14 septembre 2009

Moments de vin, moments divins

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Samedi matin, je participais à des vendanges pour la première fois et je me suis régalée. Moments de nature, moments tout simples, convivialité, partage, rires, chaleur. Festin des yeux et des papilles.
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Moisson d’impressions.

Premier joli moment : rouler dans la fin de nuit à la rencontre des paysages de l’aube encore endormis, alors que la terre qui a gardé la chaleur de la veille distille des parfums d’herbes sèches, de menthe froissée et de pinède. Même le soleil s’est fait rouge feu, pour saluer une belle journée. La campagne se dévoile, les verts des vignes et des pins se mêlent au gris des oliviers et des pierres, à l’or des champs déjà moissonnés, aux ocres des maisons tapies au coeur des chênes liège. Au loin, le Pic Saint Loup veille.

Puis arriver sur place, découvrir un mas de pierre sèche, à l’ombre de grands arbres. Embrassades et exclamations au fil des arrivées.

Rejoindre par un chemin tortueux la vigne, ses rangs verts et riches de grappes aussi foncées que denses en grains, et s’y mettre sans attendre, forte d’explications et de recommandations (vas pas te couper, fais attention au binôme placé de l’autre côté du rang, remonte au rythme des seaux que l’on remplit avant de les passer sous la vigne, d’un rang à l’autre, vers celui qui est le plus près de la remorque, ne pas trop remplir, pense à ménager le dos et les genoux, on est nombreux, on va bien avancer, il fait déjà chaud, pousse-toi le chien…).

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Se pencher sur sa première grappe, attentive, concentrée, maladroite, puis sur la seconde et ainsi de suite, pendant que les rires fusent d’un rang à l’autre et que les galéjades se répondent dans une débauche d’accents du Sud et d’ailleurs, du coin, de la ville d’à côté, de la région, d’autres villes si proches et qu’on pourrait croire étrangères, dans un mélange d’exclamations, de patois (vous savez ce qu’est un ou une « gabache », vous ? Facile ! C’est l’autre en Catalan, celui qui est de Narbonne quand vous êtes de Perpignan – y a pas que le rugby qui a ses frontières), de termes techniques, de résumés de matchs et d’onomatopées diverses, selon qu’on s’est coupé, qu’une grappe s’est entortillée autour du pied ou du fil de fer, qu’on a déjà bien chaud, qu’ils auraient dû avoir le point si l’arbitre…, qu’on n’a pas assez dormi ou mal aux pieds, …

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Au fur et à mesure que le soleil réchauffe la vigne et les dos, le calme s’installe et le silence retombe, concentré sur la tâche ou rêveur. Les idées volent de-ci de-là pour finalement se poser et la tête se vide, tandis qu’on remonte la rangée. Le temps a disparu, l’échéance, c’est le cep suivant, c’est le seau d’après. Le tracteur régulièrement remonte lui aussi les rangs et s’arrête pour recevoir les seaux de grappes et de grains (mais pas les feuilles !! hein, pas les feuilles malheureux !!). On finit par ne plus entendre son moteur ronfler.

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Le rythme est enfin pris : un seau plein passe sous les branches, on le glisse sous le rang suivant, un appel, un merci, un seau vide réapparaît, des mercis, c’est reparti, une grappe, quelques grains, des feuilles sèches qui s’effritent et qu’on écarte, des grappes, des grains, des clics de sécateurs, des souffles, des blagues, des mots, des grappes, des grains, des clics, …

Tout à coup, alors qu’on pense n’avoir cueilli qu’une heure : rassemblement de la troupe en haut de la vigne !
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Petit déjeuner !

Celui du milieu de matinée, le vrai, celui des « travailleurs » avec ribambelle de pains, pâté, fougasses, croissants, café, eau, jus d’orange, vin du propriétaire, … C’est un peu tôt le vin pour les filles, surtout avec le soleil qui est maintenant juste au dessus des têtes et la chaleur qui a fait tomber les pulls et rouler les manches.

Ca blague, ça explique, ça rit, beaucoup. Petit bonheur d’un groupe d’amis et de connaissances qui se retrouvent pour les vendanges d’amis. Les chiens circulent d’un groupe à l’autre avant de repartir à la chasse aux odeurs que la campagne exhale, un lièvre ? Un bout de pain ? Un perdreau ? D’autres chiens ? Un morceau de fougasse poussiéreux, la truffe n’est jamais loin, la caresse non plus.

Le « chef » revient de la coopérative avec la remorque vide et chacun reprend son sécateur et son seau, à l’attaque de nouveaux pieds de vigne, de nouvelles grappes, de grains habilement dissimulés sous les feuilles. La chaleur monte, les courbatures se montrent, les casquettes sortent des poches, le rythme baisse un peu, les voix aussi.

Puis, le haut de la rangée apparaît, et, là, ceux qui ont terminé viennent « donner la main » aux retardataires, les rires reviennent, les encouragements aussi. Les seaux se font plus lourds, la remorque semble plus haute, le geste est presque automatique, la fatigue s’affiche mais la fin est là, à portée de sécateur, à portée de seau.

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On n’est plus deux ou quatre, on est dix autour du dernier cep, dix autour de la remorque, on rassemble les outils. Les sourires sont un peu figés par la lassitude mais les regards pétillent, heureux d’avoir partagé ce très beau matin, heureux d’être arrivé au bout de la rangée, heureux de cette remorque qui part vers la coopérative, chargée des efforts et des grains foncés et beaux, des grappes serrées et énormes et aussi de quelques feuilles (Peuchère !!).

Ensuite, tout le monde retourne au mas : on rince seaux et sécateurs, on secoue la poussière sur les fringues et dans la chaussure, puis c’est le temps de la première bière, celle qui « déssoiffe », avant l’apéro, avant le repas. Des effluves montent du four à pain, des parfums de viande qui rôtissent s’échappent, des montagnes de salades et de quiches surgissent et réunissent la troupe autour des tables installées sous les platanes.

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Les vins de la propriété, ceux des amis, la cartagène et le pastis, l’eau et les sodas, apparaissent et se débouchent. Chacun prend tranquillement place, la chaleur rend le pas un peu lourd.

Puis, les verres se remplissent, les pizzas aux oignons des Cévennes cuites au four à pain accompagnent les tapenades. Elles précèdent l’agneau lentement cuit au barbecue, les gratins, les fromages et les clafoutis. Un festival !!

Les places autour de la table changent selon le soleil et l’ombre, les échanges, les coups de main, les discussions.

Un parent, puis un cousin, apportent une partie de leurs récoltes, les hommes se retrouvent autour de la cuve et pressent les nouveaux grains. Des chaises sont ajoutées, des assiettes et des verres circulent, le cercle autour de la table s’agrandit.

Les chiffres des premières pesées sont bons, il n’y aura peut être pas assez de cuves. Le vin de l’année dernière circule dans sa carafe et chacun lui trouve, qui un gout de vanille, qui un gout boisé, qui une acidité intéressante. Les avis fusent et les carafes circulent. Les blagues, les clins d’oeil et les discussions sérieuses se croisent et s’emmêlent, les esprits aussi. Il fait bon être là, à l’ombre des grands platanes. Ne manquent que les cigales.

C’est la fin de l’après-midi.

Un peu la fin de l’été aussi.

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« L’année prochaine, tu verras, on fera la vigne du bas »


Vivement !!

(Source photos : Google images)


Miss You

Commentaires

Très joliment raconté !

Ecrit par : Anna Galore | 14 septembre 2009

Anna tu m'as enlevé les mots de la bouche lol en lisant Miss j'y étais.

Ecrit par : Zaza | 14 septembre 2009

mon dieu ... j'ai fait..belles photos Miss! mais en relisant même les rires , les quiches et les copains..je te le laisse, j'ai mal au dos, et je poisse de jus lol!!
heu..les pommes de terre c'est pas mieux ! les fraises, trop bas, les cornichons itou, et le maîs trop haut pour moi !! mdrr....
boudufle a tout fait dans sa vie de cultivationnage !!

Ecrit par : boudufle | 14 septembre 2009

Miss je suis fan de ta poésie,
c'est tellement bien raconté...
Whaou whaou whaou

et ça me fait remonter des souvenirs de vendanges passées dans le Bordelais...

Ecrit par : Kleman | 14 septembre 2009

Quel beau récit, Miss, on y était...

Les photos sont superbes, surtout la dernière, qui symbolise bien la fin de l'été.

Bravo !

Ecrit par : ramses | 14 septembre 2009

Il est trop beau ton récit Miss. Quelle joie de te lire! On s'y croit. Tu fais vibrer tous nos sens: l'odeur du raisin gorgé de soleil, le soleil qui tape, l'effort, la joie partagée. Et que dire de nos papilles gustatives....

Je suis née dans les vignes et c'est tous les villages vignerons du Lavaux qui vibrent aux sons des vendanges et partout on sent l'odeur du raisin.

Dans le Lavaux, on dit que la vigne bénéficie de 3 soleils : la réverbération du soleil de par le lac Léman, le soleil qui chauffe tous les murets de pierre qui entourent la vigne et le soleil en lui-même. La vendange n'a pas encore eu lieu. C'est en général fin septembre.

Ecrit par : valentine | 14 septembre 2009

Gloups, ben merci tout plein à vous. Ca fait chaud au coeur tous vos commentaires, ça donne envie de reprendre la plume.

En revanche, pour les photos, je suis hyper d'accord avec vous, elles sont top (c'est d'ailleurs pour ça que je les ai sélectionnées) mais aucune n'est de moi. Je les ai toutes trouvé sur Google image.

Samedi, les mains (et la bonne femme) avec étaient bien trop "pégueuses" (collantes, quoi) pour que l'appareil ne reste pas scotché sur les doigts.

Ecrit par : Miss You | 14 septembre 2009

Intéressants vos témoignages les filles.

http://www.deezer.com/en/music/sir-thomas-beecham-rudolf-schock-josef-metternich#music/andre-cluytens/offenbach-les-contes-d-hoffmann-321216

Choeur des Esprits Invisibles : Glou glou glou glou glou glou glou.

Choeur : Je suis la bière!

Choeur : Glou glou glou glou glou glou glou.

Choeur : Je suis le vin!

Choeur : Mon écume argente le verre!

Choeur : Ah !

Choeur : Je le dore d'un flot divin!

Choeur : Ah! Ah! Ah! Ah! Ah!

Choeur : Glou glou! Glou glou! Glou glou! Glou!

Choeur :Ah!

[Quelques esprits sortent des tonneaux et dansent]

Choeur : Glou glou glou, nous sommes les amis des hommes; nous chassons d'ici langueur et souci, Langueur et souci,

[Le grand tonneau s'entr'ouvre et donne passage a la MUSE qui saute lestement en scène pardessus le comptoir est se trouve éclairée par le rayon de lune.]

La Muse

La verité, dit-on, sortait d'un puits; la Muse,
Si vous le permettez, sortira d'un tonneau.

anti, Of Man.

Ecrit par : anti | 14 septembre 2009

L'âme du vin

Un soir, l'âme du vin chantait dans les bouteilles :
" Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
Un chant plein de lumière et de fraternité !

Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,
De peine, de sueur et de soleil cuisant
Pour engendrer ma vie et pour me donner l'âme ;
Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,

Car j'éprouve une joie immense quand je tombe
Dans le gosier d'un homme usé par ses travaux,
Et sa chaude poitrine est une douce tombe
Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.

Entends-tu retentir les refrains des dimanches
Et l'espoir qui gazouille en mon sein palpitant ?
Les coudes sur la table et retroussant tes manches,
Tu me glorifieras et tu seras content ;

J'allumerai les yeux de ta femme ravie ;
A ton fils je rendrai sa force et ses couleurs
Et serai pour ce frêle athlète de la vie
L'huile qui raffermit les muscles des lutteurs.

En toi je tomberai, végétale ambroisie,
Grain précieux jeté par l'éternel Semeur,
Pour que de notre amour naisse la poésie
Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur ! "

(Charles Baudelaire)

Ecrit par : ramses | 14 septembre 2009

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