12 juin 2009

« Je suis un journaliste en enfer »

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J’ai lu hier soir ce témoignage et j’en ai aimé les mots, leur force, leur retenue aussi, leur humanité.

Mon intention n’est pas de discuter du bien-fondé ou non de la condamnation, mais simplement d’apporter un regard de l’intérieur sur les couloirs de la mort et, plus largement, sur les conditions des détenus à de longues peines.

Il s’agit d’un article rédigé pour l'association Reporters sans frontières le 23 mai 2009 par Mumia Abu-Jamal, condamné à mort en Pennsylvanie en 1982 et icone des partisans de l'abolition de la peine de mort depuis de nombreuses années. L'an dernier, une cour d'appel fédérale a commué sa peine en prison à perpétuité.



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J'ai fait mes débuts dans le journalisme en tant que reporter, chargé du logement au sein d'une station de radio locale, affiliée à NPR (National Public Radio).

A Philadelphie, l'une des plus vieilles villes des Etats-Unis, les problèmes de logement étaient alors très nombreux : on pouvait parler d'un délabrement généralisé, surtout dans les quartiers où vivaient les Noirs, les Portoricains et les Blancs les plus démunis.

Lorsque je me repenche sur ces années, (…) impossible d'oublier la manifestation contre les mauvaises conditions d'habitat organisée par les locataires d'une résidence de Southwest Philadelphia, une partie de la ville que j'avais jusque-là maintes fois longée en voiture sans oser m'y aventurer…

(…) En repensant à cet événement aujourd'hui, je réalise que le sujet n'était pas, en soi, le logement. Le sujet, c'était la résistance. C'est cela qui donnait du sens à cette histoire symptomatique de ce que vivent les gens de la classe ouvrière, qui affrontent, au quotidien, des conditions de vie injustes et inacceptables.

De nombreuses années plus tard, au fond de ce que j'appelle l'American House of Pain (ma prison), ce serait mon lot.


Choses vues dans le couloir de la mort

Les milliers de personnes incarcérées autour de moi pourraient chacune faire l'objet d'un reportage : sur les raisons les ayant conduites en prison ou, bien plus souvent, sur les procédures utilisées pour leur condamnation.

(…) En 1995, j'ai fait l'objet de sanctions pour m'être « adonné à des activités de journaliste ». Il m'aura fallu des années de lutte contre le système judiciaire, dont plusieurs semaines de présence dans une salle d'audience, assis avec des chaînes serrées à en faire enfler et saigner mes chevilles, pour faire enfin admettre que le 1er amendement de la Constitution américaine protège de telles activités (ce fut l'affaire Abu-Jamal contre Price). Je ne regrette nullement ce combat.

Pendant longtemps, pour rédiger mes articles, j'ai été contraint de les écrire sur un bloc-notes, avec un stylo ou parfois même avec un simple tube de 10 centimètres en plastique souple et transparent, c'était comme si j'écrivais avec une nouille.
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Deux de mes livres ont été écrits avec de tels instruments, puis envoyés à des amis ou à des éditeurs pour les faire taper.


Pas d'ordinateur ni de cassette en prison

Les ordinateurs n'ont pas encore fait leur entrée dans le monde carcéral (ou, tout du moins, pas en Pennsylvanie). Je suis souvent amusé de recevoir des lettres de personnes bien intentionnées qui me donnent spontanément leur adresse de courriel ou de site Web.

J'en conclus qu'elles pensent que je dispose, là, dans ma cellule, d'un ordinateur personnel, ou que cette prison propose aux détenus des points d'accès à l'Internet. Pas du tout.

Ici, il n'y a ni ordinateurs, ni I-pod, ni CD, ni cassettes (l'ironie est que l'on peut acheter des lecteurs de cassette à l'intendance ! ).

Nous ne sommes guère que des dinosaures qui vivons dans un autre temps, figés dans une ère où nous faisons "sans".


Découverte d'un téléphone portable : "Ça sert à quoi ce truc ? "

Un détenu surnommé Amin (Harold Wilson), qui avait été acquitté lors d'un nouveau procès sur des accusations de meurtre non fondées, a été libéré après deux décennies passées dans le quartier des condamnés à mort. (…)

Un détenu portoricain qui avait été libéré de la même prison au même moment a été si touché par l'expression de désarroi sur son visage qu'il lui a offert son téléphone portable. Amin a regardé en plissant les yeux le petit appareil au creux de sa main et a demandé : « Ça sert à quoi, ce truc ? »

Il n'avait aucune idée de la façon de faire marcher cet étrange objet car il n'en avait jamais vu ou tenu un auparavant. Plus tard, il m'a dit : « Oh la la, on aurait dit un gadget directement sorti de Star Trek ! »

(…) Je "couvre" un univers caché que même les journalistes les plus intrépides ne peuvent pénétrer.
Cet univers, c'est mon domaine, et j'entends y faire mon travail avec la même rigueur et le même professionnalisme que ceux qui m'animaient dans le passé.

(…) Je me bats contre le fait que je suis ici, mais je suis ici ; et tant que cela durera, c'est ici que je poursuivrai cette vie.






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Un point en anglais par Amnesty sur le procès de Mumia Abu-Jamal.


Egalement sur le blog :

Les prisonniers oubliés
Robert Badinter, un Juste
Le Nouveau Mexique abolit la peine de mort
RSF et la 19ème Journée internationale pour la liberté de la Presse


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