16 septembre 2009
Willy Ronis, le photographe humaniste

Willy Ronis, en 2000, devant l’Eglise Sainte-Anne à Arles
(Crédit)
(Crédit)

Parmi les belles émotions des rencontres internationales de la photo à Arles de cet été, j’étais heureuse de retrouver le travail de Willy Ronis dont certains clichés liés aux « petits métiers », exposés à l’Eglise Saint-Anne, m’ont beaucoup touchés.
Retour en images sur quelques clichés de ce grand photographe décédé samedi, à l'âge de 99 ans, alors que le festival 2009 « Visa pour l’image » se termine. (A lire le bel hommage rendu par Brigitte Ollier (ici ici)
Interview donnée à l’AFP en juillet 2009
à l'occasion de l'hommage qui lui était rendu à Arles
à l'occasion de l'hommage qui lui était rendu à Arles
"Que signifie être photographe humaniste ?", lui avait-on demandé. "Si je peux employer une métaphore, c'est faire de la photo comme l'oiseau chante. Il ne se pose pas la question", avait déclaré le photographe.

Le vieil homme, qui ne se déplaçait plus qu'en fauteuil roulant, avait gardé toute sa vivacité d'esprit, et la mémoire de chaque photo prise.
"Mon premier cliché, avait-il raconté, c'est une photo de la vallée de Chevreuse, prise depuis une hauteur." "Pour moi, c'était un jouet, dit-il de l'appareil que son père lui offre quand il a 16 ans. Je ne voulais pas être photographe, je voulais être compositeur de musique."
A Paris, qui reste le sujet privilégié de ses photographies, "je ne sortais jamais sans mon appareil photo, même quand j'allais acheter le pain !" dit-il. "Je n'allais jamais dans les beaux quartiers. Ce qui m'intéressait, c'était les scènes populaires."
Il raconte comment il a fait la photo des amoureux qui s'embrassent en haut de la colonne de Juillet, une de ses images les plus connues. "J'étais monté ce jour-là parce que je voulais faire des photos en hauteur. Je ne vois personne, je me dis, 'je vais être tranquille'. Je me retourne, et je vois deux amoureux accoudés qui regardent le paysage.
Au moment où j'arme l'appareil, le jeune homme pose un baiser sur la tempe de son amie. Ils ne se sont pas aperçus que je les photographiais". Ce sont "Riton" et Marinette, dont il fera la connaissance 30 ans plus tard.

Accoudé à la balustrade d'un pont, Willy Ronis voit passer une péniche sur laquelle deux enfants jouent. "J'ai appuyé, et c'est après que j'ai regardé si j'étais à la bonne distance. On appuie d'abord, et on regarde après !", s'amuse le photographe.
Membre du Parti communiste, le photographe a aussi montré "les dures réalités". "C'est vrai, j'ai des inclinations sociales", dit-il. Il fait des reportages sur le Front populaire, immortalise Rose Zehner, haranguant les grévistes aux usines Javel-Citroën en 1938.
Les écuyères d'Achille Zavatta 1949Mais "j'ai très vite aimé toutes les facettes de la photographie", avait-il ajouté. On connaît son "Nu" à Gordes. "J'ai une formation d'artiste classique, j'allais très souvent au Louvre, avec un goût particulier pour la peinture flamande, les gens dans la rue, les scènes de patinage sur les canaux gelés."
(Source)
Péniche aux enfants 1959« La plus énorme émotion de ma vie,
c’était en 1959 quand j’ai fait à l’arraché la photo de
la péniche aux enfants (au Pont d’Arcole), sans être sûr
que je l’avais réussie car ça défilait sous moi, et c’est une photo que je ne pouvais pas répéter.
Si j’avais appuyé un dixième de seconde trop tard, c’était foutu.
Dans notre perception nous avons souvent du retard car nous ne sommes pas des oiseaux de proie.
Nous avons perdu ces instincts. Entre le moment où j’ai appuyé et celui où j’ai plongé le film
dans le révélateur et l’ai sorti dans l’obscurité pour le mettre dans le fixateur, et que,
une minute et demi après, je l’ai sorti ruisselant devant la lanterne claire, j’ai frisé la crise cardiaque. »
(Suite)
c’était en 1959 quand j’ai fait à l’arraché la photo de
la péniche aux enfants (au Pont d’Arcole), sans être sûr
que je l’avais réussie car ça défilait sous moi, et c’est une photo que je ne pouvais pas répéter.
Si j’avais appuyé un dixième de seconde trop tard, c’était foutu.
Dans notre perception nous avons souvent du retard car nous ne sommes pas des oiseaux de proie.
Nous avons perdu ces instincts. Entre le moment où j’ai appuyé et celui où j’ai plongé le film
dans le révélateur et l’ai sorti dans l’obscurité pour le mettre dans le fixateur, et que,
une minute et demi après, je l’ai sorti ruisselant devant la lanterne claire, j’ai frisé la crise cardiaque. »
(Suite)

Parce qu’ils appartenaient à la photographie dite humaniste, qui s’essayait dans l’après-guerre à imprimer les choses de la vie, certains photographes français furent longtemps tenus pour des ringards. Willy Ronis fut l’un d’eux.
A ses côtés, Robert Doisneau, René-Jacques ou Izis, pour ne citer qu’eux, sans oublier le céleste Edouard Boubat ou Sabine Weiss, toujours battante, héritière parfaite de ce courant désormais apprécié à sa juste mesure.
Vincent dormant 1946Ils étaient dans la rue, surprenaient un Paris populaire, petits métiers, petites gens, petits enfants, brefs fragments d’intimité piqués ici et là, bientôt, le monde entier, surtout les Américains, nous envierait notre famille «Haut les cœurs».
Ils avaient eu, eux aussi, leurs années noires, lourdes d’un désespoir contagieux, dont Walker Evans et James Agee furent les héros, l’un grâce à son objectif, l’autre à l’écrit.
Nos humanistes eurent-ils un esprit de clocher ? En tout cas, leur vision confiante, leur poétique du quotidien, leur intérêt solidaire pour le monde du travail et donc des travailleurs a fini par s’imposer aux historiens fine bouche.
Le grand public, lui, n’en finit pas d’être ravi.
Par Brigitte Ollier
Nu provençal 1949(Ce « Nu provençal » m’évoque « Simone la scandaleuse» à la une du Nouvel Obs)
«Il y a un vrai plaisir à trouver la place juste,
cela fait partie de la joie de la prise de vue, et c’est quelquefois aussi un tourment,
parce qu’on espère des choses qui ne se passent pas ou
qui arriveront quand vous ne serez plus là.»
(Willy Ronis)
cela fait partie de la joie de la prise de vue, et c’est quelquefois aussi un tourment,
parce qu’on espère des choses qui ne se passent pas ou
qui arriveront quand vous ne serez plus là.»
(Willy Ronis)
Egalement sur le blog :
En Arles :
• Soleil et soleil
• Tim Walker en Arles
• Des hyènes et des hommes
• Richard Avedon
Venise 1959• Lacroix du Sud
• Lucien Clergue, Photographe de Camargue
• Eugene Richards à Arles
• Prévert, Paris la belle
Festival et photos :
• Bon anniversaire le Monde
• Visa pour l'Image a 20 ans
• Une autre photographe, Helen Levitt, chorégraphe de la vie
Crédit photos datées, Arles 2000, il était là et je passais. Les autres ont été prises cet été à Arles.
Autoportrait 1951Miss You
18:30 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : willy ronis, rip, photographie, izis, doisneau






Commentaires
La très belle exposition aux rencontres d'Arles m'a pour un long moment transporté dans le temps et la sérénité. Ce regard humain ne pouvait appartenir qu'à un homme intègre.
Ecrit par : Colors | 16 septembre 2009
Parmi les nombreux clichés offerts au regard pendant ces Rencontres, je dois reconnaitre une vraie tendresse pour ceux de Willy Ronis. Découvrir l'homme en préparant cette note a rendu la rencontre encore plus douce et belle.
Ecrit par : Miss You | 16 septembre 2009
Très beaux instantanés d'une vie aujourd'hui disparue... Les photographes sont la mémoire du monde.
Ecrit par : ramses | 17 septembre 2009
A noter : http://boutique.telerama.fr/index.php/livres-guides/portfolio-willy-ronis.html
"De cliché en cliché, des années 30 jusqu'à aujourd'hui, Willy Ronis n'a cessé de célébrer avec émotion et tendresse la poésie du quotidien, la grandeur des petites choses et la dignité d'être homme : ouvrier ou artisan, engagé ou en congés payés...
Télérama a rassemblé ici, et disposé par grands thèmes, une cinquantaine des plus belles photo-graphies de l'artiste, mort si doucement à 99 ans. Du regard constamment amoureux de l'existence, plein d'âme, de désir et de confiance dont elles témoignent, nous avons beaucoup à apprendre. Ou à retrouver."
Ecrit par : Miss You | 26 septembre 2009
A lire et voir aussi, multiples articles sur l'Express sur cet excellent photographe et homme qui disait :
" Bach m'a appris la rigueur de la composition. Mes photos superposent souvent plusieurs mélodies".
http://www.lexpress.fr/diaporama/diapo-photo/culture/photographie/l-oeil-de-willy-ronis_786368.html
* Article - Willy Ronis, le photographe du contrepoint
* Diaporama - L'oeil de Willy Ronis, L'oeil de Willy Ronis
* Article - Le photographe Willy Ronis s'est éteint
* Article - Willy Ronis:"J'ai fait de la photo buissonnière toute ma vie"
* Article - Willy Ronis: "Ce sont les petites gens qui m'intéressent"
* Article - Willy Ronis, photographe
* Article - Willy Ronis: "L'appareil regarde, l'oeil voit"
anti
Ecrit par : anti | 26 septembre 2009
Humm merci pour tous ces liens;
Ecrit par : Miss You | 27 septembre 2009
Écrire un commentaire