30 mai 2009
Les droits des indigènes restent trop peu respectés

Près de cinq mille représentants de communautés indigènes des Amériques sont réunis depuis vendredi 29 mai à Puno, dans le sud-est du Pérou, pour un sommet continental décidé à faire avancer leurs droits.
Sophie Baillon, porte-parole de l'ONG de défense des indigènes Survival, revient sur des situations qui varient beaucoup d'un pays à l'autre.

La situation des Indiens en Amérique, et particulièrement en Amérique du Sud a évolué ces dernières années. Sont-ils désormais mieux considérés par les gouvernements ?
Il y a vraiment une prise en compte et une résurgence de la culture et de l'identité indigènes depuis quelques années en Amérique du Sud. La prise de conscience vient à la fois des peuples indigènes eux-mêmes et des gouvernants.
Les Indiens ont demandé à ce qu'un statut particulier leur soit reconnu au sein de la société dominante dans laquelle ils vivent. Les gouvernements ont pris des mesures législatives nationales et internationales dans ce sens. Des pays comme le Brésil, le Pérou ou le Paraguay, entre autres, sont signataires de la Convention 169 de l'Organisation internationale du travail, qui reconnaît les droits des peuples tribaux.
Mais leurs droits restent trop peu respectés. Par exemple, le Pérou vient de connaître de nombreuses manifestations car une société pétrolière franco-britannique, Perenco, a décidé d'exploiter une énorme concession dans le nord du pays, alors qu'il s'y trouve de nombreux groupes d'Indiens isolés qui sont opposés au projet.
La situation des peuples indigènes varie beaucoup d'un pays à l'autre...
Il y a en effet une grande disparité parmi tous les peuples indigènes. Nous travaillons en particulier sur la situation des indiens isolés, car ce sont ceux qui sont les plus vulnérables et les moins représentés. Ils n'ont aucun écho sur la scène internationale.
L'an dernier, la diffusion de photographies d'un groupe isolé au Brésil avait mis en lumière leur situation, mais leurs droits n'en sont pas plus respectés. Ils sont toujours en train de fuir, ou sont restreints à des territoires de plus en plus réduits. Dans trop de pays, ils sont encore considérés comme des citoyens de seconde zone. Au Brésil, par exemple, ils restent considérés comme mineurs toute leur vie.
Quelles sont les principales menaces qui pèsent sur eux ?
Elles sont variées mais se concentrent sur la question de la terre. Il peut s'agir de l'exploitation forestière, pétrolière, minière, de l'élevage de bétail qui envahissent le territoire des Indiens et le détruisent complètement. A chaque fois, c'est un désastre humain et écologique.
Cela peut mener à des confrontations violentes entre les groupes en présence, et entraîner la mort de nombreuses personnes. Le rapport de force entre Indiens et orpailleurs, par exemple, se fait en faveur de ces derniers, qui disposent souvent de fusils ou de mitraillettes.
Que répondez-vous à ceux qui opposent aux droits territoriaux une certaine vision du progrès ?
Malheureusement c'est un des principaux arguments pour les assimiler à la société dominante et envahir leur territoire, les traiter de "primitifs" et leur apporter "le progrès". Alors que c'est à eux de choisir s'ils veulent ou non appartenir à la société dominante de leur pays. Chacun a sa vision du progrès et du développement.

Les peuples indigènes ont évolué autant que nous avons évolué, ils n'ont simplement pas pris le même chemin que nous. Petit à petit, on se rend compte de la nécessité de leur savoir-faire. Au niveau international, on peut de moins en moins dissocier la question de la préservation de l'environnement de celle des peuples indigènes. Ils sont les premiers gardiens de ces territoires et sont les premières victimes de leur destruction écologique.
(Le Monde)
Miss You
11:30 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs, Tous des humains | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note






Commentaires
J'ai un souvenir d'un voyage au Mexique, il y a 25 ans. Des amis mexicains m'avaient expliqué que le mot "indio" (indien) était utilisé comme une insulte en jouant sur sa ressemblance avec le mot "idiot" (je ne sais plus comment ça se dit en espagnol, mais très proche du français). Tout était fait pour qu'ils se sentent méprisés et inférieurs. La situation a dû évoluer depuis - je l'espère - mais elle est révélatrice.
Ecrit par : Anna Galore | 30 mai 2009
J'espère et je crois que la situation a évolué mais il y a encore beaucoup à faire avant qu'ils soient respectés et reconnus comme les occupants légitimes de leurs terres.
Je pense bien sur aux Kogis http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2009/05/04/le-magazine-geo-et-les-kogis.html et de façon générale à tous les peuples dont les droits semblent incompatibles avec l'avidité de l'homme moderne (déforestation, narco-trafficants, culture à outrance...) http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2009/05/06/les-tarahumara-victimes-du-serpent-a-mille-tetes.html
Ici aussi, le pot de terre contre le pot de fer...
Ecrit par : Miss You | 30 mai 2009
J'ai rencontré les indiens de la Vallée du Chiapas, lors de mon voyage au Mexique en novembre 92. C'est un peuple qui a beaucoup souffert, fier de ses traditions et méprisé du reste de la population. Je n'ai pas l'impression que ça ait beaucoup changé...
http://www.revemexicain.com/chiapas_mexique.php
Ecrit par : ramses | 30 mai 2009
"Que répondez-vous à ceux qui opposent aux droits territoriaux une certaine vision du progrès ?"
Que c'est nul. Mon Dieu ! Que c'est nul comme argument ! Vision du progrès ou du développement qui devrait être le même pour tous. Beurk !
Je trouve que ces rassemblements sont un bon signal malgré tout. L'expression, puis la reconnaissance et enfin, dans un avenir que je souhaite proche : les solutions réelles !
anti
Ecrit par : anti | 30 mai 2009
J'ajoute que la "certaine vision du progrès" est en fait un euphémisme hypocrite pour justifier un vol pur et simple des territoires en question. Vous vous voyez expliquer à votre voisin que vous allez lui prendre son appartement ou sa maison en raison de votre vision du progrès ?
Ecrit par : Anna Galore | 30 mai 2009
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