07 octobre 2009

Jean Cocteau et la Méditerranée

autoportraitvestejaunea.jpg

Autoportrait à la veste jaune, 1952
Collection Fondation Regards de Provence
(Affiche de l’exposition).



Exposition « Jean Cocteau et la Méditerranée »
du 1er octobre 2009 au 24 janvier 2010
Au Palais des Arts -
Place Carli – Cours Julien, Marseille



mareealasirene.jpg Marée à la sirène


A l’occasion du 120ème anniversaire de la naissance de Jean Cocteau (1889-1963), la Fondation Regards de Provence - Reflets de Méditerranée souhaite rendre hommage à un créateur de toutes les avant-gardes et révéler la richesse et la diversité d’une vie artistique passionnante où la Méditerranée est une obsédante et généreuse source d’inspiration.

Ses références à l’histoire de l’art et à l’actualité montrent combien une curiosité sans pareille et une immense culture font de lui un personnage incontournable du XXème siècle.

Cette exposition présente près de 150 dessins, peintures, tapisseries, céramiques et bijoux de Cocteau et des dessins, peintures et photographies sur l’artiste au Palais des Arts à Marseille.

tapissaubusson1952.jpgTapis Aubusson 1952


Essentiellement connu comme poète, romancier, dramaturge et cinéaste, Jean Cocteau n’a cessé de dessiner toute sa vie. Il écrivait : « Mes dessins sont de l’écriture dénouée et renouée autrement », elle lui permet d’entrer en poésie et de défricher d’autres domaines de la création.
La Côte d’Azur, l’Espagne, l’Italie et la Grèce ont été des terres d’inspiration pour cet intellectuel-artiste protéiforme. Sa féconde imagination se mêlant à la joie de la création et sa production généreuse et passionnée glorifient cet infatigable créateur, dessinateur de toute une vie, doué à la fois d’une très grande facilité de trait et d’une riche sensibilité.

Il pratiqua les techniques plastiques les plus diverses, abordant la peinture, les différentes formes de l’estampe, la tapisserie, et à la fin de sa vie, la fresque et la céramique où son univers poétique s’exprime librement


bergergrec1954.jpg Berger grec 1954






« La Méditerranée ne se contente pas d’être un spectacle.
Il est probable que son sel et que son iode contiennent autre chose de fort mystérieux,
puisque toutes les côtes qu’elle baigne forment une sorte de patrie
et que les peuples qui habitent cette patrie composent une famille
qui, même lorsque les apparences et le mur des langues le démentent,
groupent une sorte de race, et je le répète, de famille
. »
(Jean Cocteau)




vasepichet.jpg




Cocteau et la Côte d’Azur



La Côte d’Azur aura été pour Jean Cocteau, tout autant que Paris, le lieu de toutes les rencontres, les créations et les passions. C’est en 1918, qu’il vint pour la première fois à Grasse chez le dramaturge Francis de Croisset, beau-père de Marie-Laure de Noailles, où il écrit « Le Coq et l’Arlequin ».

Les années suivantes, il fréquente avec Raymond Radiguet les plages varoises, de Carqueiranne, du Lavandou, de la Côte des Maures. Il écrit, entre autres, « Le Grand écart », « Thomas l’Imposteur » et la préface pour le « Diable au corps ».

legabierdevigie.jpgLe Gabier de la Vigie


Il séjourna à Villefranche-sur-Mer, à Toulon, à Roquebrune, à Hyères, à Saint-Tropez, à Prasmouquier en 1937 avec Jean Marais.

L’été 1950, à l’invitation de Francine Weisweiller, il s’installe à Saint Jean Cap Ferrat, dans sa Villa Santo Sospiro, où il prit alors d’assaut les murs de la villa azuréenne et ses graphismes ornèrent toutes les pièces et les lieux de circulation, envahissant l’espace.

Cet évènement précéda la décoration qu’il entreprit sur les parois et la façade de la Chapelle des Pêcheurs à Villefranche-sur-Mer. Il décore ensuite la salle des mariages de la Mairie de Menton, et la scène du théâtre grec en plein air du Centre Méditerranéen à Cap d’Ail en 1961.

ulysseetsirenes1952.jpgUlysse et les sirènes 1952


En 1956, il rencontre le couple de céramistes Marie-Madeleine Jolly et Philippe Madeline, installés sur les hauteurs de Villefranche-sur-Mer, avec qui il partage la passion de l’art de la terre et du feu et réalise une oeuvre conséquente de plus de trois cent modèles uniques ou à tirages multiples. Au fil des mois la collaboration de Jean Cocteau et ses potiers s’intensifie « c’est le feu de l’amitié et l’amitié du feu », dira-t-il à sa première exposition à Villefranche-sur-Mer.

Tous à l’atelier seront subjugués par ce génie qui comprend tout, voit tout, possède cette faculté extraordinaire de s’imprégner des choses, cette créativité sans borne qui déjà a ébloui les cinéastes, lithographes et autres verriers qui l’ont assisté techniquement. Sa vitesse d’exécution est impressionnante, le temps s’est arrêté, la « poèterie » est en marche.


orpheealalyre1950.jpg Orphée à la lyre 1950





Cocteau et l’Italie



L’Italie, proche voisine de la Côte d’Azur, est pour Jean Cocteau un lieu de ressourcement et de retrouvailles. Venise et Rome sont chargées d’histoire et sont faites de souvenirs, de ces moments rares où l’émotion et l’enthousiasme se conjuguent.

doramaar.jpgDora Maar, portrait


Pour le metteur en scène italien Giorgio Strehler, qui vécut et travailla longtemps à Paris : « Si l’oeuvre et la poétique de Cocteau ont été influencées par ses voyages et ses séjours en Italie, ainsi que par ses relations avec les artistes et les intellectuels de la Péninsule, sa « poésie » et sa personnalité ont pareillement laissé des traces profondes sur la culture italienne. Or, soulignons-le d’emblée, l’auteur du « Mystère Laïc » a survécu dans l’imaginaire collectif italien surtout grâce à sa « poésie de théâtre » et à sa « poésie cinématographique »».


mythologieblonde.jpgMythologie blonde



Cocteau et la Grèce



« …l’idée de la Grèce me hante après une longue nuit de ce sommeil qui massacre l’homme et n’épargne que les idées », écrivait Jean Cocteau dans le « Journal d’un inconnu ».

Cocteau le Grec, il le fut toute sa vie, et la Méditerranée était bien souvent et de façon évidente la Grèce.

Lorsqu’il découvrait les rivages azuréens il ne pouvait s’empêcher dans ses lettres à sa mère de comparer ces paysages avec ce qu’il pressentait de la Grèce : « L’air de mer qui excite à la poésie explique le lyrisme grec ».

portraitelcordobes1960.jpg Portrait d'El Cordobes 1960


Ses historiens confirment que Jean Cocteau n’est venu en Grèce qu’à trois reprises pour des séjours relativement brefs. Cela peut paraître paradoxal, car une part très importante de son travail est habitée par la Grèce antique et par sa mythologie. Un thème fort, qui tout au long de sa vie sera présent dans toute son oeuvre littéraire, dramatique, théâtrale ou plastique.



Cocteau et l’Espagne



En ce début du XXème siècle à Paris, l’Espagne est très présente sur le plan culturel tant par sa littérature que par la musique, et Cocteau est marqué par des rencontres qui furent capitales, principalement celles depuis le Bateau-Lavoir de Picasso, Sabartès et Juan Gris.

profilbleubroche.jpgProfil bleu, broche


Il reconnaîtra l’importance de sa relation avec Pablo Picasso, tant sur le plan amical que sur le plan artistique. “Picasso, c’est ma rencontre capitale. Il m’a appris à courir plus vite que la beauté, ce qui fait que l’on a l’air de lui tourner le dos...”

Il disait aussi de lui : “C’est le seul homme qui se serve du génie comme intelligence... Il est le type de prisonnier qui cherche à démolir sa prison”, ou encore : “C’est un chiffonnier récupérant tout sur son passage et haussant les objets à la dignité de servir”.

orpheus1950.jpgOrpheus 1950



Cocteau et la formule magique…



La poésie retrouve son sens premier et générique avec Cocteau : le « poien » grec, c’est faire, c’est créer.

Sous la figure tutélaire et emblématique d’Orphée, figure inspirée et inspirante, Cocteau est poète au plein sens du terme, celui qui crée de toutes les manières, celui qui crée comme il respire, celui dont la vie même est création. A ce titre, et dans la lignée des dandys du XIXème siècle, Cocteau est bien aussi de ceux qui ont voulu faire de leur vie une oeuvre d’art.

phedreetoenone1951.jpg Phèdre et Oenone 1951


Ainsi, pour Cocteau, dire que tout est écriture, c’est dire que tout est poésie. Tout est un.

La variété des genres, le passage d’une prétendue « discipline » à une autre, n’est pour lui qu’un déplacement naturel, un mouvement instinctif vers les formes d’art qui, à un moment ou à un autre, s’offrent à lui.

Comment les refuser ?

Danse, cinéma, peinture, dessin, céramique, objets sculptés, partout où il passe, Cocteau reste le même : un poète. Il ne se disperse pas, bien au contraire il se rassemble dans la variété des supports. Tout l’intéresse…

antigonepoemeobjet.jpg Antigone, poème-objet



L’intégralité des textes, citations et reproductions, proviennent du site Regards de Provence




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• A voir, le diaporama du Monde


• Un site où retrouver les expositions permanentes ou temporaires consacrées à l’artiste

gardiensdelolympebijou.jpgGardiens de l'Olympe, bijou



Miss You

Commentaires

Plus les années passent et plus on se rend compte de l'immensité du talent de ce poète sulfureux.

Sa "bio" sur Wiki tente de faire le tour de cet artiste majeur du XXème siècle :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Cocteau

J'ai bien aimé cette réflexion :

Saïd Taghmaoui (1998) : « Il a la grâce, le cynisme et l'intelligence de tirer les choses vers lui sans les briser, tout en les froissant; comme les philosophes arabes. Il fait une boucle sur lui-même, plus vite que les autres, et puis une boucle pour le plaisir de narguer ceux qu'il a dépassés. »

Ecrit par : ramses | 07 octobre 2009

Immense artiste effectivement, j'ai revu récemment : Le sang d'un poète" très beau film qui n'a pas vieilli, l'émotion transmise est toujours intacte... Peut-être pas aussi "reconnu" qu'il le devrait, notre Jean Cocteau ! ... je suis particulièrement sensible à l'autoportrait à la veste jaune ...
Je viens d'effleurer le sujet de l'autoportrait ici : http://www.antiochus.org/article-36778587.html
Antiochus

Ecrit par : Antiochus | 07 octobre 2009

Merci à vous deux. C'est un artiste qui me séduit beaucoup : la simplicité, la pureté, du trait et tellement de choses montrées ou, mieux, suggérées. Il y a un côté "étrusque" dans son dessin que j'aime particulièrement.

Ramsès, je trouve vraiment très belle la citation de Saïd Taghmaoui, et tout particulièrement la première partie : « Il a la grâce, le cynisme et l'intelligence de tirer les choses vers lui sans les briser, tout en les froissant, comme les philosophes arabes."

Antiochus, je vais aller te lire ; aujourd'hui, planning serré et pas assez de temps pour visiter les blogs amis : j'y remédie de ce pas ;-)

Parmi les endroits que j'aime tout particulièrement voir et revoir quand je vais chez mon frère à Menton, il y a le musée Cocteau au bord du port (la balade est belle pour s'y rendre et ensuite pour admirer) et la salle des mariages à la mairie, décorée par lui. Deux douceurs. Ma nièce a décidé que la prochaine on irait les voir toutes les deux (jusque-là la balade ne dépassait pas le manège situé tout près^^)

Ecrit par : Miss You | 07 octobre 2009

Il s'est glissé une erreur dans votre texte (extrait ci-dessous), par ailleurs très intéressant :

"Cocteau et la Côte d’Azur
La Côte d’Azur aura été pour Jean Cocteau, tout autant que Paris, le lieu de toutes les rencontres, les créations et les passions. C’est en 1918, qu’il vint pour la première fois à Grasse chez le dramaturge Francis de Croisset, beau-père de Marie-Laure de Noailles, où il écrit « Le Coq et l’Arlequin ».
Les années suivantes, il fréquente avec Raymond Radiguet les plages varoises, de Carqueiranne, du Lavandou, de la Côte des Maures. Il écrit, entre autres, « Diable au corps », « Le Grand écart » et « Thomas l’Imposteur »."

Permettez-moi de rectifier : Le Diable au corps n'est pas un roman de Jean Cocteau, mais de Raymond Radiguet. Cette précision n'enlève bien évidemment rien au talent multiforme de Jean Cocteau…

Sincères salutations,

Ariane Simon

Ecrit par : Ariane Simon | 07 octobre 2009

Dandy éclectique, touche-à-tout, frisant parfois le génie avec nonchalance... Je ne me lasse pas de découvrir à chaque plongée dans son univers de nouvelles créations.

Ecrit par : Adele Riner | 07 octobre 2009

Merci pour cette rectification, Ariane. Cocteau a juste écrit la préface de ce livre, Radiguet étant un de ses amis proches.

Ecrit par : Anna Galore | 07 octobre 2009

Ariane merci. J'ai rectifiié dans le corps ... non pas du diable ... mais dans celui de la note :-)

Ecrit par : Miss You | 08 octobre 2009

A propos de la rencontre et de l'amitié entre les deux hommes, voici ce qu'en dit Wiki

Sa rencontre avec Jean Cocteau

En 1918, il fait une rencontre qui exercera sur sa future carrière une influence prépondérante : on le présente à Jean Cocteau qui aussitôt devine —- « A quoi ? Je me le demande », écrira-t-il plus tard dans La Difficulté d’être —- un talent caché. Enthousiasmé par les poèmes que Radiguet lui lit, Cocteau le conseille, l’encourage et le fait travailler ; il l’aide ensuite à publier ses vers dans les revues d’avant-garde, notamment dans Sic et dans Littérature.

Ils deviennent inséparables et fondent en mai 1920 une petite revue : Le Coq, d’allure fantaisiste et de caractère essentiellement avant-gardiste à laquelle collaborent, entre autres, Georges Auric, le peintre Roger de la Fresnaye, Paul Morand et Tristan Tzara. Radiguet fait paraître dans le premier numéro un article qui débute par ces mots en grandes capitales : « DEPUIS 1789 ON ME FORCE À PENSER. J’EN AI MAL À LA TÊTE. » Jean Cocteau y publie des vers et cette critique de la critique : « La critique compare toujours. L’incomparable lui échappe. »

On a suggéré que l'amitié de Cocteau avec Radiguet a en fait été une liaison amoureuse, intense et souvent orageuse, mais aucune preuve formelle ne permet de le justifier.

Vers 1921, Radiguet abandonne la vie déréglée qu’il mène depuis quelques années et s’impose une forte discipline intérieure. « Rien de moins ordonné que sa vie extérieure, écrira plus tard Joseph Kessel qui fut aussi son ami, mais rien de plus harmonieux, de plus équilibré, de mieux construit et de mieux protégé que sa vie intérieure. Il peut traîner de bar en bar, ne pas dormir des nuits entières, errer de chambre en chambre d’hôtel, son esprit travaillait avec une lucidité constante, une merveilleuse et sûre logique. » http://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Radiguet

Et, à propos du "Diable au corps", http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Diable_au_corps_(Radiguet) .

Ecrit par : Miss You | 08 octobre 2009

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