09 septembre 2009

«36 vues du Pic Saint Loup» de Jacques Rivette

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A l’occasion de la sortie du nouveau film « 36 vues du Pic Saint Loup » de Jacques Rivette, j’ai lu cette jolie chronique du Monde qui évoque notamment le principal lieu de tournage et l’un de mes endroits favoris dans la région (et tout spécialement à l’heure où tombe le soir), le Pic Saint Loup.



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Le film en quelques mots


A la veille de la tournée d'été, le propriétaire et fondateur d'un petit cirque décède brutalement. Pour essayer de sauver la saison, la troupe décide de faire appel à sa fille aînée Kate. Bien que cette dernière ait quitté le cirque depuis une quinzaine d'années, elle accepte à la surprise générale de mettre entre parenthèses ses activités actuelles et de les rejoindre.

Le hasard met sur sa route un Italien Vittorio. Intrigué par la personnalité de Kate et passionné par la vie du cirque, celui-ci décide de faire un bout de chemin avec eux. Il va peu à peu s'insérer dans la vie de la troupe, tout en essayant de percer le secret de Kate : pourquoi a-t-elle quitté la troupe hier et pourquoi accepte-t-elle de revenir aujourd'hui ? A la fin de la tournée, chacun reprendra sa route. Mais quelle route ?











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Ce qu’en dit Le Monde





Y a-t-il 36 vues du pic Saint-Loup dans 36 vues du pic Saint-Loup ?
Avouons d'emblée la faute professionnelle : on ne les a pas comptées. D'abord parce que l'hypothèse de la signification documentaire de ce titre mystérieux ne nous est venue qu'en cours de route. Ensuite, parce que le dernier film de Jacques Rivette prodigue, par l'attachante simplicité de son récit, un tel plaisir qu'on ne pense pas vraiment à dénombrer les plans.

La question du titre n'en reste pas moins entière. Facétie d'un vénérable magicien du cinéma ? Attachement à la part documentaire qui fonde cette fiction moderne à laquelle Rivette prit une part décisive ? Allusion aux charmes argentiques de la photographie touristique ?

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Mais pourquoi ne pas commencer par là, en effet, pour y rencontrer peut-être l'heureuse surprise d'une vue intéressante sur le film ? Le pic Saint-Loup, donc. Dénombré parmi les sites pittoresques du Languedoc, situé à une vingtaine de kilomètres de Montpellier, on l'atteint par la départementale 113, quelque part entre Saint-Martin-de-Londres et Saint-Mathieu-de-Tréviers. Dominant la garrigue, sa forme évoque une flèche qui s'élève vers le ciel.

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Ce mouvement spirituel rejoint ici son étymologie, tirée d'une légende médiévale.
Selon celle-ci, trois chevaliers (ou trois frères), Loup, Clair et Guiral, également amoureux de la fille du seigneur de Saint-Martin, partirent aux croisades sans savoir lequel des trois elle épouserait au retour. La belle mourut entre-temps, et les trois hommes, revenus de Terre sainte, se firent ermites, s'installant chacun sur un sommet environnant pour mieux observer sa tombe. Chacun alluma, sa vie durant, un feu le 19 mars, pour signaler la persistance de sa dévotion et le dernier à s'éteindre fut celui de Loup.

Panne mélancolique
36 vues du pic Saint-Loup brode une pièce contemporaine assez triviale sur l'exquise tapisserie de cet amour courtois. On y trouve une princesse moderne, amoureuse endeuillée d'un fantôme du temps passé, un débonnaire grand bourgeois italien touché au coeur par le chagrin de la belle, ainsi qu'une petite troupe de cirque dans le cercle enchanté de laquelle l'intrigue, nouée dans le malheur, se dénouera dans le bonheur. Tout commence, logiquement, par une panne sur une route de campagne. La belle Kate (Jane Birkin), penchée sur le moteur d'un break récalcitrant, ne sait plus que faire. Débouche alors, sur un cabriolet rouge de grand luxe, Vittorio (Sergio Castellitto), un capitaine d'industrie d'une délicatesse et d'une élégance tout italiennes.

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Sans un mot, l'homme met deux doigts dans le moteur et fait repartir l'engin en un tour de pantomime. Echangez la femme contre la voiture, la panne mécanique contre la panne mélancolique, et vous disposez du programme du film. Car nos deux héros se retrouvent au charmant village suivant, où l'on en apprend un peu plus.

Kate, styliste, revient après la mort subite de son père aider dans sa tournée d'été la modeste troupe de cirque qu'il dirigeait. Vittorio, magnifique dilettante censément en voyages d'affaires, s'attache à ses pas et va la voir au spectacle. Charmé par les forains, intrigué autant que séduit par Kate, il ne les quittera plus, se liant d'amitié avec les uns, tentant de percer le mystère qui entoure l'autre.





Car mystère il y a, sans quoi on ne serait plus chez Jacques Rivette. Voilà quinze ans, un drame est survenu : la mort suspecte de l'amant de Kate au cours d'un numéro de fouet, qui la fit chasser du cirque par son père, jaloux de cette liaison. Intégré au spectacle un peu malgré lui, Vittorio va manoeuvrer de main de maître pour délivrer Kate de son affliction morbide, reconduisant à nouveaux frais le numéro du fouet pour rompre le charme par les moyens mêmes du charme.

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Toute la force du film tient dans la merveilleuse séduction de ce naïf récit de catharsis, en vertu duquel le cinéaste revient aux sources foraines de son art et nous entraîne dans la magie de ses faux-semblants et de son authentique passion. Manifeste modeste du cinéma selon Rivette, ce film suggère que l'art ne nous aide réellement à vivre qu'en côtoyant les gouffres - du pic de Saint-Loup, par exemple.

(Par Jacques Mandelbaum)



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Le Pic Saint Loup sur le blog (notamment) :

Piscine face au Saint Loup
La terre ouverte


Crédit photo Pic (jour) et clowns : allocine.fr.


Miss You

Commentaires

Sûrement un très beau film, rempli de symboles. Jacques Rivette est un magicien et Jane Birkin a survécu aux "pannes mélancoliques" qui ont émaillé son existence.

Les vues du Pic St-Loup sont très belles et le site à l'écart des Départementales, mais il vaut sûrement le détour !

Ecrit par : ramses | 10 septembre 2009

Merci Ramsès, je te confirme c'est un très bel endroit. Selon les lumières, certains soirs, il me fait penser à des paysages peints japonais.

Ce film me tente bien. A suivre...

Ecrit par : Miss You | 10 septembre 2009

Euh....voici le commentaire que j'en fait hier matin sur un forum :

J'ai vu hier soir 36 vues sur le pic Saint-Loup.

Mal m'en a pris. Je n'avais rien trouvé sur ce forum à propos de ce film. certes les critiques d'allo ciné étaient partagées (comme souvent, je ne les lis pas avant) et la note moyenne s'établissait à 2/4. 2 T dans Télérama quand même.
Outre quelques petites invraisemblances sur lesquelles je passe car le film est volontairement non réaliste, s'attachant plutôt au symbole, j'ai vu une oeuvre minimaliste, proche de l'épure. J'ai parfois pensé à certaines tragédies grecques : quelques longs monologues explicatifs, gestes théâtraux.. Le hic, pour moi, c'est que rien n'est crédible : les textes , la mise en scène et le jeu des acteurs sonnent totalement faux, c'est même parfois à la limite du grotesque. J'ai failli m'endormir à plusieurs reprises.
Voilà. Aux amateurs de le défendre.

Ecrit par : monilet | 20 septembre 2009

Arf, merci Moni pour ce long commentaire. Ca calme, pour le moins !
Je vais peut être bien attendre qu'il passe à la télé ;-)

Le Pic Saint Loup est tout proche, pour l'admirer, il me suffit d'une poignée de kilomètres et là je ne suis jamais déçue.

Ecrit par : Miss You | 21 septembre 2009

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