23 juillet 2009

Petra, la Cité vermeille est en danger

Une triste nouvelle, l’annonce de sa disparition prévisible, entendue hier soir à l’occasion d’un pauvre flash info, m’a donné envie de parler ici d’un lieu, Petra, la Cité des Nabatéens, que j’espère visiter un jour et qui me fait rêver depuis que je suis toute petite. Cet endroit fabuleux est inscrit au patrimoine de l’UNESCO depuis 1985.

Petit voyage dans le temps, au coeur de cette merveilleuse cité !




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Petra, cité des Nabatéens


Petra, nichée au sein d’un massif montagneux au sud de la Mer morte, fut le lieu choisi par les Nabatéens, peuple nomade, progressivement sédentarisé, pour créer une vaste cité.



Un site stratégique

Les Nabatéens, apparus dans la région vers le VIIe siècle, étaient des commerçants. Ils paraissent s’y être fixés vers le IVe siècle avant J.-C. Contrôlant le trafic caravanier, ils choisirent Pétra pour des raisons naturelles et stratégiques : camouflé dans la roche, le site était protégé par un long couloir qui permettait de surveiller étroitement les allées et venues. Par ailleurs, Petra était situé sur un axe majeur de la route des épices.

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La coupole du Monastère (El-Deir)
Crédit photo : Jordan Tourism Board




Une cité jardin

Les Nabatéens manifestèrent dès l’origine un talent exceptionnel pour l’ingénierie hydraulique. La situation de cuvette du site permettait de recueillir toutes les eaux de source en provenance des montagnes environnantes et ils en profitèrent pour faire de Pétra une véritable cité jardin, oasis artificielle sur la route des caravanes.

Leur système hydraulique complexe permettait en effet de capter et d’entreposer de très grandes quantités d’eau qu’ils acheminaient ensuite vers un ensemble de citernes, réservoirs et galeries souterraines étanches. Ce système permettait de transporter suffisamment d’eau douce pour subvenir amplement aux besoins de la population de Petra, qui aurait culminé à 20 000 habitants autour de l’an 50 après J.-C..

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Le coup fatal

Le royaume nabatéen connut la prospérité jusqu’au moment où la conquête romaine déplaça la route des caravanes vers le nord. Ceci entraîna certes un déclin économique mais le coup fatal fut porté en 551 lorsqu’un tremblement de terre détruisit ce qui restait des maisons en terre crue de cette grande ville. Les croisés y établirent un avant-poste, mais l’abandonnèrent en 1189 et le monde extérieur ne sût plus rien du site jusqu’en 1812 lorsque le voyageur suisse Johann Ludwig Buckhardt persuada un bédouin de l’y conduire, déguisé en pèlerin. Les premières missions archéologiques ne commencèrent qu’en 1828.


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Petra, merveille architecturale


Petra, qui signifie « rocher » en grec ancien, est creusée à flanc de montagne. Cette cité troglodytique, avec ses tombeaux creusés dans le roc, est une véritable merveille architecturale. Le site fut inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1985.



Le Trésor

A la sortie du long canyon appelé le Siq, le visiteur se laisse surprendre par l’immense façade du « Trésor » ou « Khazneh Firanur » dont on ne saurait dire aujourd’hui s’il fut un tombeau, un temple ou une église ou l’un et l’autre à tour de rôle. Sa construction date du début de l’ère chrétienne. Sa façade, d’un caractère hellénistique marqué, est la mieux conservée de tout le site. L’entrée du Siq était surmontée d’une grande arche dont il ne reste aujourd’hui qu’une partie, le reste ayant été endommagé par l’érosion, les tremblements de terre et les crues. Une muraille protégeait également la ville.

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Les Tombes Royales
Crédit photo : Jordan Tourism Board




Le Qasr al Bint

D’époque nabatéenne, le Qasr al Bint est un des principaux monuments de la cité de Pétra et reste l’une des rares structures construites et non taillées dans la roche. Il s’agissait du plus grand lieu de culte de la cité, sans doute consacré au dieu Dusares et peut-être également à la déesse d’al-Uzza.

A l’époque romaine, il conserva une position centrale, à proximité du temple et du marché. Le temple romain, presque totalement détruit par un tremblement de terre au IVe siècle a été largement restauré au XXe siècle.


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L'influence gréco-romaine

Taillé dans la roche par les Nabatéens et agrandi par les Romains, le théâtre est constitué de 34 rangées de gradins et pouvait accueillir entre 3000 et 4000 personnes. Il fut découvert en 1961.

Les monuments romains sont encore nombreux à Pétra et l’influence gréco-romaine est encore perceptible dans la décoration des temples et des tombeaux ornés de frises corinthiennes. Un nouveau style de chapiteau vit le jour, qu’on appelle toujours « nabatéen », et qui comprend des éléments décoratifs locaux comme les animaux de la région, les rosettes et des sculptures inspirées de la Grèce antique comme le sphinx, Méduse…

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Le monastère Ed Deir

Plus haut, le monastère Ed Deir, édifice imposant de 45 mètres de haut taillé dans le grès jaune, offre un panorama spectaculaire. Il semble lié à un rite funéraire, probablement celle du roi nabatéen Obodas Ier qui accéda au trône en 96 avant J.-C. Par la suite, le bâtiment devait être réutilisé par les Chrétiens qui en firent un monastère, ce qui lui vaut son nom actuel.


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Petra en danger ?


Merveille à plus d’un titre, naturelle, architecturale, Petra souffre malgré tout d’un large éventail de problèmes…


Une érosion avancée

En 1992, la mission de l’UNESCO envoyée à Petra constata l’érosion inquiétante des monuments anciens, la propagation incontrôlée des activités commerciales, la maîtrise insuffisante du flux de visiteurs, etc. Bon nombre de monuments sont souillés, couverts de graffiti, utilisés comme étables pour les chèvres et les ânes.

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Il avait d’abord semblé que l’érosion résultait surtout de l’action abrasive du sable porté par les vents du désert. Mais, plus tard, on s’aperçut que le système hydraulique mis en place par les Nabatéens eux-mêmes était en partie responsable d’une érosion qui proviendrait de l’infiltration de l’eau dans la roche. La base de nombreux monuments baignait en effet dans une eau riche en sels minéraux accumulée dans les galeries souterraines, citernes et réservoirs et qui montaient à travers la pierre par l’action capillaire pour former des cristaux microscopiques qui firent éclater le grès.


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Le Siq ou défilé de Petra
Crédit photo : Jordan Tourism Board




Des parois multicolores

Les visiteurs de Petra sont frappés par l’étrange beauté des couleurs marbrant certains monuments : des couches rouges, jaunes, noires et blanches qui ne sont que le reflet de la terrible maladie qui peu à peu les dévore.

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Un système de protection

Les experts ont mis au point un procédé permettant de protéger la pierre. Tout le site devrait être traité mais il faudra trouver les fonds pour financer une telle entreprise. D’ailleurs, il ne suffira pas de traiter la pierre. Il faudra aussi remettre en état au moins une partie du système hydraulique des Nabatéens, ce qui fera baisser la nappe phréatique, dont le niveau a beaucoup augmenté depuis 2000 ans.


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Par Michael Gibson, écrivain et rédacteur à la Revue Patrimoine mondial



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* Pour le plaisir, allez faire un tour sur la Galerie photos l’Internaute Voyager.

* A lire, cet article du Figaro à propos du travail de conservation de Talal Akasheh, chercheur, qui tente de sauver la capitale nabatéenne des outrages du temps.


Et sur le blog :

* Le Petit Palais et le patrimoine mondial de l'humanité

* Les sites inscrits au Patrimoine 2009


Miss You

Commentaires

Effectivement, c'est bien beau d'inscrire de tels sites au Patrimoine Mondial, mais il faudrait aussi affecter des fonds permettant au moins le maintien de l'état des lieux. La Jordanie n'a pas les moyens de le faire... Et les recettes touristiques sont très insuffisantes.

Très beau reportage, une fois encore, merci, Miss !

Ecrit par : ramses | 23 juillet 2009

Merci Ramsès, c'est un lieu qui me fascine, que j'ai pris plaisir à revoir et découvrir en préparant cette note.

L'annonce de son infinie fragilité m'a peinée.

D'après les quelques informations collectées ici et là, il semble que, pour la Jordanie, la sauvegarde de ce lieu ne soit pas une priorité, loin de là. Outre la part de mémoire que ce lieu représente, c'est aussi l'un des principaux lieux touristiques de la Jordanie. Ne pas tenter de remédier à son érosion, c'est se couper à la fois de ses racines et de son futur. Je trouve très dommage. Pour eux, pour nous, et encore plus pour les générations à venir.

Ecrit par : Miss You | 24 juillet 2009

Ca c'est un endroit que je rêve de pénétrer depuis de longues, longues années !

En lisant cet article, je voyais des mandalas. Éphémère beauté, illusion, impermanence des choses. C'est quand même difficile à accepter pour une tête occidentale. Je pensais aussi à Lascaux, protégée désormais de toute présence humaine, grâce à Lascaux II.

anti

Ecrit par : anti | 24 juillet 2009

Je trouve la couleur (les couleurs) de ce grès à la fois chaleureuse et d'une infinie douceur.

"En lisant cet article, je voyais des mandalas." Des mandalas de sable, oui c'est très vrai.

Ecrit par : Miss You | 24 juillet 2009

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