25 mai 2009

"Le Ruban blanc", la Palme d’or

Hier soir, nous étions sans doute nombreux à suivre la Cérémonie de clôture du Festival de Cannes ou, en tout cas, à écouter les résultats du choix du Jury dans les différentes catégories.

Ca m'a donné envie de vous parler aujourd’hui du film de Michael Haneke « Le ruban blanc », qui a obtenu la Palme d'or.

Peut-être apportera-t-il un début de réponse à la question que nous posons régulièrement sur ce blog : Pourquoi et comment peut-on arriver à un tel rejet de l’autre qu’on en vienne à lui souhaiter le pire ?


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Date de sortie : 21 Octobre 2009
Réalisé par Michael Haneke
Avec Christian Friedel, Ernst Jacobi, Leonie Benesch, …
Film autrichien, allemand, français, italien.
Durée : 2h24.
Titre original : Das Weisse Band



Le synopsis

Un village protestant de l'Allemagne du Nord à la veille de la Première Guerre mondiale (1913/1914). L'histoire d'enfants et d'adolescents d'une chorale dirigée par l'instituteur du village et celle de leurs familles : le baron, le régisseur du domaine, le pasteur, le médecin, la sage-femme, les paysans... D'étranges accidents surviennent et prennent peu à peu le caractère d'un rituel punitif. Qui se cache derrière tout cela ?






Une critique

Un village de l'Allemagne du Nord protestante, à la veille de la première guerre mondiale. D'étranges événements y surviennent, à propos desquels "bien des questions restent sans réponse", nous dit le narrateur, un ex-instituteur devenu vieux.

(…) Le médecin du village est un beau jour victime d'un accident de cheval, une chute provoquée par un fil invisible tendu entre deux arbustes, qui disparaît aussi mystérieusement qu'il est apparu. Qui a posé ce fil, qui l'a retiré ? Cet incident est suivi de plusieurs autres, d'autant plus traumatisants qu'inexpliqués. Mort brutale d'une paysanne, saccage d'un potager, kidnapping d'un jeune handicapé... Préjudices dont les coupables restent inconnus.

(…) Chacun se fera sa petite idée, et Haneke distille au moins un indice déterminant. Une scène où un colibri est délicatement extirpé de sa cage d'appartement et sauvagement trucidé au ciseau. Le film est affaire d'atmosphère (pesante), de rapports sociaux (tendus), d'éducation (rigide), d'institutions (contestées). Le ruban blanc ? C'est un symbole de pénitence, le blâme public et l'emblème d'une épreuve de rachat qu'inflige le pasteur à deux de ses enfants, les aînés, après leur avoir asséné des coups de verge. Pour l'exemple, Klara et son frère doivent porter ce ruban blanc, symbole de pureté, elle dans ses cheveux et lui à son bras.

(…) Nous sommes là au cœur du sujet. Dans cette campagne où nul ne peut ignorer qui possède le pouvoir, où nul ne doit transgresser les interdits, le ciel semble peser des tonnes, même en été. Les saisons passent, les moissons succèdent aux jours de neige, les habitudes demeurent, qui condamnent le régisseur et les paysans à être dévoués au baron, les enfants du pasteur à dormir attachés dans leur lit pour ne pas succomber à des tentations blâmables, la sage-femme à subir les caprices sexuels de son voisin veuf, le médecin, et à se faire brutalement renvoyer avec d'humiliantes invectives ("Tu es laide, négligée, la peau flasque, l'haleine fétide...").

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Le Ruban blanc est l'évocation des sévices qu'une société d'adultes, notables, puritains, rigoristes, inflige à ses femmes, ses enfants, ses administrés. C'est l'inventaire des caprices et des châtiments perpétrés par des fous d'autorité, fous d'ordre, de censure. Allant jusqu'au viol et à l'inceste (le médecin congédie la sage-femme pour s'en prendre à sa propre fille), ces abus génèrent haine de soi et rituels punitifs : voilà l'explication des événements qui troublent le village. Il s'agit de "punir la faute des pères sur les fils".

Mais encore ? On n'en dira pas plus. Sinon qu'Haneke, qui termine son film par l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo et la déclaration de guerre, dénonce les sociétés répressives, celles qui cultivent brutalités, malveillances, jalousies, menaces et vengeances perverses, comme génératrices de fascismes et de totalitarismes.

Exemple de cette terreur régnant sur les populations : l'instituteur emmène sa fiancée en promenade sur une carriole et quitte la route, s'engage sur un sentier afin de trouver une clairière pour un pique-nique ; les deux amoureux viennent d'échanger un baiser, mais, en dépit de son désir, la belle Eva est si anxieuse de voir l'escapade virer aux choses défendues qu'elle exige un retour sur la voie officielle. Instant glaçant.

(Extraits de l’article du Monde "Le Ruban blanc" : violence et boucles blondes dans l'Allemagne puritaine)





Souvenez-vous :

Anéantissement
Afghanistan : gazage d'écoles pour filles
La vague
Homophobie : tristes chiffres !
Tyrol : pas de chambre pour les juifs
Les 400 femmes assassinées de Ciudad Juarez
Triste avril chez les Roms
Matin brun - Franck Pavloff
Encyclopédie des crimes de masse
Tibet, la Chine confirme avoir réprimé une manifestation de moines



Miss You

Commentaires

Ce film a l'air magnifique, à en juger par les courts extraits. Mais pourquoi ne le sortir en salle que dans 5 mois ?

Miss, excellente idée de rappeler toutes ces notes ayant trait à des actes liberticides... ou pires.

Rien de nouveau, hélas, sous le soleil de Satan...

Ecrit par : ramses | 25 mai 2009

Je me suis posée la question aussi, et comme le film est monté, c'est peut être une question de gestion des salles : un film palme d'or, ça doit être largement distribué (enfin j'espère).

Le triste Ramsès, c'est que la liste des notes n'est pas exhaustive. Et, si en effet, il n'y a rien de neuf sous le soleil de Satan, on n'a pas d'autre choix que d'être d'autant plus vigilant, doublement : pour signaler les horreurs bien sûr et aussi pour signaler chaque fois que l'humain nous donne raison de croire en lui.

Le premier extrait m'a particulièrement touché.

Ecrit par : Miss You | 25 mai 2009

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