27 avril 2009

Quand Mandalay se fait folle ville d’eau

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Dès les premiers galops du matin, à l'heure où les bonzes en robe lie de vin, partis pieds nus par les rues en quête de leur pitance quotidienne, s'en reviennent aux monastères de Mandalay et de ses faubourgs, commence un phénoménal jeu de l'arroseur arrosé.

Tasse, cuvette, bassine, bouteille en plastique, tuyau d'arrosage voire pompe à incendie, tout est bon pour arroser tous ceux qui passent. Qu'ils soient à pied, à deux sur une bicyclette, à trois sur une mobylette, ou à une trentaine debout serrés sur la plateforme d'un pick up. Que l'on soit bien sapé ou pas, riche ou pauvre, homme ou femme, vieux ou jeunes, la Birmanie -ou Myanmar- a un peuple très jeune.



On avance mouillé. A peine sec, un nouveau déluge s'abat, ce n'est pas désagréable par une chaleur qui excède les 30 degrés, c'est résolument festif. Plus on est mouillé, plus on rit, plus on fait le fou. Le sommet de la folie est atteint au pied des estrades dressées spécialement pour l'occasion par la municipalité, des hôtels, des firmes qui en profitent pour faire leur pub.

Sur l'estrade, des dizaines de tuyaux d'arrosage agrémentés d'une sono d'enfer diffusant les tubes en vogue. En bas, dans un déluge de flotte, ça danse, ça se trémousse, ça chante, ca arrose tant et plus.

Il n'est pas rare que les rues deviennent des torrents en milieu de journée. Les pick up chargés de grappes humaines font la queue (embouteillages monstres sur les grandes artères de la ville) pour recevoir cette pluie à haut débit. A la tombée du jour, cela se tasse.
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Le soir, c'est l'heure des concerts disco-rock sur les plus grandes estrades autour du palais de Mandalay. Le lendemain matin on remet ça. Trois jours durant. On arrose et on se fait arroser. Trois jours fous. Plus fous à Mandalay qu'ailleurs dit-on, dans cette capitale des temps anciens avec son "Palais des miroirs" dont Amitav Ghosh a écrit une belle saga.


Et la dictature dans tout ça ?

C'est d'autant plus fou qu'on a évidemment en tête l'image d'un pays tenu par une poignée de militaires qui pillent sans vergogne le pays et le tiennent sous la botte. Qu'on pense à l'image de cette frêle femme qu'est Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, assignée à résidence ; s'y superpose l'image d'une dictature privant l'opposition de tout moyen d'expression. Et puis chacun a en mémoire les manifestations de bonzes dans les rues de Yangon et la répression qui s'en est suivi.

Le temps d'un étrange carnaval, tout cela semble être mis entre parenthèses. Les jeunes crient leur envie de vivre, se travestissent, se griment en monstres, se décolorent les cheveux, se font un look iroquois ou punk. La bière aussi coule à flot.
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Cette authentique forme carnavalesque avec son lot de renversement de valeurs et ses transgressions constitue les trois premiers jours du nouvel an bouddhiste en Birmanie (mais aussi dans d'autres pays d'Asie comme la Thaïlande) chaque année en avril.


Une fête de purification

A l'origine, cette fête de l'eau (« thimgyam ») était plus modeste : on se contentait d'asperger les individus avec un rameau d'arbre sacré (l'eugenia) trempé dans une eau bénéfique. Fête de purification bien sûr, qui liquide les mauvaises choses de l'année écoulée. La purification est tout simplement passée à la vitesse supérieure, de là à penser que les moyens mis en œuvre sont proportionnels au poids de saletés dont le pays doit être chaque année lavé…

Le quatrième jour, on ne s'asperge plus, on va dans les pagodes -dans la paya Shwedagon à Yangon, la plus célèbre, on se croirait dans le métro aux heures de grande affluence- offrir des fleurs au bouddha, le nettoyer en le frottant avec de l'eau parfumée.

Extraits de Rue89



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Commentaires

Super intéressant.

Effectivement, c'est le rôle ancestral du carnaval que de permettre à ceux qui sont les plus démunis de se lâcher pendant quelques heures (trois jours ici) avant de revenir à leur état d'oppression et de misère habituelles. Les plus anciens carnavals ont été créé sous des dictatures ou, du moins, des régimes autocratiques très musclés. Il n'est donc pas si surprenant que ça de voir qu'une telle tradition persiste en pleine dictature dans ce pays.

Ecrit par : Anna Galore | 27 avril 2009

Intéressant ce rituel qui ressemble à nos rameaux. La purification avant la nouvelle période de fertilité... Le mot carnaval signifie littéralement « retirer la chair ». C'est la période qui marque la fin de la semaine grasse. On ne va plus manger de viande. On va faire maigre. Intéressant cette chair qui se retire comme la chair quitte les os dans la légende de Hiram.

Les rameaux : http://lecheminsouslesbuis.wordpress.com/2009/04/05/des-rameaux-pour-la-fertilite/

anti

Ecrit par : anti | 27 avril 2009

Je me rends compte que mes voyages m'ont toujours mené à l'ouest, au nord ou au sud, jamais à l'est... C'est une lacune que j'espère combler un jour, tant les découvertes que j'ai faites sur ce blog sont passionnantes et donnent envie de découvrir de nouveaux horizons.

Ecrit par : ramses | 27 avril 2009

Oui, je ressens exactement la même chose. Plus nous parlons ici de toutes ces choses merveilleuses et plus l'envie est forte d'aller un jour les contempler en vrai.

Ecrit par : Anna Galore | 27 avril 2009

Finalement le nom de l'hébergeur est tip top adapté :-)

"Casimir, les bagages" !!

Ecrit par : Miss You | 27 avril 2009

Bien vu ! Blog de voyage... Trop bien... A croire qu'il n'y a aucun hasard.

anti

Ecrit par : anti | 27 avril 2009

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