11 septembre 2009
Comment remasterise-t-on une œuvre culte ?

Ambiance sonore, timbre des voix et placement des instruments :
les ingénieurs du son peuvent tout faire...
les ingénieurs du son peuvent tout faire...
Après les Beatles, c’est au tour du film Les Tontons flingueurs d’avoir droit à une nouvelle jeunesse. Le film de Georges Lautner, sorti en 1963, ressort en version restaurée jeudi. Une bonne nouvelle pour les amateurs des répliques cultes qui ponctuent le film.
Cette nouvelle sortie est possible grâce au travail de «remastering» réalisé par des ingénieurs du son.
«Restaurer une œuvre sonore n’est pas comme restaurer un tableau, où le but est d’être le plus proche possible de l’œuvre originale, explique-t-on au service de restauration de la phonothèque de l’Institut national de l’audiovisuel (INA). Pour le son, le travail est subjectif. Il y a un filtrage humain et un filtrage technologique.»

Défauts
La restauration est davantage une remise au goût du jour qu’une réédition en l’état. Les ingénieurs du son et de l’image travaillent en deux étapes. «La première étape est la sauvegarde, durant laquelle on récupère les données brutes d’un fichier. La seconde est la restauration à proprement parler, celle où l’on peut tout faire», ajoute-t-on à l’Ina. Soit recentrer les voix et instruments, jouer sur l’intensité des sons, gommer complètement ou atténuer les bruits parasites comme les crachements.
Pour l'image, la restauration doit davantage coller à la version originale. Le travail sur les couleurs, qu'il s'agisse de colorer des films tourner en noir et blanc ou de redonner un coup de jeune aux couleurs passées, le grain, les contrastes et la luminosité doit respecter la volonté du réalisateur sans céder à l'obsession de l'image propre.
«On peut abîmer une oeuvre ou figer une image si on lui applique un traitement trop fort, expliquait Brigitte Dutray au site Evene, en octobre 2008. Alors qu'un va-et-vient permanent entre l'élément restauré et l'original permet de lui restituer toute sa réalité.»
En théorie, même le débit, le timbre de la voix et les fausses notes peuvent être corrigés par les logiciels. Reste que le but de la restauration n’est pas de recréer une œuvre. «Un son a ses caractéristiques et ses défauts. Après, tout dépend de ce que l’on souhaite garder, explique-t-on encore à l’Ina.
On peut aussi choisir de laisser tous les défauts du fichier pour rester fidèle à l’original.» A condition que celui-ci ait été bien conservé. Il existe une série de recommandations internationales pour les archives sonores, en matière de température et d’hydrométrie notamment, selon le support et le mode de fabrication de l’oeuvre.

Cette véritable science du son et de l’image a néanmoins ses faiblesses. «Avec le numérique, on perd en chaleur et en profondeur de champs», juge Jean-Marie Rodon, amoureux des films de répertoire qu’il programme dans ses salles de cinémas Action, à Paris.
Public
A quoi sert ce dépoussiérage ?
Pour les Beatles, il s’agissait de «gagner en puissance sonore sans altérer l'essence des originaux» pour satisfaire les mélomanes. La restauration permet surtout de toucher un nouveau public, celui des générations qui n’ont pas pu découvrir les œuvres au moment de leur sortie.

«C’est un travail de mémoire et de passerelle, estime Jean-Marie Rodon qui a parié dès la fin des années 1960 sur ce cinéma du passé. Le public de mes salles est très hétéroclite et constitué de 20% de moins de 26 ans .» Pari gagné.
Un article de Sandrine Cochard
Archives
Les Archives françaises du film, qui dépendent du Centre national du cinéma (CNC), veillent sur quelques 100.000 films. «Il s’agit essentiellement de longs et courts métrages de fiction et de documentaires, en majorité français, déposés par l’industrie cinématographique (producteurs, distributeurs, créateurs…), par des collectionneurs, ou au titre du dépôt légal», expliquent les Archives françaises sur leur site.
Miss You
11:30 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : restauration






Commentaires
Merci Miss pour cette note. En voilà un métier intéressant: embellir sans dénaturer une oeuvre musicale ou cinématographique. C'est tout un art...
Pour le plaisir deux répliques made in Michel Audiard dans les Tontons flingueurs dites par Raoul Volfoni, alias Bernard Blier:
"Non mais t'as déjà vu ça? en pleine paix y chante et pis crac, un bourre-pif, mais il est complètement fou ce mec! Mais moi les dingues j'les soigne, j'm'en vais lui faire une ordonnance, et une sévère, j'vais lui montrer qui c'est Raoul. Aux 4 coins d'Paris qu'on va l'retrouver éparpillé par petits bouts façon puzzle...Moi quand on m'en fait trop j'correctionne plus, j'dynamite...j'disperse...et j'ventile...
et encore celle-là:
"Ecoute, on t'connaît pas, mais laisse nous t'dire que tu t'prépares des nuits blanches...des migraines...des"nervous breakdown", comme on dit de nos jours."
Irrésistible....
Ecrit par : valentine | 11 septembre 2009
Oui Valentine, je trouve aussi que c'est un beau métier, comme chaque fois qu'il y a restauration d'oeuvres, qu'il s'agisse de livres anciens, de peinture, de tapisserie, de soieries, ... j'y vois une certaine magie : des mains délicates, des yeux attentifs, des méthodes et techniques qui donnent une deuxième vie à l'objet.
Si tu es fan des Tontons, comme plusieurs ici, je t'invite à lire la note d'Anti http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2009/04/13/les-tontons-flingueurs.html vers laquelle j'ai mis un lien dans cette note : tu vas te régaler :-)
Ecrit par : Miss You | 11 septembre 2009
Les Tontons sur grand écran. Quand j'ai appris la nouvelle, j'étais scotchée ! Trop d'la balle. Schtou ! Schtou !
Valentine, si tu es fan de Audiard, tu trouveras aussi une note sur "Le Président" de Verneuil et "Un taxi pour Tobrouk" ;-)
http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2009/04/09/le-president-verneuil.html
http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2009/04/12/un-taxi-pour-tobrouk.html
anti
Ecrit par : anti | 11 septembre 2009
Au sujet de la "remasterisation" des Beatles, j'observe les mêmes avantages et inconvénients que ceux que j'avais observés en rachetant en CD un certain nombre de 33 tours vinyle : c'est "propre", il y a beaucoup plus de dynamique, mais le son est un peu métallique. Sur le fond, il y a quelques "perles" (notamment l'album "Abbey Road", bien équilibré) mais aussi quelques "flops". J'envisage de regraver en MP3 256 kbs un "best of" perso, qui devrair représenter environ 5h sur un seul CD...
Ah, les dialogues d'Audiard ! On ne s'en lasse pas !
Ecrit par : ramses | 11 septembre 2009
Intéressant ton constat Ramsès : je suis surprise par le côté "métallique" du son que tu relèves. Finalement serait-ce trop propre ? Plus froid ?
" J'envisage de regraver en MP3 256 kbs un "best of" perso"
Après la remasterisation, la re-ramsèsisation ;)
Ecrit par : Miss You | 11 septembre 2009
Miss,
Le numérique (et l'électronique en général) ne restituent pas parfaitement le son original d'une salle de concert. Dans les années 70, il y avait des discussions sans fin sur les mérites des amplis "à lampes", par rapport à ceux "à transistors". Idem pour les enceintes. J'ai toujours été passionné de "Hi-Fi" et, sans y avoir investi une fortune, j'ai toujours recherché le meilleur son possible. Effectivement, le son numérique actuel est plus froid. J'ai toujours une platine 33 tours et je ne rachèterais pas, par exemple, la collection complète des Pink Floyds en CD... En ce qui concerne les Beatles, je n'avais rien, donc je ne regrette pas l'acquisition de la "remasterisation". D'autre part, les vinyles bien conservés résisteront beaucoup mieux à l'épreuve du temps que les CD-Audio, qui n'auraient que quelques dizaines d'années de durée de vie, d'après les spécialistes ! Pour les CD-R et les DVD-R, c'est pire...
Ecrit par : ramses | 12 septembre 2009
Merci pour toutes ces précisions Ramsès.
Ecrit par : Miss You | 12 septembre 2009
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