16 juillet 2009

Natalia Estemirova, portrait d'une militante

Envie ce soir de rendre hommage à une femme que je trouve magnifique dans son combat, celui des droits de l’homme, et dans sa ténacité. Menacée, elle avait décidé de continuer malgré tout, de ne pas se taire, de témoigner, et ce… jusqu’à mercredi où elle a été assassinée.


Son portrait lu dans le Monde :


Natalia Estemirova ou la mort à petit feu des droits de l'homme en Tchétchénie


"Tout le monde savait qu'elle était menacée, elle la première." Pour Anne Le Huérou, chargée de mission à la Fédération internationale des droits de l'homme, comme pour la plupart des connaisseurs de la situation en Tchétchénie, le meurtre, mercredi 15 juillet, de Natalia Estemirova n'est pas une surprise.


Son travail et sa volonté inébranlable de dénoncer les exactions commises en Tchétchénie depuis 2000 avaient fini par faire d'elle la femme à abattre dans la région. Journaliste de formation, cette militante de 50 ans passait son temps à sillonner la Tchétchénie pour traquer les violations des droits de l'homme.

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Principale responsable de l'ONG russe Memorial dans le pays, elle détenait beaucoup d'informations, travaillait avec des avocats, des journalistes russes ou étrangers qui trouvaient en elle une interlocutrice sérieuse, fiable et expérimentée.

"Les gens de la région eux-mêmes s'adressaient directement à elle, ils se confiaient à elle", raconte Shakhman Akboulatov, membre de Memorial à Grozny, la capitale de la Tchétchénie. Une chose peu courante dans cette région où le mutisme est plutôt de mise.

"Grace à son sérieux, son écoute et sa gentillesse, elle avait réussi à gagner la confiance des gens", ajoute-t-il. "Elle était l'une des plus expérimentées à travailler dans cette région ", renchérit Mme Le Huérou.



"Kadyrov a donné une impunité à l'avance à quiconque la tuerait"

Car Natalia Estemirova exerçait en Tchétchénie depuis presque dix ans. Arrivée lors de la seconde guerre de Tchétchénie (1999-2000), elle n'avait cessé, depuis, d'enquêter sur les abus et violations de droits de l'homme et sur les conditions des femmes, victimes de meurtres commis en toute impunité.

Si elle avait bénéficié d'une relative indifférence de Moscou dans un premier temps, il n'en avait plus été de même lorsque les chars russes avaient quitté Grozny pour laisser la région entre les mains toutes puissantes de Ramzan Kadyrov, à la fin de l'année 2005. "Ramzan Kadyrov a alors mis en place une véritable terreur d'Etat, un règne de la peur", explique Mme Le Huérou.

Ces dernières années, ses conditions de travail étaient devenues de plus en plus difficile. La dénonciation de trop, selon Anne Le Huérou, fut celle d'une exécution arbitraire et publique d'un présumé combattant anti-tchétchène.

"Elle gênait de plus en plus. Elle avait reçu des menaces directes de Ramzan Kadyrov, car son travail l'empêchait de faire croire que tout se passait bien en Tchétchénie, que le calme et la prospérité étaient revenus. Si M. Kadyrov n'a pas tenu l'arme lui-même, il a donné une impunité par avance à quiconque la tuerait. Et la Russie a accepté cela sur son sol, elle a laissé faire, elle en porte la responsabilité", accuse Mme Le Huérou.

Car si Dmitri Medvedev, le président de la Russie, a "fait part de son indignation devant ce meurtre" et a, surtout, reconnu que "ce meurtre prémédité [était] lié à l'activité professionnelle de Natalia Estemirova", pour Memorial, les autorités russes sont au moins complices de ce crime.

Une enquête a été ouverte mais, selon Anne Le Huérou, "une enquête telle que celle qui a suivi le meurtre d'Anna Politkovskaïa en 2006 est à craindre".

C'est-à-dire une enquête qui aboutirait dans le meilleur des cas à la mise en cause de second couteaux mais non des auteurs principaux ni des commanditaires.



"Nous n'abandonnons pas"

Dans cette région où, comme le note l'association Human Rights Watch ,"les enlèvements sont encore une pratique courante pour se débarrasser de ceux qui critiquent le pouvoir", défendre les droits de l'homme relève de plus en plus d'une mission quasi-impossible. L'assassinat de Natalia Estemirova est le dernier d'une longue série de meurtres "punitifs".

"Beaucoup de Russes comparent le régime de Kadyrov aux années 1936-1938, lors de la pire période de la terreur stalinienne. Il semble que désormais, pour rester en vie, le seul choix restant soit de se rallier à Ramzan Kadyrov", déplore Anne Le Huérou.

A l'antenne de Grozny de l'ONG "Mémorial", on veut garder encore un peu d'espoir. "Nous n'abandonnons pas. Nous resterons prudents, mais nous allons continuer notre travail", assure M. Akboulatov.

Par Hélène Bekmezian et Benoît Vitkine


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Commentaires

Consternant... Portrait d'une femme courageuse, qui a payé de sa vie la défense des Droits de l'Homme, de plus en plus bafoués partout. Chez nous, ça n'a coûté "que" son poste à Rama Yade, qui a d'ailleurs été supprimé sans que ça fasse beaucoup de bruit...

Ecrit par : ramses | 16 juillet 2009

Comme chaque fois, je suis choquée qu'un gouvernement ose sans vergogne faire assassiner quelqu'un qui va contre ses directives ou ses choix politiques, comme ça à la face du monde, alors que pour les mêmes agissements (je pense au meurtre d'Anna Politkovskaïa), il y avait déjà eu un fort vent de protestation de la communauté internationale. Vous me direz les tyrans s'en foutent des protestations mais quand même !!!
Les droits de l'homme sont encore une fois foulés aux pieds en toute impunité et au mépris de la vie humaine.

Oser continuer comme l'a fait Natalia Estemirova, et bien d'autres militants en Russie et ailleurs, en sachant que leur vie est en danger, rend leur combat désespéré encore plus admirable. Je salue leur courage et leur dévouement à une cause si fragile et pourtant tellement importante. Respect total !

Ecrit par : Miss You | 16 juillet 2009

Tristement vrai, ce que tu dis, Ramses...

Quant aux crimes impunis de la bande à Poutine, à deux pas de chez nous, ils donnent la nausée.

Quel courage chez ces résistants qui vont jusqu'à mettre leur vie dans la balance. Qui de nous en ferait autant, et qui choisirait de courber l'échine et de se taire... personne ne peut le dire.

Oui, respect total.

Ecrit par : Anna Galore | 16 juillet 2009

C'est la question que pose la fameuse chanson de Goldman "Né en 17 à Leidenstadt" Anna. Pour ma part, j'ai tendance à penser qu'une vie courte et utile à la société vaut mieux qu'une longue vie inutile.

Bravo à cette femme dont je n'avais jamais entendu parlé jusqu'à aujourd'hui. Dommage qu'on ne mette en lumière que les disparus quand il est trop tard.

anti

Ecrit par : anti | 16 juillet 2009

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