05 octobre 2009
Mercedes Sosa « Gracias a la Vida »
Je découvre cette femme au moment de l’annonce de son décès. Son parcours est impressionnant, sa voix est belle à en frissonner, un émouvant portrait de femme

Mercedes Sosa dans sa ville natale de Tucuman (photo non datée) (REUTERS/La Gaceta/Files)
Icône en Amérique latine, «la Negra» avait 74 ans. Elle avait dépoussiéré les genres musicaux en mélangeant folklore et rock.
La populaire chanteuse argentine Mercedes Sosa, décédée dimanche à l'âge de 74 ans, a conquis les foules d'Amérique latine avec son timbre grave et puissant, sans jamais renoncer à son engagement politique, qui l'a poussée à l'exil sous la dictature (1976-1983).
Eloignée de la scène à plusieurs reprises au cours des dernières années, en raison de problèmes de santé, elle avait réussi à enregistrer un dernier double album sorti cette année, «Cantora» («Chanteuse»), avec des vedettes espagnoles et latino-américaines (Joan Manuel Serrat, Luis Alberto Spinetta, Caetano Veloso, Shakira).
Cette femme d'origine indienne aux longs cheveux noirs laisse plus d'une quarantaine de disques, elle qui déclarait encore récemment : «Jamais je n'ai pensé vivre de la chanson». Sa vie a débuté le 9 juillet 1935 dans la province de Tucuman (nord), dans la ville où fut célébrée l'Indépendance argentine le 9 juillet 1816.
«La Negra», comme on la surnomme, a grandi dans un quartier modeste, bercée par la culture populaire, avant de devenir professeur de danse folklorique, vêtue de son traditionnel poncho rouge.
Ses premiers pas artistiques datent des années 1960. Aux côtés de son mari, le musicien Manuel Oscar Matus, elle rejoint le mouvement Nuevo Cancionero, qui dépoussière le folklore, et enregistre son premier disque "Canciones con fundamento". Ils auront aussi ensemble un fils, Fabian Ernesto.
Dans les années 1970, elle s'essaye également au cinéma, notamment dans deux films du réalisateur argentin Leopoldo Torre Nilson ("El Santo de la espada" et "Güemes"). Mais à la fin de la décennie, vient le temps de l'exil pour cette militante communiste. En 1979, elle est arrêtée lors d'un concert à La Plata, tout comme les spectateurs.
Mercedes Sosa n'a plus le droit de chanter et même si elle n'est pas interdite de séjour dans son pays, elle préfère s'intaller à Paris puis à Madrid. Elle ne retournera en Argentine qu'en février 1982 pour une série de concerts à Buenos Aires.
Par la suite, elle se produira dans les lieux les plus prestigieux comme la Chapelle sixtine au Vatican (1994), le Carnegie Hall de New York (2002) ou encore le Colisée de Rome (2002) lors d'un concert pour la paix, auquel participa notamment Ray Charles.
Sur le plan musical, Mercedes Sosa était une provocatrice née, défiant les tenants de l'orthodoxie, en mêlant le folklore au rock ou en enregistrant des disques avec des chanteurs d'opéra. Elle contribua aussi à la diffusion mondiale de l'oeuvre de la poétesse chilienne Violeta Parra.
Sa carrière lui a valu de recevoir de nombreuses récompenses, comme en 1992 lorsqu'elle fut déclarée citoyenne d'honneur de Buenos Aires, où elle a vécu à l'âge adulte.
«Ces prix ne me sont pas seulement décernés parce que je chante,
mais parce que je pense.
Je pense aux êtres humains et à l'injustice.
Je pense que si je n'avais pas pensé, mon destin n'aurait pas été le même»,
a-t-elle affirmé.
mais parce que je pense.
Je pense aux êtres humains et à l'injustice.
Je pense que si je n'avais pas pensé, mon destin n'aurait pas été le même»,
a-t-elle affirmé.
(Source AFP)

Miss You
11:30 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs, Musique, Tous des humains | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note






Commentaires
Drôle d'écho après avoir "vécu" en Argentine ces derniers jours au travers du dernier roman de JC Grangé...
Ecrit par : Anna Galore | 05 octobre 2009
Oui, j'ai trouvé aussi.
L'Argentine (avec le Guatemala, le Nicaragua) fait partie du périple en Amérique latine de l'héroïne du bouquin de Grangé, avec "escales" à Buenos Aires et Tucuman (d'où est originaire précisément Mercedes Sosa).
En découvrant la vie et l'engagement politique de cette interprète, je retrouvais des mots, des situations et des émotions croisés au fil des pages du week-end.
Ecrit par : Miss You | 05 octobre 2009
Incroyable cette voix ! En l'entendant, j'ai cru reconnaître Colette Magny !
anti
Ecrit par : anti | 05 octobre 2009
Merveilleuse voix, j'ai beaucoup aimé ce duo avec Francis Cabrel (que je ne connaissais pas) :
"Yo Vengo A Ofrecer Mi Corazon" (Je viens offrir mon coeur).
Je découvre une nostalgie plus proche du portuguais que de l'espagnol, qui me rappelle aussi Cesaria Evora.
Ecrit par : ramses | 05 octobre 2009
Le frisson !! C'est vrai qu'on retrouve un peu de la saudade portugaise. Nostalgie, tristesse, espoir incertain, dépossession, attachement indéfectible : il y a tout ça et plus dans la voix de cette femme : j'adore !
Intéressant ce que dit Wiki de la traduction de saudade : http://fr.wikipedia.org/wiki/Saudade
La saudade est un mot portugais et galicien, qui exprime une tristesse empreinte de nostalgie, quand une personne se sent dépossédée de son passé.
Saudade est généralement considéré comme le mot portugais et galicien le plus difficile à traduire. En roumain le mot "dor" exprime les mêmes sentiments et encore plus; on ne peut pas le décrire, on le sent et on le chante.[1]
La saudade est différente de la nostalgie. Dans la nostalgie, il y a un sentiment mêlé de joie et de tristesse, le souvenir du bonheur, mais aussi la mélancolie d'une existence unique dans le passé et d'un retour en arrière impossible. La saudade exprime un désir intense, pour quelque chose que l'on aime et que l'on a perdu, mais qui pourrait revenir dans un avenir incertain.
On parle de saudade dans deux cas, d'abord pour quelqu’un qui est éloigné de son pays, et qui garde l'espoir de revenir un jour; le terme est également employé par les portugais pour évoquer la nostalgie du passé.
La saudade est un mot consideré intraduisible. On essaie de l’expliquer et de lui donner un sens, mais on n’obtient qu’une idée approximative de ce mot. La saudade ne s’explique pas, elle se vit.
Mais même comme cela, plusieurs personnes ont essayé de la traduire, mais son sens reste toujours approximatif dans une autre langue que sa langue maternelle. D’après certains, la saudade peut se « comparer à un ensemble très fort de plusieurs états d’âmes comme un mélange de mélancolie, de tristesse, de regrets, de rêverie, de nostalgie et d’insatisfaction ». En fin de compte, la saudade veut exprimer une nostalgie absolue selon certains. La saudade, c’est s’ennuyer « d’une personne, d’un lieu, d’un moment, d’une circonstance… du passé, du présent ou du futur », disent certains autres. Le mot saudade pourrait être un cousin proche du spleen et du mal de vivre des auteurs romantiques français. Cependant, c’est un mal de vivre dans lequel on souffre, c’est un rappel heureux d’un événement malheureux. On peut également la ressentir comme une forme de mélancolie, de nostalgie de choses qui ne seront jamais, qui auraient pu être. Une sorte de "nostalgie anticipée". Il s'agit vraiment d'un état d'esprit, d'un état moral, que l'on peut obtenir, ressentir dans certaines conditions, dont celles énumérées ci-dessus.
La saudade a tellement de significations que chacun peut avoir sa propre idée de ce sentiment. D’ailleurs, plusieurs personnalités portugaises peuvent témoigner de cela :
Luís de Camões: « Un bonheur hors du monde »;
Fernando Pessoa : « La saudade c’est la poésie du fado… »;
Amália Rodrigues : « Épine amère et douce ».
Toutefois, généralement, tous s’accordent sur le principe que la saudade exprime une nostalgie extrême.
Ecrit par : Miss You | 05 octobre 2009
Miss, très intéressant, cet article sur la saudade. Il y a probablement plus de liens entre l'Argentine et le Portugal, sur le plan musical, qu'avec l'Espagne, dont ils ont adopté la langue...
Ecrit par : ramses | 05 octobre 2009
Une souffrance commune peut être à travers l'histoire de chacun de ces deux pays et son interprétation à travers la musique et le chant ?
Ecrit par : Miss You | 05 octobre 2009
Voilà bien longtemps que je n'avais pas entendu cette artiste, et ça m'a donné envie de ressortir les deux vinyls que j'avais acheté il y a vingt ans (déjà, oups...). J'ai écouté cette voix magnifique des soirées entières...
Anti, j'avais aussi des vinyls de Colette Magny ! ;)
Ecrit par : Adele Riner | 05 octobre 2009
"Anti, j'avais aussi des vinyls de Colette Magny ! ;)"
J'en sais rien, viens, donne-moi la main : http://www.youtube.com/watch?v=hu3FkYM2cGo
anti, Mets l'eau coton.
Ecrit par : anti | 06 octobre 2009
Je n'ai aucun souvenir de Colette Magny... Pourtant, elle a une belle voix !
Trouvé ce "Basin Street Blues", où elle chante en anglais (parfait) et ça swingue !
http://www.youtube.com/watch?v=xyiKn3VJg98&feature=related
Ecrit par : ramses | 06 octobre 2009
Yes, je connais ! Tu as raison, peu de personnes la connaissent. Il faudrait faire une note ;-)
anti, ça swingue ici aussi ! Yeah !
Ecrit par : anti | 06 octobre 2009
Je viens de lire ce bel hommage à "La voix des sans-voix" sur le site des Inrocks.
http://www.lesinrocks.com/musique/musique-article/t/1254805201/article/adios-mercedes-sosa-1935-2009/
Ecrit par : Miss You | 08 octobre 2009
Merci Miss, ils disent que personne n'a parlé de son décès, ils ne lisent pas notre blog !
Ecrit par : ramses | 08 octobre 2009
Ils ne savent pas ce qu'ils perdent ;-)
Cela étant, je suis surprise par le peu d'échos que la disparition de cette icône sud-américaine, et surtout femme magnifique, a rencontré. Je ne parle pas des quelques dépêches d'agences, mais de vrais, beaux articles.
Ecrit par : Miss You | 08 octobre 2009
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