02 avril 2009

Orien-thé développement durable

Aujourd'hui, coup de chapeau à une multinationale !


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(Crédit photo Yann Arthus Bertrand
Culture de thé, région de Kericho, Kenya)





Au Kenya, des plantations de thé se convertissent aux pratiques durables




Quand on lui demande si le travail est rude, cela le fait bien rire. Comme tous les jours, à l'exception du dimanche, il s'est levé avant le soleil et restera jusqu'au soir courbé entre deux rangées de théiers, ses mains expertes courant d'une tige à l'autre pour en saisir les feuilles tendres. Mais Thomas Obiri, 37 ans et trois enfants, connaît sa chance. "Une double chance", insiste-t-il.

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(Crédit photo juneau.romandie.com)

Celle, d'abord, de vivre à Kericho, petit paradis en terre équatoriale, auquel l'altitude (2 000 m) et la proximité du lac Victoria assurent un climat humide et presque frais. Celle, surtout, de travailler depuis quinze ans pour Unilever, le leader mondial du thé.

Une institution dans la région, où ce géant de l'agroalimentaire, détenteur notamment de la marque Lipton, a développé une agriculture durable et éthique relativement exemplaire. Au point d'avoir reçu la certification de Rainforest Alliance, organisation non gouvernementale (ONG) américaine spécialisée dans la certification des bonnes pratiques agricoles.

Ce qui lui vaut de pouvoir apposer, depuis 2008, une petite grenouille verte, logo de l'ONG, sur trois de ses produits (Lipton Yellow Label, Lipton Earl Grey et PG Tips), sans en avoir pour autant augmenté le prix. Stratégie commerciale oblige.


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De prime abord, on ne voit qu'elles : à Kericho, le thé est la seule culture de rente, et les plantations, tel un immense et ondulant patchwork de gazon anglais, s'étendent sur des dizaines de milliers d'hectares. Dans cette région bénie des cieux, il est pourtant un autre acteur, plus discret mais vital : la forêt, sur lequel Richard Fairburn, directeur général des opérations thé d'Unilever en Afrique de l'Est, veille avec une attention constante.

"Sans forêt, pas de pluie, donc pas de thé et pas de travail", répète-t-il à l'envi. Qu'il soit naturel ou replanté d'eucalyptus, le couvert forestier garantit le surcroît d'humidité grâce auquel les nuages venus du lac Victoria déversent leur pluie bienfaisante.

Mais il participe également à la protection des sols, à la préservation de la faune, à la production du bois de chauffe nécessaire au processus de fermentation du thé (l'exploitation fonctionne à 97 % avec des énergies renouvelables).

Bref, au cercle vertueux que la multinationale entend préserver dans ses plantations. Soit, dans la région, 8 250 hectares sur lesquels ses usines produisent 35 000 tonnes de thé noir coupé par an.

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(Crédit photo Yahn Arthus Bertrand goodplanet.info)


Thomas Obiri aime le thé, mais il ne boit guère celui d'Unilever. Trop cher pour lui. Pour un travailleur manuel, il bénéficie pourtant d'une qualité de vie plutôt rare en Afrique : payé à la récolte, il gagne près de 8 000 shillings kényans par mois, l'équivalent de 85 euros. De quoi nourrir sa femme et ses enfants, restés au village.

Un choix personnel : s'ils l'avaient voulu, ils auraient pu être logés sur le domaine, comme les 12 000 ouvriers permanents qui y travaillent (auxquels s'ajoutent 4 000 saisonniers). Ses enfants auraient pu y être scolarisés, la famille y recevoir les soins nécessaires. Le tout gratuitement.


Avec 17 000 maisons individuelles ou familiales, 39 crèches, 19 écoles primaires et deux collèges, auxquels s'ajoutent quatre centres médicaux, 31 dispensaires et un hôpital de 87 lits, le groupe britannico-néerlandais, dont le premier théier fut planté à Kericho en 1924, dépense chaque année plus de 1,1 million d'euros pour cette communauté d'environ 60 000 personnes.

Plus qu'une entreprise, presque un petit Etat.

Philanthropique, Unilever ? Pragmatique, plutôt. Et non sans audace. Car les efforts consentis vont au-delà de ses propres plantations et s'étendent à celles de ses fournisseurs. Soit quelque 200 000 producteurs locaux, membres pour la plupart de l'Agence kényane de développement du thé (KTDA), une coopérative qui vend chaque année à la multinationale 50 000 tonnes de thé manufacturées dans ses usines.

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(Crédit photo entre deux trains.files.wordpress.com)

"Les prix du marché du thé ont baissé de 35 % au cours des vingt-cinq dernières années, obligeant les cultivateurs à réduire leurs coûts, leurs conditions de vie et la qualité de leur production", explique Richard Fairburn. Sans compter les périodes de sécheresse, plus fréquentes qu'autrefois.

Pour permettre aux producteurs d'améliorer leurs techniques agricoles, le groupe a donc misé, dès le milieu des années 1990, sur le développement durable. Sa force est de l'avoir fait plus tôt que les autres. Et résolument.

A ses fournisseurs les plus réguliers comme dans son propre domaine, il a imposé des conditions de travail décentes pour les cueilleurs, une utilisation raisonnée des intrants chimiques, ainsi que la préservation de la forêt et des cours d'eau.

En 2007, quand fut demandé à Rainforest Alliance de certifier l'ensemble de ses plantations, le tour fut joué en quelques mois : Unilever avait préparé le terrain.

En annonçant son objectif d'étendre cette certification, d'ici à 2015, à l'ensemble des plantations de ses fournisseurs de thé (300 000 tonnes achetées chaque année dans le monde, soit 12 % à 15 % de la production mondiale), le groupe se fixe aujourd'hui un but autrement ambitieux. Qu'ils soient au Kenya, en Tanzanie, au Malawi, en Indonésie, en Inde, en Argentine ou au Sri Lanka, ce sont en effet plusieurs centaines de milliers de petits producteurs qui sont concernés.

Par Catherine Vincent (Envoyée spéciale au Kenya pour Le Monde)


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Commentaires

Fascinant, au minimum.

Ecrit par : Anna Galore | 02 avril 2009

"Avec 17 000 maisons individuelles ou familiales, 39 crèches, 19 écoles primaires et deux collèges, auxquels s'ajoutent quatre centres médicaux, 31 dispensaires et un hôpital de 87 lits, le groupe britannico-néerlandais, dont le premier théier fut planté à Kericho en 1924, dépense chaque année plus de 1,1 million d'euros pour cette communauté d'environ 60 000 personnes. "

Bravo ! Cela me fait penser aux grandes sociétés minières de la même époque qui érigeaient dispensaires, écoles etc. D'ailleurs, en recherchant des références, je m'aperçois que c'est toujours le cas actuellement, particulièrement dans les pays d'Afrique.

anti

Ecrit par : anti | 02 avril 2009

En lisant cette très belle initiative, j'étais encore plus contente d'en parler ici.

Souvent les multinationales montrent le mauvais exemple en faisant passer les profits avant tout, et d'abord avant l'humain et la planète.

Ici, Unilever a su allier se intérêts et l'environnement au sens large. Ca méritait d'être signalé, à la fois comme exemple et aussi comme preuve que lorsque'on veut, on peut !

Ecrit par : Miss You | 02 avril 2009

Très bel exemple de ce que peut apporter le capitalisme dans l'élévation du niveau de vie des populations. Mais aussi une initiative marketing de génie, qui contribue à donner une bonne image de marque à Unilever (180.000 salariés dans le monde et 150 millions d'utilisateurs journaliers de leurs produits, source Wikipedia) et à faire oublier certains désastres écologiques dans les détergeants (OMO, SUN, Skip, Persil...), ainsi que la fermeture programmée des Usines Amora...

Ecrit par : ramses | 02 avril 2009

Je ne pense pas Ramsès qu'on puisse oublier et les désastres écologiques des lessiviers ni la fermeture d'usines surtout en ce moment où c'est à jet continu. Je m'attendais un peu à cette remarque en parlant de cette initiative d'Unilever.

Juste trois petites choses :

1. Unilever est une multinationale énorme, dont les activités et les branches sont très diversifiées. Même si les grandes décisions sont validées par la tête du groupe, les axes écologiques (ou anti-écologiques) d'une branche ne sont pas à mon avis uniquement décidés pour dissimuler les agissements d'une autre. Ils relèvent d'un véritable choix qui s'étale sur la durée. Qu'ils servent ensuite au développement et à une meilleure image du groupe ne me semble pas enlever la force de l'exemple et l'intérêt de la démarche. Il s'agit à mon avis d'une bonne décision de gestion intelligente. Concilier les enjeux économiques et l'environnement, c'est plutôt une bonne idée. Non ?

2. Quand bien même certaines politiques du groupe sont tout à fait critiquables, faut il pour autant taire les belles choses qui sont aussi réalisées par cette multinationale. Ne faut-il voir et vilipender que le sombre et taire le bien ? Je ne le pense pas et ça ne veut pas dire que je sois dupe ou rêveuse. J'essaye juste d'être objective :-)

3. Je n'ai aucune action dans Unilever, ni dans aucun autre groupe d'ailleurs ;)

Ecrit par : Miss You | 02 avril 2009

Miss,

La politique marketing d'une multinationale est toujours décidée au plus haut niveau de l'"exécutif" et ne doit rien au hasard.

Cette initiative, concernant la division "Lipton Teas", est d'ailleurs loin d'être purement philantropique. Elle contribue à donner une valeur ajoutée à la recherche de qualité des produits et à la fidélisation du "personnel". Un salaire de 85€ mensuel est sans doute "hors normes" pour un kényan, mais reste quand même une misère pour ceux qui, en échange, fournissent un travail extrêmement pénible et représente une infime partie du produit fini vendu en occident, dont la marge est considérable. Tout est relatif !

Ceci dit, ce n'est pas moi qui vilipenderai les multinationales, j'y ai fait toute ma carrière et m'en suis très bien porté !

Ecrit par : ramses | 02 avril 2009

"Cette initiative, concernant la division "Lipton Teas", est d'ailleurs loin d'être purement philantropique"

Nous sommes d'accord. C'est ce que je disais en précisant "il s'agit à mon avis d'une bonne décision de gestion intelligente. Concilier les enjeux économiques et l'environnement".

Cela enlève-t-il à l'initiative tout mérite ? je ne le pense pas :-)

Ecrit par : Miss You | 02 avril 2009

Pour apporter un peu d'eau au moulin, la société en question, je ne la connais pas. Ce que je connais mieux en revanche, ce sont les mines. C'est pour cela que la comparaison m'a parue évidente. Dans les compagnies minières aussi, l'avantage était vant tout pour les sociétés en créant ces dispensaires, écoles, en prévenant l'alcoolisme, etc. Cela étant, cela n'a pas empêché les gens, eux, nous, au final, de bénéficier à plus ou moins long terme de ces avancées sociales qui sont aussi des avantages certains dans les pays dans lesquels ils sont dispensés actuellement.

Je n'ai plus les références sous le coude, mais je peux les chercher. Ah ! Voilà ! Pour commencer, la compagnie des mines de Anzin : http://www.cathocambrai.com/page-30108.html c'était les premiers pas vers le mieux être des travailleurs...

anti

Ecrit par : anti | 02 avril 2009

Super lien, je ne savais pas que l'industrie minière avait été aussi innovante en matière de droits sociaux. Je ne connaissais que les maisons en briquettes rouges en ligne dans les villages du Nord et destinées à héberger les familles des mineurs. J'ignorais tout ce qui existait aussi autour en matière de santé et d'éducation.

Belle démonstration !

Ecrit par : Miss You | 03 avril 2009

Le combat des mineurs pour plus d'égalité sociale... C'est Germinal ?

Ecrit par : Catherine | 03 avril 2009

que les photos sont belles !!

Ecrit par : boudufle | 03 avril 2009

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