09 octobre 2009
Le graff devient-il bobo ?
Sans penser au terme « bobo » que je n’aime pas, je m’étais demandée, au moment de l’expo Street art au Grand Palais, si exposer le graff dans un musée n’allait pas contre la nature même de ce mode d’expression anticonformiste dont l'extérieur (la rue) est la feuille blanche ?
J’en suis arrivée à la conclusion que l’exposer dans un musée contribue à lui reconnaître une vraie place en tant que création artistique et ça c’est déjà une bonne chose.
Cela contribue aussi à ne plus seulement le présenter/percevoir comme la déprédation d’un lieu (discours tellement entendu) mais plutôt à inviter à ouvrir les yeux et admirer les graffitis que je trouve parfois de toute beauté et souvent riches de messages.
Alors, en lisant ces deux articles dans 20minutes tout à l’heure, j’ai eu envie de les déposer ici.
Et vous ? Qu’en pensez-vous ?

Autrefois, on les arrêtait pour dégradations de voies publiques.
Aujourd'hui, les graffeurs exposent dans les lieux les plus prestigieux. A Paris, mais aussi à Marseille, Toulouse, Montpellier, autres grandes villes de France où le mouvement hip-hop est bien ancré.

La nouveauté, c'est qu'on commence à voir ces anciens marginaux poser aux côtés de people, d'institutionnels et de commissaires d'expos, chez Colette ou Agnès b.
Guillaume Descamps, ancien adjoint à la Mairie de Paris pour la Culture du 20e arrondissement, voit ça comme les «prémices d'une économie autour du street art», l'argent accordant du crédit à l'art urbain.
«Il n'y a pas d'école ni de licence de street art. Tout le monde peut le pratiquer sur tous les supports et avec presque rien. Sa force tient à cette dimension universelle», explique-t-il. Point de «boboïsation» donc, mais un art en voie de reconnaissance. Ou de récupération, selon certains graffeurs.
Par Astrografik«Le graff dans un musée, est-ce encore du graffiti ?», s'interroge un habitué de la rue Dénoyez, spot du 20e arrondissement.
Ceux qui l'entourent acquiescent, le graff authentique est celui de la rue, «gratuit et accessible à tous». Un peintre locataire d'un atelier à la Forge (Paris 20e) nuance: «Tant que l'image donnée n'est pas négative ni dénaturée, c'est bien qu'on en parle.»
Pourtant, tous voient d'un mauvais oeil ce «business» émergent. «Aujourd'hui, on a plus peur que le graff devienne l'affaire des élites que des flics !»
Mode il y a, mais elle a le mérite d'inciter les plus curieux à venir voir le graffiti dans la rue. Parce qu'ils le disent tous: «C'est là que tout a commencé».
Article de Clémence Millet

dans le 20e, pour illustrer la « boboïsation » du graff./ PHOTOGRAFFCOLLECTIF
Jeudi 1er octobre, 10h, rue Dénoyez, dans le 20e arrondissement de Paris.
Un duo de graffeurs s'active.
A deux pas du métro Belleville, leur mur est un «paradis» où ils peuvent peindre librement. Coincée entre deux troquets et l'association Frichez-nous la paix, cette galerie à ciel ouvert donne tout son sens à l'art urbain.
Rouleau et pot de peinture acrylique en main, les deux artistes préparent le fond d'une fresque sur le thème du bobo.

«Parce que le graffiti se "boboïse", délaissant la rue pour les galeries.» 14h, trois habitués du spot les rejoignent pour une pièce collective. Chacun son «crew», chacun son style.
Calligraphie façon Art nouveau pour Astro, 3D pour Twine, lettrage en aplat pour Blam.
Pendant que la Mouche se met en relief, les personnages bobos de Skio prennent vie. La rue s'anime au rythme de leurs traits.
Photographes improvisés, enfants, personnes âgées s'arrêtent. «Juste pour regarder», disent-ils. Les plus curieux, questionnent les cinq artistes qui apprécient: «Tout le monde trouvait ça moche avant.»
Par AstrografikL'intérêt que suscite le graffiti aujourd'hui a dépassé la sphère des amateurs. Le bistrotier du coin le confirme: «Ces jeunes font vivre le quartier avec des peintures toujours différentes.» Sans cesse «repassé», le mur de la rue Dénoyez témoigne de cette ébullition créative. 18h, déjà.
Contours en ombres et lumières, pochoirs et dernières finitions. Les graffeurs ont fini et lèvent le nez pour constater qu'autour d'eux, le temps ne s'est pas arrêté. L'art éphémère n'attend pas: une autre fresque aura recouvert le mur dès le lendemain.
Un article de Clémence Millet
• Le blog des graffeurs de la rue Denoyez et celui de Photograffcollectif
• L'histoire de la fresque réalisée pour l’article de 20minutes
Miss You
18:00 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : graphisme, musées, grand palais, street art






Commentaires
Ce que j'en pense? ok vous l'avez voulu:
"Autrefois, on les arrêtait pour dégradations de voies publiques. "
.. encore aujourd'hui. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles Miss tic
(http://henrikaufman.typepad.com/misstic_fanclub/)
expose en galerie maintenant. En plus du fait que c'est une femme qui a besoin de dormir la nuit, comme elle le dit elle-même...
Je suis sure qu'elle n'est pas la seule dans ce cas, passé la trentaine.. on vieillit (mdr et si vrai)
"exposer dans un musée contribue à lui reconnaître une vraie place en tant que création artistique"
Le dilemne reste, il me semble: Cherche-t-on à rajeunir les musées et leurs fréquentation ou continue-t-on d'ensevelir la créativité sous le masque mortuaire de la reconnaissance publique, étatique..
«Il n'y a pas d'école ni de licence de street art. Tout le monde peut le pratiquer sur tous les supports et avec presque rien. Sa force tient à cette dimension universelle», explique-t-il. Point de «boboïsation» donc, mais un art en voie de reconnaissance. Ou de récupération, selon certains graffeurs.
.. "presque rien"..
faut pas pousser et rester réalistes. Vu le prix des bombes (spéciales.. et la surface à couvrir)
.. sa force tient à cette dimension universelle"
Pas d'accord. Rien d'universel là-dedans. Juste comme le blues puis le jazz.. une évolution récupérée. venue des profondeurs de la disgrâce et bientôt érigée en standardde "créativité" ..Universelleeee!!! (càd poncif de la culture dominante. Même pas bobo.. Mais çà fait un peu mal quand même..
(pas peur du ridicule ce commentaire opportuniste..)
Tout le monde peut le pratiquer sur tous les supports..
pfffff.....
Vous savez les risques que vous prenez vraiment?
...
Réfléchissez deux minutes: Pourriez-vous le faire vraiment? Qui pourrait le faire VRAIMENT dans votre entourage?
Sinon oui, il y a beaucoup de bons éléments dans cette voie d'expression..
Ecrit par : sapotille | 09 octobre 2009
Merci pour cette réponse détaillée et riche de vécu.
"Vous savez les risques que vous prenez vraiment?"
Bonne question ! Un élément de réponse ?
« Le fait de tracer des inscriptions, des signes ou des dessins, sans autorisation préalable, sur les façades, les véhicules, les voies publiques ou le mobilier urbain est puni de 3750 € lorsqu’il n’en a résulté qu’un dommage léger. »
Article 322-1 du Code pénal
(Si le dommage n’est pas « léger », le tagueur risque une amende entre 30 000 et 75 000 euros, et entre deux et cinq ans de prison...)
"Le dilemne reste, il me semble : Cherche-t-on à rajeunir les musées et leurs fréquentation ou continue-t-on d'ensevelir la créativité sous le masque mortuaire de la reconnaissance publique, étatique..; "
La première proposition ne me semble pas une mauvaise idée a priori.
En revanche, je ne suis pas sure de comprendre la seconde. Faire une place aux graffx dans les musées serait signer leur mort à terme ?
"Sinon oui, il y a beaucoup de bons éléments dans cette voie d'expression.."
Je trouve aussi.
Ecrit par : Miss You | 09 octobre 2009
Complétement d'accord avec toi sapotille.
Sauf pour la dernière partie mais je suis un cas à part surement xD je connais un certain K.L. connu sous le nom de Daghaa dont je tairai le nom qui a posé sa trace sur les murs du XVIIème nord et XIIIème avec sa crew, ainsi que dans son collège plus jeune (avec autorisation du directeur d'établissement à l'esprit ouvert à l'art 2 rue). Et cette même personne et moi-même connaissons pas mal de gens pratiquant cette activité à risque peut-être mais tous les nouveaux arts ont été dangereux à la base... Quand on n'était pas déshonorés par la société, on était emprisonné ou pris pour fou, c'est aussi ça l'histoire de l'art visuel.
Ecrit par : Netsah (Anna's son) | 09 octobre 2009
Mon terme de nouveaux arts est un peu faux, ce serait plutôt les nouvelles manières de s'exprimer de manière visuelle au cours des ages.
Ecrit par : Netsah (Anna's son) | 09 octobre 2009
Bonjour à tous !
Je suis d'accord avec Netsah,moi je dirais même que c'est de la peinture rupestre de notre temps.
Il faut laisser le temps au temps.
En dehors de mon opinion personel,je voudrais surtout donner un grand merci à miss you pour cette article sur votre blog (que j'adore),cela fait longtemps que j'ai quitté Paris et cela m'a fait un bien fou!
A bientôt..
Ecrit par : Magnus-blanc | 10 octobre 2009
Destiner certains murs aux graffiti, comme celui de la rue Dénoyez, est une bonne idée (elle vient du Japon, il me semble ?) Par contre, s'en prendre aux wagons de métro ou au mobilier urbain, la nuit, me paraît plus ressortir du vandalisme que de l'art.
Ecrit par : ramses | 10 octobre 2009
Merci Magnus-blanc de tes mots à propos de ce blog. Ils font vraiment chaud au coeur.
A très bientôt alors :-)
Ecrit par : Miss You | 10 octobre 2009
En effet Ramses, ça vient du Japon, et c'est une très bonne idée. Je vous conseille d'ailleurs de regarder les vidéos du collectif Rinpa Eshidan http://rinpaeshidan.jp/works/index.html (ma vidéo préférée c'est 1Week of Art Works - si vous cliquez sur gallery vous verrez que comme beaucoup de graphers c'est avant tout des artistes).
Malheureusement quand on supprime tous les endroits d'expressions pour les taggers et graphers, quand on supprime les squats d'expression et les terrains vagues que des artistes de rue utilisaient depuis des années, pour mettre des bureaux moches à la place, ben ils posent où ils peuvent, car c'est avant tout des gens qui ont des choses à dire, à raconter, à revendiquer, à part les lourds qui se contentent d'écrire leur nom un peu partout. Leur toile c'est la ville.
Ecrit par : Netsah (Anna's son) | 10 octobre 2009
Trop bien le lien Netsah, merci. La vidéo est impressionnante : le graff nait tellement vite et évolue, semble changer de cap, pour finalement arriver à une oeuvre aboutie, qu'on ne pouvait pas deviner le temps de sa réalisation. Sympa de voir certains graffeurs en kymono.
"c'est avant tout des artistes ... des gens qui ont des choses à dire, à raconter, à revendiquer, à part les lourds qui se contentent d'écrire leur nom un peu partout. Leur toile c'est la ville"
Entièrement d'accord avec toi, voir le tout début de note ;)
Ecrit par : Miss You | 10 octobre 2009
"moi je dirais même que c'est de la peinture rupestre de notre temps."
J'aime bien la formule a priori, sauf qu'il me semble (à vérifer) qu'il y a une dimension art du sacré dans l'art rupestre alors que dans le graff, ce serait plutôt, un acte art anarchiste au fond.
En tout cas merci pour ton commentaire enthousiaste et bienvenu parmi nous Magnus-blanc.
J'ai vraiment adoré lire tous vos commentaires, super enrichissant !
Bon, ben, c'est pas ça qui va nous apporter les courses à la maison hein ? Je me garde la vidéo pour plus tard, Netchat.
anti, trois p'tits chats, trois p'tits chats, trois p'tits chats, chats,chats, chapeau d'pailleuh etc.
Ecrit par : anti | 10 octobre 2009
Hello !
Oui ! beau sujet Miss et contente de voir qu'il a enthousiasmé certains !
Netsah je suis aussi ok avec ce que tu dis...
L'art et les musées. Récup', mise en boite, offrande au peuple, sauvegarde, crucifixion (!)... oubli, réserve, prêts, cote, évaluations, assurances, enchères, pillages, legs, spéculation, restaurations... C'est un vaste sujet et oui, en choisissant arbitrairement de sortir de la rue un art censé être éphémère... On lui enlève une bonne partie de sa "force", de son "énergie vive" ... on enterre le profond jaillissement Dionysien sous la lumière esthétisante Apollinienne... L'authentique graff, de la nuit se livre au jour par la magie de l'aube.
Les peintures rupestres sont accessibles quand du jour on rampe dans la nuit de la grotte par la magie du Feu...
... et il reste plein de choses à en dire !!!
Bonjour Magnus-Blanc le rapport peinture rupestre/ graff me paraît intéressant et à creuser.
Ecrit par : sapotille | 10 octobre 2009
"contente de voir qu'il a enthousiasmé certains!"
Pareil ! Comme le dit Anna sur un autre fil, chacun a contribué à enrichir le sujet avec ses avis, expériences, suggestions ... et ça, ça me plait beaucoup :-)
" L'authenthique graff, de la nuit se livre au jour par la magie de l'aube.
Les peintures rupestres sont acessibles quand du jour on rampe dans la nuit de la grotte par la magie du Feu...
... et il reste plein de choses à en dire!!"
Magnifique. Alors encore un mot, un seul : encore !!
Ecrit par : Miss You | 10 octobre 2009
Sapotille,
J'adore ton style, emprunt d'humanité et de poésie. Je l'avais déja noté dans la note sur la conférence des Kogis. Encore, comme dit Miss !
Ecrit par : ramses | 11 octobre 2009
Merci Miss et Ram' ..il me faut du temps pour écrire ..et je ne peux le faire que si je fais autre chose à côté.. une perception symphonique de la vie sans doute.. .patience..
Ecrit par : sapotille | 11 octobre 2009
Patience, oui oui, c'est quand tu veux, la surprise n'en sera que plus belle !
Ecrit par : Miss You | 11 octobre 2009
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