14 mai 2009
Comrade Fatso, poète zimbabwéen
A l’occasion de la remise du Prix Albert Londres pour l'année 2009 attribué à la très jeune journaliste Sophie Bouillon, je découvre, à travers l'un de ses portraits, un poète : Comrade Fatso.
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Comrade Fatso brandit son micro
lorsque son président, Robert Mugabe, brandit le poing de la révolution.
C’est un poète moderne, un slameur qui monte sur scène,
dans les bars de la capitale Harare, pour chanter son opposition au régime
.lorsque son président, Robert Mugabe, brandit le poing de la révolution.
C’est un poète moderne, un slameur qui monte sur scène,
dans les bars de la capitale Harare, pour chanter son opposition au régime

Né en 1980 à Harare, la capitale du Zimbabwe, Samuel Farai Monro part faire ses études à Londres et à Montpellier, où il apprend le Français. Après quatre années passées en Europe, il décide de rentrer au Zimbabwe, pour «mener la lutte de la liberté et de l’égalité».
À son arrivée en 2002, la réforme agraire menée par Robert Mugabe se durcit, entraînant les foudres de la communauté internationale. La crise économique ternit le pays, l’inflation galope, la pénurie alimentaire commence. En 2002 déjà, les élections qui portent Robert Mugabe au pouvoir pour son cinquième mandat se déroulent dans un climat extrêmement violent.
Six ans plus tard, Samuel Farai s’appelle Comrade Fatso.
Et il est devenu l’un des plus grands poètes du pays, internationalement reconnu. Son blog, repris par les médias étrangers, est devenu le symbole de la lutte contre le pouvoir zimbabwéen.

(crédit photo www.photos.mg.co.za)
Il y décrit les rues remplies de chômeurs, les militaires, «l’espoir, la colère, la résistance, la tristesse. Puis l’espoir encore» des dernières élections du 29 mars, où Robert Mugabe s’accroche au pouvoir comme à son dernier souffle.
Samuel Farai Monro est blanc. Un détail qui n’en est pas un dans l’ancienne colonie britannique, qui a décidé de faire la guerre aux injustices héritées de l’histoire. Sa couleur de peau peut surprendre dans un pays, où les Blancs ne sortent ni de leur voiture ni de leur ferme.
Mais le poète se revendique avant tout comme Zimbabwéen. Il parle Shona, la langue traditionnelle africaine, une ouverture d’esprit rare dans ces pays d’Afrique australe. Son personnage, son nom et sa musique incarnent cette double culture, ce double héritage que personne, au Zimbabwe, n’a jamais réussi à assumer. On déteste les Anglais, mais on soutient l’équipe d’Arsenal. Les Blancs, eux, se revendiquent fièrement Africains, mais ne se mélangent pas aux «locaux».

(crédit photo www.trinityhiphop.org)
Dans ses slams, Comrade Fatso revendique l’héritage de la musique traditionnelle, malgré sa couleur de peau. Il mixe Anglais et Shona. Il associe hip-hop, jazz et mbira, l’instrument ancestral. Il s’inspire du célèbre poète zimbabwéen Dambudzo Marechera, mort en 1987. Certains y verront une pure provocation. Noir, exilé à Londres, Marechera écrivait sa haine contre Ian Smith, fondateur de l’Etat raciste de l’ancienne Rhodésie du Sud.
Quelques poèmes de Comrade Fatso (en anglais)
et parmi eux :
MaStreets
« You wanna chain me, you wanna contain me
You wanna chop off my head and de-brain me
You want me to develop this « Yes Comrade » mentality
All in the name of your supposed unity.
Well, listen shamwari, my mind decides to be free
So through you control the police, the army, the TV and most society
You can’t control the hearts of humanity
You can’t control the desire for equity
Cos you can beat our bodies but our minds will be free
I said you can beat our bodies but our minds will be free. »
« Vous voulez m’enchaîner, vous voulez me retenir
Vous voulez me décapiter, nettoyer mon cerveau
Vous voulez que j’adhère à cette mentalité du « Oui Camarade »
Au nom de votre soi-disant unité.
Et bien, Shamwari, Monsieur, mon esprit a décidé de rester libre
Même si vous contrôlez la police, l’armée, les médias, et la majorité de la population
Vous ne pouvez contrôler le cœur de l’humanité
Vous ne pouvez contrôler le désir d’égalité
Parce que vous pouvez frapper nos corps, mais nos esprits resteront libres,
J’ai dit : vous pouvez frapper nos corps, mais nos esprits resteront libres. »
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Deux autres articles de Sophie Bouillon sur le blog de XXI "Un regard neuf sur le monde" :
• Le Zimbabwe compte ses morts et ses dollars
• Zimbabwe, les regrets de Percival

(Crédit photo www.leblogde21.com)
Miss You
15:30 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs, Tous des humains | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note






Commentaires
Comrade Fatso est courageux, mais il finira sans doute très mal, dans le plus grand désintérêt international...
J'attends le jour où l'on s'attaquera vraiment aux dictateurs... Regardez Omar al-Bashir, "chef" d'Etat soudanais... Inculpé par la CPI pour crimes de guerre, avec un mandat d'arrêt international, il se ballade tranquillement à l'étranger, sans que quiconque l'intercepte... On a été moins regardant avec Milosevic, on a été le chercher chez lui !
Ecrit par : ramses | 15 mai 2009
"Comrade Fatso est courageux, mais il finira sans doute très mal", j'espère que non bien sur, mais si c'était le cas, j'ai l'espoir que quelqu'un reprenne son "combat" et continue à faire entendre une voix de liberté dans ce pays maintenu sous le joug.
A lire pour avoir une idée du quotidien zimbabwéen, l'article de Sophie Bouillon "les regrets de Percival".
Ecrit par : Miss You | 15 mai 2009
La liberté d'Omar El Beshir est un scandale, en effet. Il finira par tomber, cependant, tôt ou tard.
Ecrit par : Anna Galore | 15 mai 2009
Quand Omar El Beshir s'est rendu au sommet de Doha, au Qatar, il y avait un projet français d'interception de son avion en vol, sans doute à partir de notre base de Djibouti. Là encore, nos intérêts économiques ont eu raison de nos engagements internationaux... C'est la crise, on a besoin de l'Arabie Saoudite et des Emirats ! Le génocide au Darfour peut se poursuivre, le dictateur sanguinaire mourra dans son lit, de sa belle mort !
http://www.ambafrance-sa.org/france_arabiesaoudite/spip.php?article1392
(lire "Informations prioritaires - Soudan")
Ecrit par : ramses | 15 mai 2009
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