23 septembre 2009

Jardin de mémoire à Nancy

Deux jours après la journée mondiale du 21 septembre 2009, une jolie initiative dans le cadre de la lutte contre la maladie d'Alzheimer.


"C'est notre petit fief." Antoinette Pierre se rend tous les jours au jardin de l'Horloge "Art mémoire et vie", installé au coeur de Nancy (Meurthe-et-Moselle).

"C'est moins triste que d'être cloîtré dans sa chambre. Ici j'ai l'impression d'être en vacances", raconte cette patiente du service soins de suite et réadaptation à orientation gériatrique du centre Paul-Spillmann (CHU de Nancy).

Elle regarde les fleurs et se souvient du passé, de son passé à elle, lorsqu'elle faisait son jardin, et ce souvenir lui est agréable.



Ouvert en 2007, cet espace vise à aider les patients, dont de nombreux sont atteints de la maladie d'Alzheimer ou de syndromes apparentés. Le service accueille 44 lits et affiche une longue liste d'attente.

Au-delà de l'approche médicamenteuse, qui ne fonctionne pas dans tous les cas, plusieurs médecins mettent en avant d'autres approches autour de la stimulation cognitive pour soigner la maladie d'Alzheimer.

"Ce jardin a été conçu pour avoir des repères, car les patients, qui ont du mal à percevoir la durée, ont des difficultés à s'orienter. Ce sont des chemins circulaires, sans culs-de-sac. Le jardin évolue avec le calendrier, au gré des saisons", explique le docteur Thérèse Jonveaux, responsable de ce projet, et chef de service au centre Paul-Spillmann.



Fermé, donc sûr, cet espace est conçu en quatre zones distinctes dédiées à l'eau, à l'air, au feu et à la terre, chaque carré ayant une couleur dominante. Attirés par les fleurs rouges symbolisant le feu, le ruissellement doux des fontaines, les arbres fruitiers ou les bancs, les patients déambulent dans les allées ou s'installent pour discuter.

Le jardin, qui devrait être totalement terminé au printemps 2010, "présente trois originalités, considère le docteur Jonveaux. Sa taille, près de 4 000 m2, une conception basée sur la neuropsychologie, et une dimension artistique, un médecin sculpteur, le docteur Reinhard Fescharek, ayant été associé aux travaux".

Afin de réveiller les souvenirs enfouis, des éléments liés à la région de Lorraine ont été introduits : la pierre de Lérouville, des vitraux, les mirabelles...



Ce jardin, c'est une bouffée d'oxygène pour les malades, pour les soignants - qui peuvent y réaliser les entretiens avec leurs patients ainsi que la rééducation - et pour les familles. Des ateliers transgénérationnels y sont organisés. Le dernier a eu pour thème la mirabelle, avec cueillette de fruits et fabrication de tartes.

"Ce lieu peut juguler les troubles du comportement. Un patient, qui avait pour habitude de grignoter dans toutes les assiettes, a cueilli les mirabelles dans un panier et les a apportées à la cuisine, sans en toucher une", racontent des soignants.



Loin du cadre aseptisé de l'hôpital, les enfants et petits-enfants viennent plus facilement rendre visite à leurs proches. Des rencontres très importantes, tant cette maladie met souvent à mal les liens familiaux. "Une grand-mère a vu son petit-fils, un nourrisson de quinze jours, dimanche dernier. En été, des familles pique-niquent", raconte Laetitia Demarche, psychologue au centre Spillmann.

Avec le soutien de l'association Jardins et santé, le docteur Jonveaux milite pour que ce type de lieu se multiplie et pour que le jardin de Nancy s'ouvre aux autres patients de la région atteints de la maladie d'Alzheimer.

Source Le Monde



Le site de France Alzheimer


Sur le blog :

Alzheimer
Le café, bon contre Alzheimer


Miss You

Commentaires

Une approche séduisante et, dans tous les cas, certainement bien plus agréable à vivre pour les personnes atteintes que de se retrouver dans un milieu uniquement médicalisé.

Ecrit par : Anna Galore | 23 septembre 2009

Oui je trouve aussi. J'espère pour le mieux être des malades et de leurs familles que ça va se multiplier, en Lorraine et ailleurs.

Ecrit par : Miss You | 23 septembre 2009

Une bonne initiative pour ces malades, quelque chose de concret enfin ! si ça peut raviver leurs souvenirs c'est quand même mieux que des médicaments.

Ecrit par : Zaza | 23 septembre 2009

Il y aurait environ 1 million de cas d'Alzheimer en France et les projections ne sont pas optimistes, compte tenu du vieillissement de la population...

Cet exemple est effectivement idyllique, mais restera malheureusement très marginal.

Ecrit par : ramses | 23 septembre 2009

"restera malheureusement très marginal"

J'espère sincèrement que non, mais si l'avenir te donne raison Ramsès, alors c'est un motif de plus pour saluer cette initiative :)

Ecrit par : Miss You | 23 septembre 2009

Miss,

Il faut être lucides... La prise en charge d'un patient Alzheimer en établissement spécialisé représente un coût mensuel qui peut atteindre 4.000€ par mois, dont moins de la moitié sont pris en charge par l'Etat et l'Assurance maladie... Restent donc au moins 2.000€ par mois à la charge du patient ou de sa famille... Combien peuvent se le permettre ?

Derrière les "vitrines", il y a la triste réalité... Actuellement, 2/3 des patients sont soignés à domicile par des "aidants" (terme générique qui recouvre le conjoint encore valide ou les enfants). Et le dernier tiers est en grande partie dans des "maisons de retraite" qui s'apparentent à des mouroirs.

Ecrit par : ramses | 24 septembre 2009

Etre lucide certes, mais ça ne doit pas empêcher pas d'espérer, de tendre vers un mieux, même petit, même long à venir.

Sans cet espoir chevillé au corps, beaucoup de belles choses ne se seraient jamais avérées, beaucoup de projets magnifiques n'auraient pas abouti.

Et moi, j'ai envie d'y croire, chaque fois.

Ecrit par : Miss You | 24 septembre 2009

Mon commentaire d'hier est passé à la trappe. Je recommence :

"Cet exemple est effectivement idyllique, mais restera malheureusement très marginal."

P't'être que oui, p't'être que non. Et si oui, c'est déjà merveilleux pour les personnes qui en profitent.

Très belle initiative donc, à l'instar de celle de ce collège dont j'ai oublié le nom, un pensionnat spécial pour enfants défavorisés brillants.

Par ailleurs, très contente d'entendre parler de psychologie cognitive, branche de la psychologie dont on ne parle pas assez.

Wiki :

La psychologie cognitive étudie les grandes fonctions psychologiques de l'être humain que sont la mémoire, le langage, l'intelligence, le raisonnement, la résolution de problèmes, la perception ou l'attention.

Plus généralement la cognition se définit comme l'ensemble des activités mentales et des processus qui se rapportent à la connaissance et à la fonction qui la réalise.

La psychologie cognitive part du principe que l'on peut inférer des représentations, des structures et des processus mentaux à partir de l'étude du comportement. Contre le béhaviorisme elle défend que la psychologie est bien l'étude du mental et non du comportement. À la différence des autres courants mentalistes, elle ne pense pas que l'introspection soit une voie d'accès particulièrement fiable pour explorer le mental.
Historique

Après le béhaviorisme, Hull et Tolman, sont les premiers à ouvrir la « boîte noire », c'est-à-dire l'ensemble des phénomènes qui prennent place entre la stimulation du sujet par l'environnement et la réponse observable de l'organisme.

La psychologie cognitive est véritablement née dans les années 1950, en même temps que l'intelligence artificielle. En effet, une fois admis le principe d'étudier le contenu de la boîte noire, il fallait développer des concepts pour décrire ce qui s'y passait. Les débuts de l'informatique ont justement permis de fournir un arsenal conceptuel permettant de penser la cognition : la notion d'information et de traitement de l'information.

Bien que des progrès considérables aient été réalisés depuis cette époque, la notion de système d'information reste au cœur des modèles cognitifs, que ceux-ci adoptent des formalisations plutôt symboliques (la cognition vue comme un système de manipulation de symboles), plutôt connexionnistes (la cognition vue comme circulation d'activation dans un grand réseau de neurones), ou hybrides (notion d'un grand réseau de neurones qui réalise fonctionnellement un système de symboles).

Notions de base

La psychologie cognitive utilise préférentiellement l'expérimentation et les mesures comportementales qui comprennent notamment la mesure de temps de réaction (TR), ou du temps nécessaire à une opération (temps de réalisation de la tâche, temps d'exposition en lecture), la précision de la réponse (par exemple taux de bonnes ou mauvaises réponses), ou même l'oculométrie cognitive ou des données physiologiques (imagerie fonctionnelle, potentiels évoqués, etc.) La modélisation informatique y joue également un rôle important.

Certains chercheurs se consacrent à l'étude de l'architecture cognitive. On trouve ainsi des expériences visant à élucider les différents « modules » qui prennent en charge les grandes fonctions de la cognition. Ces distinctions ne recouvrent pas nécessairement des unités cérébrales identifiées, mais correspondent plutôt à des entités fonctionnelles pouvant mobiliser une variété de structures cérébrales distinctes. Par exemple dans la mémoire, avec la distinction entre mémoire de travail et mémoire à long terme. On rencontre aussi différentes mémoires sensorielles, ou encore la distinction entre mémoire sémantique et mémoire épisodique. La psychologie cognitive travaille également avec le concept d'association.

D'autres chercheurs s'emploient à décrire les stratégies mises en place par les individus pour traiter les tâches de la vie quotidienne, tâches de résolution de problème, prise de décision, ou même tâches professionnelles (diagnostic médical, contrôle aérien, mémorisation chez les garçons de café, etc.). La psychologie cognitive trouve ainsi de nombreuses applications, notamment en ergonomie cognitive.

En 2002, Daniel Kahneman, un psychologue cognitiviste de la décision, a reçu le « Prix Nobel » d'économie.

anti

Ecrit par : anti | 24 septembre 2009

Anti,

Merci de cet éclairage sur la psychologie cognitive.

Je me réjouis que cette expérience de Nancy puisse aider à mieux comprendre les mécanismes du cerveau humain, mais il serait utopique de faire croire que tous les patients atteints de la maladie d'Alzheimer pourraient se retrouver un jour dans un cadre identique.

Pour 44 lits, combien de médecins-spécialistes, infirmières, aides-soignantes et personnel de service ?

Ecrit par : ramses | 25 septembre 2009

Arg, encore un comm. d'hier parti dans le cosmos !

Même po mal, je recommence !

En lisant les précisions sur la psychologie cognitive (merci Anti), j'ai découvert que Daniel Kahneman parmi tous ses travaux, est aussi connu pour ses travaux sur l'économie du bonheur http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_du_bonheur (L’économie du bonheur est l'étude du bien-être en croisant les techniques de l’économie et de la psychologie avec une attention plus particulière à la notion d’utilité. Encore balbutiante, on lui doit néanmoins d’avoir établi le Bonheur national brut, un indice englobant (de manière assez large) le Produit intérieur brut ou l'Indice de développement humain qui apparaissent comme insuffisants pour mesurer le bonheur des habitants d'un pays ; ou encore l’indice de satisfaction et de longévité, qui croise le bien-être autodéclaré et la longévité. ) et dont Anti avait parlé ici http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2008/11/17/le-droit-au-bonheur.html

Longévité, mieux-être des patients et des "aidants", il y a un peu de ça dans ce Jardin de l'Horloge.

Ecrit par : Miss You | 25 septembre 2009

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