25 mai 2009

Ruée sur les meilleures terres d’Afrique

Un rapport que je trouve terriblement inquiétant...

champs.jpg


Les investisseurs internationaux jettent leur dévolu sur les terres agricoles – les meilleures et les mieux irriguées. Elles constituent pourtant le moyen de subsistances des populations locales. Mais les gouvernements font peu de cas de celles-ci.

Ce phénomène vient, pour la première fois, d'être analysé en détail dans huit pays africains, par des experts de l'Institut international de l'environnement et du développement (IIED), en collaboration avec deux institutions de l'ONU, le Fonds international de développement agricole (FIDA) et l'agence pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

Intitulé "Accaparement des terres ou opportunité de développement ?", leur rapport, publié lundi 25 mai, appelle à la consultation des populations rurales menacées et à une meilleure prise en compte de leurs intérêts dans les transactions. Il souligne un manque de transparence constant dans les processus de décision et les circuits d'investissement. De quoi alimenter les craintes de corruption ou de transactions contraires à l'intérêt public.

Le rapport confirme l'accroissement des transactions à grande échelle. En cinq ans, en Ethiopie, au Ghana, au Mali, à Madagascar et au Soudan, ce sont 2,41 millions d'hectares sur lesquels les investisseurs se sont rués. Les droits sur les terres sont très bas : dans le nord du Soudan, le feddan (0,42 hectare) est loué entre 2 et 3 dollars par an. En Ethiopie, l'hectare est évalué entre 3 et 10 dollars.

Les contrats examinés sont presque tous "courts et simples, comparé à la réalité économique de la transaction", note le rapport. Les engagements en terme de création d'emploi ou d'infrastructures, pourtant essentiels, sont vagues, et la question de la répartition des récoltes entre exportations et consommation locale pas vraiment évoquée.
verth.png
Surtout, les populations concernées sont tenues à l'écart des négociations et les données sur la superficie ou la nature des contrats ne sont pas publiques. Si les transactions commerciales privées peuvent demander une certaine confidentialité, "le manque de transparence paraît problématique" quand il s'agit de discussions entre gouvernements.

"Cette absence de dialogue est un problème. Dans toutes nos actions, nous nous attachons à ce qu'il y ait un consentement libre et informé des populations quand il est question de ressources naturelles", explique Jean-Philippe Audinet, directeur de la division des politiques au FIDA, qui regrette de voir des gouvernements préférer "le business au développement".

Faut-il pour autant condamner ces acquisitions – ou plutôt ces concessions, car il s'agit rarement de ventes ? IEED, FIDA et FAO ne sont pas si catégoriques. "Le phénomène existe et il est massif. Il faut faire en sorte que ses effets soient positifs et ses dégâts minimes", estime Paul Mathieu, expert foncier à la FAO. "Tout dépend des termes de la négociation et de l'implication des acteurs, qui ne doivent pas inclure seulement les investisseurs et les Etats", estime l'un des auteurs, Lorenzo Cotula (IIED).

Si l'accaparement de terres peut choquer, surtout dans des zones importatrices de denrées, les trois institutions veulent aussi y voir l'occasion, pour ces pays, de rendre leur agriculture plus productive.

Les rapporteurs mettent cependant les investisseurs - et tout autant les Etats - devant leurs responsabilités. "Les efforts pour attirer les investissements de grande échelle ne doivent pas détourner l'attention sur les besoins d'améliorer la sécurité des populations locales", jugent ainsi les auteurs.

Ils invitent les investisseurs à communiquer sur leurs véritables intentions dès le début des transactions. Concernant les pays hôtes, ils leur recommandent de clarifier leur politique en matière d'accueil d'investissements, de mettre l'accent sur le partage des bénéfices, de réorienter les transactions vers la qualité, et non plus la quantité. Ils demandent la publication de toute décision et le respect des droits fonciers locaux.

Car pour les auteurs, le phénomène va s'accentuer, entraînant des transformations économiques et sociales en Afrique et ailleurs. Ce qui se joue là aura donc de fortes implications pour l'avenir de l'agriculture mondiale, où "l'agribusiness" pourrait encore plus dominer.

(Laetitia Clavreul)


cereales.jpg



Egalement sur le blog :

Effet boomerang chez Monsanto
Non aux OGM
Plus noir que vous ne le pensez
Monsanto : Champs stériles en Afrique du sud
Comment nourrir un monde de villes ?
963 millions de personnes souffrent de la faim
Graines de discorde
Repenser demain
Les raisons de la colère
Bientôt un tsunami alimentaire ?
Le grenier de la planète


Miss You

Commentaires

Très inquiétant, effectivement.

Il s'agit d'une nouvelle forme d'esclavage, très répandue dans toute l'Afrique, dont tous les "dictateurs chefs d'Etat" tirent profit. Il ne faut pas chercher plus loin l'explication d'un PIB par habitant ridiculement bas, dans un pays comme l'Ethiopie, pourtant grand producteur de café réputé. Par le biais de ces "affermages", les récoltes n'appartiennent plus aux propriétaires, mais à ceux qui leur "louent" la terre. Les mêmes qui nous demandent de nous excuser de la colonisation !

Ecrit par : ramses | 25 mai 2009

Scandaleux et infiniment triste...

Ecrit par : Anna Galore | 25 mai 2009

Effroyable incohérence, l'Afrique aux populations si pauvres, aux terres parfois si riches, affamée par ses dictatures et des multinationales avides.

Ecrit par : Miss You | 25 mai 2009

Écrire un commentaire