04 septembre 2009
Nicholas Winton - La pudeur d’un Juste
En regardant ce diaporama du Monde ce matin à l’occasion de l’hommage qui lui est rendu, j’ai découvert un homme fabuleux, Sir Nicholas Winton, et j’ai eu envie de vous parler de son histoire et de la beauté de son engagement. Le silence pudique qu’il a conservé ensuite sur ce magnifique acte d’humanité le rend à mes yeux encore plus beau.

En 1939, peu de temps avant l'éclatement de la guerre, Nicholas Winton, jeune banquier anglais de 29 ans, et ses collaborateurs réussissent à faire partir de la gare Wilson de Prague, vers la Grande-Bretagne, six trains avec 669 enfants tchèques issus surtout des familles juives.
De nos jours, Nicholas Winton a 93 ans, vit à Maidenhead, non loin de Londres, s'occupe de son jardin, aime cuisiner et, il y a un mois, il a gagné un million de livres sterling qu'il investira dans la construction d'une maison de retraite près de Windsor.
Cinquante ans après la guerre, Nicholas Winton continue à garder le silence sur sa mission de sauvetage. Pour lui cette aide n'était qu'un épisode de sa vie, les enfants qu'il avait sauvés ne savaient pas non plus à qui ils devaient leurs vies. Il fallait attendre jusqu'en 1998, où la femme de Winton, Greta, a trouvé par hasard au grenier un livre de documents de l'époque.

Le livre contenait les photographies d'enfants, les lettres de leurs parents et celles que Nicholas Winton adressait aux familles adoptives en Grande-Bretagne. Greta Winton a montré le livre à son mari qui lui dit de le jeter dans la poubelle. Mais Greta a su qu'elle tenait entre les mains des documents précieux.
De nos jours, le livre est exposé au monument Yad Vashem de Jérusalem où il a été découvert aussi par Elisabeth Maxwell. Cette dernière a réussi à trouver des dizaines d'enfants Winton pour mettre en marche toute l'histoire...
Avant les fêtes de Noël de 1938, le jeune banquier londonien, Nicholas Winton, veut partir pour un congé de ski en Suisse. Il peut se le permettre. Il est jeune et gagne beaucoup d'argent. Un seul coup de téléphone déjoue le voyage envisagé. Son ami Martin Blake a besoin de son aide. Ce dernier travaille à Prague pour l'organisation qui aide les gens en péril à partir en exil. Winton décide d'aider son ami.

En regardant la situation lamentable des réfugiés des Sudètes, Winton sentait intuitivement qu’Hitler n'allait pas tarder à occuper le reste de la Bohême et que tous les gens inscrits sur sa liste noire se retrouveraient en danger mortel. Winton a décidé d'aider les enfants menacés, pour mettre en marche la mission qui n'a pas son égal dans l'histoire. Il s'est adressé aux gouvernements des pays qui, selon lui, auraient pu les accueillir.
Seules la Suède et la Grande-Bretagne ont donné une réponse positive. Nicholas Winton a lutté sur deux fronts : son premier état-major était à l'hôtel Sroubek, aujourd'hui l'hôtel Europe, sur la place Venceslas. Des parents épouvantés s'adressaient à Winton au café du restaurant pour lui confier leurs enfants. Et ce dernier faisait tout pour ne pas décevoir leur espoir.
Bientôt il a ouvert son deuxième bureau, rue Vorsilska, et le troisième bureau à Heamstead londonien où il cherchait des familles d'accueil et réunissait les moyens financiers. A Prague, la Gestapo surveille les activités de Winton mais n'intervient pas.
« Dès que quelqu'un a manifesté l'intérêt d'accueillir par exemple une fillette de huit ans, immédiatement je lui ai envoyé les photos de plusieurs filles de huit ans, pour qu'il choisisse. On peut le considérer comme un commerce inacceptable avec des êtres humains mais cela a marché ainsi et même très rapidement », explique Nicholas Winton.
Le premier train quitte Prague le 14 mars 1939. Jusqu'au 2 août prochain, sept trains partent de Prague pour Londres, au total 669 enfants. Le banquier irréprochable n'hésite pas, s'il le faut, à falsifier les documents. Ainsi une série d'enfants partent, munis d'autorisations britanniques falsifiées. Nicholas Winton travaille vite car il sait que le moindre retard risque de menacer la vie des enfants, dont il a pris la responsabilité. Malheureusement, l'avenir lui donne raison.

Le plus grand transport doit partir le 1er septembre 1939. Les petits passagers occupent déjà leurs places mais le train ne quittera jamais la gare. La guerre éclate en Europe et 250 enfants doivent descendre du train. Au lieu d'aller à Londres, d'autres trains les emmènent plus tard à Terezin ou à Auschwitz. Aucun d'entre eux ne survivra à la guerre.
• « Tous mes proches » de Matej Minac
En 1997, le réalisateur slovaque Matej Minac a trouvé dans le livre « Les petites perles de l'enfance » de Vera Gissing une mention sur le sauvetage d'enfants tchèques. Inspiré par cette histoire, il a tourné le film « Tous mes proches » qui a reçu une douzaine de prix à des festivals internationaux du film.
En tournant le film, le réalisateur a pris contact avec environ cinquante « enfants Winton », parmi lesquels des personnalités mondialement connues : Joe Schlesinger, reporter de la station de télévision canadienne CBC, Karel Reisz, réalisateur britannique de «Sarah et le lieutenant français», l'écrivain Vera Gissing ou le lord Alfred Dubs, ex-ministre du gouvernement Blair.
De l'autre côté, le film rend hommage à ceux qui ont participé à la mission de sauvetage, dont Tom Graumann, qui a aidé les familles à émigrer de Russie aux Etats-Unis, Joseph Guns qui a adopté deux enfants et autres. La reine Elisabeth II d'Angleterre a décerné à Nicholas Winton l'Ordre de l'Empire britannique et le Président tchèque Vaclav Havel l'Ordre de Tomas Garrigue Masaryk.
Winton et son fils• «Nicholas Winton, la force d’un Juste» de Matej Minac.
Ce documentaire sur le sauvetage d’enfants juifs tchécoslovaques est à la fois déchirant (certaines séquences m’ont fait venir les larmes aux yeux) et réconfortant. Quand arrive (trop tôt à mon gré) le générique final, on se dit qu’il existe encore des raisons d’espérer, que ce qu’il y a de meilleur dans l’être humain se manifeste dans les périodes où l’iniquité et l’horreur atteignent leur comble.
C’est alors, tandis que se taisent et se terrent ceux qu’épargne le cataclysme, que pointe dans la nuit du désespoir une petite lueur d’espoir. Nicholas Winton fut cette lampe qui brille dans les ténèbres. Grâce à son action tenace, 669 enfants juifs ont pu être arrachés au vorace appétit de l’ogre nazi, entre 1938 et 1939. C’est l’odyssée de l’entreprise héroïque de cet homme seul que retrace, avec pudeur et émotion, ce magnifique documentaire. (Commentaire de Menahem Macina)

L'histoire de Nicholas Winton est le symbole de la solidarité, du sacrifice et du courage humain. C'est une inspiration pour nous tous, un exemple de l'humanité et de la résolution d'aider les gens en danger.
C'est aussi l'histoire d'une grande modestie, car M.Winton gardait le silence sur sa mission pendant presque cinquante ans.

Source des photos de Nicholas Winton Google images
D’autres liens :
• Ici un lien vers le « Winton Train», train hommage, train historique, parti de Prague à Londres le 1er septembre 2009, pour un voyage symbolique refaisant le même trajet qu’ont fait, il y a 70 ans, les trains dans lesquels Nicholas Winton avait fait sortir du Protectorat de Bohême-Moravie 669 enfants tchécoslovaques.
• L'histoire complète (en anglais) de Nicholas Winton sur son site Power of Good
• Son scrapbook (très émouvant) sur lequel j’ai trouvé notamment la lettre de remerciements
Miss You
14:00 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs, Tous des humains | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : suede






Commentaires
Un homme remarquable en effet. Heureusement qu'il en existe. Ca fait du bien quand on sort comme moi de la lecture de la Controverse de Valladolid (Le débat devant trancher sur la question de l'humanité des Indiens, et surtout s'ils ont une âme...)
Pour celles et ceux qui aurait eu un peu de mal à suivre deux trois petites choses dans la traduction proposée de l'article de la note (de quel livre parle-t-on ? Un documentaire ? etc.), toutes les explications sont dans l'introduction du site cité par Miss, ici :
http://www.powerofgood.net/introduction.php
anti
Ecrit par : anti | 04 septembre 2009
Merci Anti pour ces précisions.
Je suis très contente d'avoir découvert ce monsieur ce matin. Lire ce qu'il a fait m'a fait l'effet d'une magnifique éclaircie face à l'avalanche de nouvelles difficiles ou douloureuses dans une actualité souvent tellement sombre.
Ecrit par : Miss You | 04 septembre 2009
Un Juste, un vrai et, de plus, un exemple magnifique d'efficacité et de modestie réunies.
Un homme qui rend fier d'être humain.
Ecrit par : Anna Galore | 04 septembre 2009
Je ne l'aurais pas mieux exprimé, Anna...
Ecrit par : Adele Riner | 04 septembre 2009
Merci, Miss, d'évoquer cet homme au grand coeur. Ce sont souvent ceux qui ne font pas parler d'eux, qui se révèlent être de vrais humanistes, car ils agissent sans calcul et se moquent de la postérité.
Ils se font malheureusement de plus en plus rares...
Ecrit par : ramses | 05 septembre 2009
Dans une interview vue sur Euronews ce matin, Nicholas Winton s'adresse aux survivants et à leurs familles qui font le voyage hommage et leur dit depuis son domicile en Angleterre "Je vous attends ici, je suis heureux de vous retrouver, quel plus beau cadeau pour mon anniversaire (100 ans)".
Ecrit par : Miss You | 05 septembre 2009
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