers 1929, près de deux cents personnages.
Les représentations, dans divers lieux de Montparnasse, de ces figures fragiles animées par le géant débonnaire enchantent les Parisiens, comme le journaliste Legrand-Chabrier, un des premiers à en faire le compte rendu en 1927.
Mais aussi, le très austère Piet Mondrian. C'est après une visite à l'atelier de ce dernier, à l'automne 1930, que Calder délaissera ses personnages familiers.
Il adopte des formes abstraites, à la manière du peintre hollandais mais sculptées, ou plutôt découpées dans le fer coloré, et surtout en mouvement. Marcel Duchamp les baptisera "Mobiles".
Il débute là une nouvelle phase de sa carrière, rejoint, dès 1931, le groupe Abstraction-création, tout en se rapprochant des surréalistes, en particulier Joan Miro.
Mais il ne peut faire oublier la formidable acuité de ses sculptures figuratives.
"Daumier du fil de fer", comme le qualifiera le critique Edouard Ramon, Calder est sans doute aussi le plus prodigieux artiste animalier du XXe siècle.

L'intelligence plastique est perceptible tout au long de l'exposition, par exemple dans ces poissons représentés dans leur bocal. Elle s'allie à un humour tendre, voire polisson : un verrat saillant une truie, et y déposant, déjà tout formé, un petit porcelet.
Et tout ça en fil de fer.
Calder devient un "Sculpteur de l'air", comme le titre le film de François Lévy-Kuentz réalisé à l'occasion de l'exposition.
"Syndrome de Peter Pan"
Il n'est pas certain que le regard du public français sur son travail soit le même que celui de ses compatriotes. Dès 1957, le critique Hilton Kramer l'opposait ainsi au sculpteur américain par excellence, David Smith :
"Contrairement à l'art de Calder, celui de Smith est dénué de l'espièglerie et de la frivolité si facilement assimilables aux stéréotypes de l'innocence américaine, qui ont, sans aucun doute, contribué à l'engouement des critiques parisiens qui préfèrent considérer la sensibilité américaine comme enfantine et futile."
Un regard qui n'évolue guère, puisque le New York Times parlait, il y a un an, d'un "syndrome de Peter Pan", celui qui affecte les adultes refusant de grandir.
Et si l'art, ce n'était que ça ?
Harry Bellet pour Le Monde.fr

L'Atelier Calder est ici et sa Fondation, là.
Miss You
14:30 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : cirque






Commentaires
J'aime Calder depuis mon plus jeune âge. Mes parents ont toujours eu un mobile très inspiré de Calder dans les différents lieux où ils ont habité (depuis ma naissance, en tout cas) et je peux donc dire que cette forme d'art a toujours été présente dans mon paysage artistique personnel. J'ai eu aussi le plaisir de voir des mobiles de Calder à la fondation Maeght il y a un bon bout de temps.
Rien à voir (quoique, si) mais ça me fait repenser à la scène hilarante de "La vérité si je mens 2" où José Garcia détruit un énoooooooooorme mobile tout en verre chez son richissime cousin mdrrrrrrr
Ecrit par : Anna Galore | 16 mars 2009
J'aime la légereté des mobiles, leur doux balancement et les ombres qu'ils projettent selon la lumière qui les souligne.
Calder, pour moi, c'est une forme d'innocence, la simplicité, presque le dépouillement avec l'étincelle de gaité et de couleur qu'on retrouve dans les dessins d'enfant. D'ailleurs, sur la photo de lui prise par Agnès Varda, je lui trouve un rire d'enfant.
Ecrit par : Miss You | 16 mars 2009
Calder est surtout un magicien de l'âme , de l'air et de l'art.
rien n'est plus fragile qu'une oeuvre mouvante,vivante , ne rien perdre de son origine tout en évoluant au grés des courants non pas de la mode , mais des élèments naturels ....
que dire j'aime .
Ecrit par : boudufle | 16 mars 2009
Mobile en haut stabile en bas
telle est la Tour Eiffel
Calder est comme elle
Oiseleur du fer, horloger du vent, dresseur de fauves noirs
Ingénieur hilare
Architecte inquiétant
Sculpteur du temps
Tel est Calder.
Jacques Prévert.
Ecrit par : boudufle | 16 mars 2009
Superbe !
Ecrit par : Anna Galore | 16 mars 2009
"Sculpteur du temps, ... horloger du vent" C'est si joliment dit.
Décidément, Prévert... j'aime ! Merci ma tite Boud !!!
Miss You
Ecrit par : Miss You | 16 mars 2009
En plus, se servir de son propre nom pour faire la dernière rime avec "Tel est Calder", c'est très fort (et drôle).
Ecrit par : Anna Galore | 16 mars 2009
de rein ....!!!! bises
Ecrit par : boudufle | 16 mars 2009
rien !!! oups ....bon café moi ... et un raton laveur mdrrr
Ecrit par : boudufle | 16 mars 2009
C'est Sapotille/Lazuli qui est fan de Calder. Elle en a souvent parlé sur le blog en termes élogieux.
"Le cirque est un émerveillement. Comme l'enfant, comme la vie dont il est un symbole vivant! La piste ronde comme le cosmos, le chapiteau telle la voûte céleste et le maât, symbole d'élévation et de centrage et de ce lien parfaite ment juste entre terre et ciel...
Mes premières "sorties" mes premiers sous à moi, je les ai dépensés au cirque, fascinée.. ensuite j'ai peint des funambules et des trapézistes, des dompteuses aussi, j'ai pratiqué des tours de magie, fait une rencontre étrange d'un magicien sur le forum romain, j'ai fait un travail sur Calder dont la voie s'est ouverte avec son fameux "cirque "de fil de fer et les réprésentations qu'il organisait autour, J'ai utilisé les visites au cirque comme soutien dans l'oeuvre parfois difficile d'éducation de mes enfants, de soutien à des ados un peu paumés, et des parents déphasés, et aussi, bien sur, de moi-même.. j'ai travaillé dans les cités avec un rejeton pur jus du chapiteau: on a jamais autant étés vivants, ni joué crié arrosé unifié découvert ...ni autant travaillé faut avouer(!) "
http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2008/10/20/enzo-circus.html
Et là : http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2009/01/07/constantin-brancusi.html
"Brancusi, Calder, et Henry Moore, sont mes trois sculpteurs phares. A côté de leurs oeuvres, je n'ai plus peur de moi, et me sens vivre sans fin".
Pour ma part, toujours pas pris le temps de rentrer plus en avant dans cet univers. J'avais mis aussi ce poème de Prévert. On a des références communes la BoudBoud ;-)
anti, uni vers l'uni.
Ecrit par : anti | 17 mars 2009
C'est gentil, Anti, d'avoir recherché et redonné mes impressions, en les relisant je me dis que vraiment je redirai exactement la même chose aujourd'hui!!! et bien sur vivement les visites au centre G pompid.
si quelqu'un veut y aller avec moi.. c'est aussi ok.
Ecrit par : sapotille | 17 mars 2009
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