09 avril 2009
Non au délit de solidarité
Des milliers de personnes ont défilé hier dans 80 villes de France pour protester contre ce que le Réseau Education Sans Frontières (RESF) et d'autres associations appellent un délit de solidarité. Ils ont voulu dénoncer le nombre croissant de gardes à vue de personnes venant en aide aux sans-papiers.
Nous avons déjà abordé ce sujet sur le blog il y a quelques semaines, lorsque nous avons relayé un article de Rue89 sur le harcèlement incessant dont est victime Marie-Noëlle Gues, une militante de Calais qui prend depuis cinq ans des photos des arrestations de sans-papiers.
Ci-dessous, un entretien mené par le JDD avec Pierre Cordelier, porte-parole du RESF.
Eric Besson a assuré mercredi que "tous ceux qui aident de bonne foi un étranger en situation irrégulière doivent savoir qu'ils ne risquent rien"...
Eric Besson ment. Les menaces, les pressions, les intimidations, les brutalités policières, les mises en garde à vue, les poursuites devant les tribunaux - pour outrage et rébellion, entrave à la circulation des aéronefs, aide au séjour irrégulier, violence avec arme par destination sur agent de la force publique - ne cessent d'augmenter à l'égard de celles et ceux qui expriment, par des manifestations toujours pacifiques, leur solidarité concrète envers les immigrés dits clandestins. La solidarité est criminalisée. Le délit de solidarité existe dans les faits. Eric Besson le sait, il ment sciemment. Son lapsus délinquant-migrant(*) est révélateur.
(*)Interrogé sur France Inter mercredi, Eric Besson a parlé des candidats à l'immigration comme de "délinquants" avant de se reprendre.
Eric Besson s'inscrit-il dans la politique menée par Brice Hortefeux?
Le même Besson dénonçait en 2006, dans un rapport interne au Parti socialiste, "les effets dévastateurs de la politique menée depuis 2003: arrestations massives dans certains quartiers, placements en rétention à répétition de personnes non reconductibles, y compris les enfants...". Aujourd'hui, il dit ne pas avoir rédigé ce rapport. Mais il l'a signé, donc il en assume la responsabilité. Débauché depuis par un expert en traîtrise, traître lui-même, et sommé par le premier de faire aussi bien, sinon mieux que son prédécesseur Hortefeux au ministère de l'immigration et de l'Identité nationale, il ne peut que se vautrer dans l'indignité du rôle qui lui est assigné... et ne nous rassure en rien.
Nicolas Sarkozy a donné sa feuille de route à Eric Besson en matière d'immigration, qui prévoit notamment de limiter l'immigration de travail. Qu'en pensez-vous?
Depuis plus de trente ans, les conditions de vie et de séjour des étrangers sont de plus en plus difficiles. A chaque nouvelle loi - cinq depuis 2002 - à chaque nouveau texte, c'est le durcissement. Brice Hortefeux avait prévenu qu'il agirait dans son ministère "sans état d'âme", effectivement...
Vous parlez de "politique du chiffre"...
La liste est longue: honteuses rafles au faciès qui renvoient à des souvenirs non moins honteux, arrestations aux guichets des préfectures, centres de rétention remplis, appels à délation, enrôlement des agents des services publics (Inspection du travail, Assedic, Anpe, Sécurité sociale, travailleurs sociaux, Education nationale, La Poste...) dans le contrôle policier des étrangers, directive européenne - la circulaire de la honte - qui permet d'augmenter la durée de rétention à 18 mois, détention et éloignement des personnes vulnérables - femmes enceintes, personnes âgées, victimes de tortures - et des mineurs isolés, renvoi des étrangers dans un pays de transit...
C'est l'un des 'slogans' de RESF, "le chiffre tue"...
Aujourd'hui, en France, des gens vivent dans la peur. Des enfants ont peur que leur père ou leur mère ne rentre pas le soir à l'heure habituelle, après le travail. Certains se cachent. Des familles sont séparées, brisées. La peur et parfois... la mort. Quand on dit "le chiffre tue", ce n'est pas un slogan mais la réalité. Chulan Zhang Liu, 51 ans, se défenestre par peur de la police ; John Maïna, 19 ans, se pend après avoir reçu le refus ultime de sa demande d'asile ; Baba Traoré, 29 ans, se jette dans la Marne pour fuir un contrôle et meurt d'un arrêt cardiaque.
Comment qualifierez-vous la politique de Nicolas Sarkozy en matière d'immigration ?
Il faut donc qualifier cette politique, voulue par Sarkozy, mise en place par le gouvernement Fillon et menée hier salement par Hortefeux, aujourd'hui par Besson, lui aussi sans "état d'âme": c'est de la xénophobie d'État. Une politique indigne qui, en stigmatisant l'étranger, incite au racisme et au communautarisme. La conception d'une telle politique, l'élaboration de tels plans, l'organisation et la décision de ces stratégies d'expulsion ont pour conséquences des actions moralement répugnantes et entraîne la responsabilité des dirigeants de ce pays... et aussi la nôtre, citoyens de ce pays puisque conduite en notre nom. Et nous ne l'acceptons pas.
Source : Propos recueillis par Marianne ENAULT, leJDD.fr
Illustration : Affiche du film Welcome, de Philippe Lioret, sorti le 11 mars. Un maître nageur de Calais mis en examen après avoir hébergé un exilé kurde. Le film se fait l'écho de ces personnes, vivant en France, prêtes à enfreindre la loi pour cacher des enfants dont les parents sont menacés de reconduite à la frontière ou pour aider des étrangers en situation irrégulière.
11:00 Publié dans Tous des humains | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note






Commentaires
La différence entre les propos tenus par Besson (il était en interview hier et c'était pitoyable de mauvaise foi et d'hypocrisie) et ce qui se passe dans la réalité des actes policiers, dictés par Besson et son administration, est à vomir.
Une "aidante" interrogée hier expliquait qu'elle se rendait tous les jours dans le camp de réfugiés le plus proche de chez elle pour y porter du pain, des habits propres collectés à la messe, pour y récupérer les portables et les recharger chez elle avant de les restituer aux réfugiés. Elle avait fait l'objet d'une arrestation "musclée" alors qu'elle a une bonne cinquantaine d'années passée et vraiment pas la carrure à impressionner des hommes en armes.
Lors de sa garde à vue, elle a réalisé que son téléphone était sur écoute depuis plusieurs mois et l'intégralité de ses propos enregistrée. Malgré le choc de l'arrestation et de la garde à vue, elle continue ses visites aidantes.
Elle n'est pas passeur de clandestins, elle est seulement humaine et à l'écoute d'autres en profonde détresse.
Seule lueur d'espoir dans tout cet abject, à ce jour, aucun tribunal n'a condamné les personnes déférées pour avoir aider des réfugiès. C'est insupportable de devoir passer par toutes ces procédures et attendre que la Justice tranche, alors que l'évidence est là, sous les yeux de tous.
Ecrit par : Miss You | 09 avril 2009
Il y a quelques jours je suis tombée par hasard sur "welcome europa" (si je ne me trompe de titre) un documentaire d'Arte plus qu'édifiant, au coeur même de la misère des sans papiers. Ames sensibles s'abstenir car voir ces jeunes hommes raconter leurs rêves piétinnés, le visage ruisselant de larmes... On en ressort pas indemne. Alors après ça, voir Besson pérorer sur une autre chaîne... Nausée.
Ecrit par : Bloo et sie | 09 avril 2009
Le film "Welcome" dérange en haut lieu... C'est pour ça que Besson monte au créneau, en essayant de minimiser la portée de ses basses oeuvres. Mais la réalité est bien là. L'article L. 622-1 du CESEDA (Code d’entrée et de séjour des étrangers et droit d’asile), dit aussi "Sarkozy 2", prévient les "délits" aux "aidants" d'étrangers en situation irrégulière. Jusqu'à la sortie de ce film, peu de personnes étaient au courant de ces pratiques et il faut malheureusement reconnaître qu'une majorité de Français est bien en phase avec ces mesures de rétorsion...
Organiser l'immigration (comme le font les USA) est une chose; pourchasser les étrangers sur notre sol (qui souvent y résident depuis de nombreuses années, ont un travail, des enfants scolarisés et paient des impôts) en est une autre, qui nous rappelle les jours sombres de notre Histoire.
Vous faites un sale boulot, M. Besson, et en plus vous n'assumez pas...
Ecrit par : ramses | 10 avril 2009
Ben, j'suis contente ! Tiens ! En plus de craindre pour parler de l'accident de l'autre là, maintenant, j'vais vivre dans la crainte parce que j'ai encore donné une offrande à pauvre monsieur qui faisait la manche, un clandestin qui sait ?
Brrrr ! J'ai des relents de "Matin brun" qui me remontent !
http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2008/09/17/matin-brun-franck-pavloff.html
J'ai très envie d'aller voir ce film, "Welcome", très.
anti
Ecrit par : anti | 10 avril 2009
Pas mieux !
Tiens ça me rappelle certains maires qui se sont mis à déclarer la mendicité et le vagabondage illégaux et qui font virer par la police les SDF hors des limites de leur ville pour qu'elle soit plus "propre". En France, de nos jours.
Et je ne parle pas d'élus d'extrême-droite ! Sauf erreur de ma part, c'est Michel Crépeau, homme de gauche - honte à lui - qui a initié cette "mode" dans sa bonne ville de La Rochelle dans les années 80 parce que les SDF "enquiquinaient" les vieilles dames.
Ecrit par : Anna Galore | 10 avril 2009
Un article du Monde que je trouve intéressant en écho avec cette note et les commentaires qui s'y attachent :
Aide aux sans-papiers : "Il faut user du droit à transgresser"
Eric Besson, ministre de l'immigration et de l'identité nationale, avait été clair sur la question : pour lui, le "délit de solidarité", tel que le qualifient les associations d'aide aux sans-papiers, est un "mythe". Pas pour le PS, qui a déposé une proposition de loi visant à modifier l'article 662-1 du code d'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile selon lequel, "toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l'entrée, la circulation ou le séjour irréguliers, d'un étranger en France sera punie d'un emprisonnement de cinq ans et d'une amende de 30 000 euros".
Sans surprise, la proposition de loi socialiste a été rejetée, mardi 5 mai, par l'Assemblée nationale. Mais de son côté, la société civile se mobilise sur la question : plusieurs milliers de personnes s'étaient rassemblées, le 8 avril, dans quatre-vingts villes de France pour dénoncer ce "délit de solidarité". Autre initiative : celle du journal Siné Hebdo qui vient de lancer un "Manifeste des 144", à paraître dans son édition de mercredi. A l'initiative de l'humoriste Guy Bedos, du philosophe Michel Onfray, cent quarante quatre personnalités ont signé un texte réclamant l'abrogation de cette "loi qui criminalise l'entraide". Ces personnes publiques – dont Isabelle Adjani, Raymond Aubrac, Jean-Yves Lafesse, Gisèle Halimi ou Lilian Thuram – affirment "avoir aidé des sans-papiers ou être prêts à le faire" et demandent "purement et simplement" l'abrogation de l'article incriminé.
LA "PATHOLOGIE DE L'OBÉISSANCE"
"Ce qui est légal peut être immoral, l'histoire de France l'a déjà prouvé", justifient les "144". Parmi eux, le médecin Boris Cyrulnik, surtout connu pour ses travaux sur la résilience, qui se sent personnellement touché par la question. Né dans une famille juive en 1937, M. Cyrulnik ne doit son salut qu'au courage d'une poignée citoyens qui l'ont caché pendant la seconde guerre mondiale. "Si les gens avaient respecté la loi, je serais probablement mort. Je dois ma vie a des gens qui n'ont pas respecté la loi de Vichy", explique-t-il. Il s'est donc joint à l'appel pour, entre autres, mettre en garde contre les dérives éventuelles d'une telle loi et le risque de tomber dans une "pathologie de l'obéissance". "Il faut user du droit à transgresser", ajoute-t-il.
L'article 662-1 "ne présente pas un risque au niveau de la population, il ne mènera pas au fascime", reconnaît cependant M. Cyrulnik. "Mais individuellement, cela a déjà mené à des dérives", rappelle-t-il. "Des amis à moi ont été embêtés, pénalisés pour avoir aidé des gens en difficulté dont le seul crime était d'être étranger." "Je serais malheureux et honteux de ne pas aider des gens qui meurent à côté de moi alors qu'ils n'ont commis aucun crime", raconte M. Cyrulnik, membre du comité de parrainage de la coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence.
Par ailleurs, il estime que l'intérêt économique de la France entre en ligne de compte et regrette qu'"on ne puisse pas aider ces gens qui n'émigrent que parce qu'ils espèrent travailler".
http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/05/05/aide-aux-sans-papiers-il-faut-user-du-droit-a-transgresser_1189318_3224.html
Ecrit par : Miss You | 06 mai 2009
Avis aux personnes ayant Canal + : Ce soir, comme hier, la chaîne diffuse le merveilleux film "Welcome" de Philippe Lioret :
http://www.premiere.fr/film/Welcome
A ne pas manquer.
anti
Ecrit par : anti | 09 mars 2010
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