19 octobre 2009
Les "réfugiés" climatiques en quête de statut juridique
Un conseil des ministres en tenue de plongée : samedi 17 octobre, le gouvernement des Maldives devait se réunir six mètres sous l'eau pour dénoncer le réchauffement. La montée de l'océan menace d'engloutir l'archipel.
Ses 400 000 habitants seraient alors en quête d'une terre d'accueil... sans pouvoir revendiquer le droit d'asile ni le statut de réfugiés. Car "le cadre juridique actuel ne permet pas de prendre en compte les migrations provoquées par le changement climatique", résume Charles Ehrhart, responsable de cette question à l'ONG Care.

lors d'un conseil des ministres qui s'est réuni samedi à près de quatre mètres sous l'eau.
A moins de deux mois du sommet de Copenhague,
le chef de cet état insulaire de l'océan Indien a mis en place cette opération
pour dénoncer le réchauffement climatique qui menace d'effacer son pays de la surface du globe.
(Reuters/Gouvernement des Maldives)
Les chiffres sont pourtant colossaux. Les catastrophes liées au climat ont provoqué la migration de 20 millions de personnes en 2008 selon l'ONU. D'ici à 2050, 200 millions de migrants pourraient être jetés sur les routes par les dérèglements de l'environnement.
Du Haut Comité des Nations unies pour les réfugiés (HCR) à l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), les agences mondiales ont pris conscience de ce vide juridique. Mais le dossier se heurte à la complexité du phénomène et à la crainte de migrations massives. "Des discussions sont en cours au sein de l'Inter-Agency Standing Committee, qui réunit les agences de l'ONU et des ONG", dit Anne-Marie Linde, au Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), responsable de la gestion des déplacés internes, pour qui "la principale faille concerne les victimes du climat qui traversent les frontières ".
"L'immense majorité de ces migrants restent à l'intérieur de leur propre pays et ne peuvent donc prétendre au statut de réfugié", précise Sybella Wilkes, porte-parole du HCR. Si l'organisation intervient parfois en urgence lors de catastrophes environnementales, elle réfute le terme de "réfugiés climatiques", craignant de lézarder le fragile édifice de la convention de Genève sur les réfugiés. "Faut-il inventer une définition juridique des déplacés climatiques ? La question est posée, estime la porte-parole. Mais la définition des réfugiés est très stricte et il n'est pas question de la modifier."

une mousson d'une ampleur inhabituelle a provoqué d'énormes inondations
en Inde, au Pakistan, au Népal et au Bangladesh.
SIPA/PRASHANT RAVI/AP
Quid des déplacés internes, alors ? Leur prise en charge est encadrée par des "principes directeurs" adoptés par l'ONU en 1998, mais non contraignants. "L'un des aspects importants de notre activité consiste à encourager les Etats à intégrer ces principes dans leur législation nationale", explique Mme Linde, à l'OCHA.
Mais là encore, le paramètre climatique brouille les cartes : au-delà des catastrophes soudaines, c'est une lente dégradation de l'environnement et des conditions de vie sur une large échelle que provoque le réchauffement. "L'un des gros problèmes est d'identifier si le déplacement est volontaire ou forcé, précise Mme Linde. Est-ce que les migrants partent de leur propre chef, à la recherche d'une vie meilleure, ou y sont-ils parce qu'ils ont perdu leurs moyens de subsistance ?"
Pour M. Ehrhart, "cela oblige à redéfinir les catégories, car, aujourd'hui, les deux cas de figure n'ouvrent pas du tout les mêmes droits". Un avis partagé par Koko Warner, responsable du département des migrants de l'environnement à l'Université des Nations unies, à Bonn. "Il faut une définition de ces déplacés, ne serait-ce que pour organiser l'aide : quels acteurs doivent intervenir, entre l'action humanitaire, les stratégies de prévention et d'adaptation, la gestion des risques ; qui coordonnera ces travaux, avec quel argent ?"
Derrière la revendication d'un statut pour les réfugiés climatiques, cette conviction : la responsabilité des pays riches dans le réchauffement leur donne l'obligation d'apporter aide et asile à ses victimes. Des pays comme les Maldives ou le Bangladesh demandent des compensations aux pays du Nord et exigent que la question des migrations forcées soit incluse dans les discussions pour parvenir à un accord à Copenhague.
C'est là que le bât blesse. "Beaucoup de pays entretiennent le flou juridique pour ne pas avoir à accueillir les populations déplacées", estime Philippe Chauzy, le porte-parole de l'OIM, qui a proposé une définition très ouverte des déplacés de l'environnement. "Au Nord comme au Sud, beaucoup d'Etats ne veulent pas voir la création de catégories de migrations qui les rendraient légales."

Les adversaires d'un tel statut ont un argument tout trouvé : la responsabilité du changement climatique peut difficilement être prouvée. Sans compter qu'une part des catastrophes n'a rien à voir avec le climat. Séisme en Indonésie, typhon aux Philippines, au Vietnam et au Laos, tsunami aux îles Samoa et Tonga : la série de cataclysmes qui s'est abattue sur l'Asie du Sud, fin septembre, a illustré la difficulté d'adopter une approche différenciée selon les cas de figure.
Pour M. Warner, "il faut chercher des solutions, pas des coupables. C'est la façon dont nous abordons ces questions qui déterminera si les pires prévisions se réalisent. Or l'aide des pays riches à l'adaptation des pays pauvres est le meilleur moyen d'éviter que des populations soient précipitées vers la migration et l'urgence humanitaire."
Par Grégoire Allix pour Le Monde.fr
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Miss You
11:20 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs, Tous des humains | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : climat, copenhague






Commentaires
Tout le monde se défile, comme d'habitude... En ce qui concerne la France, qui n'est même pas capable d'accorder le droit d'asile aux Afghans qui ont fui leur pays en guerre et les renvoie à une mort certaine par charters discrets, je ne me fais aucune illusion... Les "réfugiés climatiques" deviendront de nouveaux errants. Quand on lit des réserves pareilles, on se demande vraiment si Copenhague n'accouchera pas d'une souris !
Ecrit par : ramses | 19 octobre 2009
Affligeant, n'est-ce pas ? Avant de lire, je ne m'étais pas vraiment posée la question du statut de ces victimes du dérèglement climatiques : tout ce qui comptait pour moi était leur sauvetage et leur accueil.
Quand on pense que l'appel d'urgence, le SOS, lancé à l'ONU par les "petites îles" remonte à septembre 2008, c'est à dire déjà plus d'un an...
Ecrit par : Miss You | 19 octobre 2009
Identifier si le déplacement est volontaire ou forcé, re-définir (?) les catégories, donner une définition de ces déplacés.....On parle bien d'êtres humains? Ces malheureux ne rentrent pas dans les cases et on y va droit dans l'urgence humanitaire avec toute l'efficacité qu'on lui connaît. Si, si Ramses, Coppenhague accouchera d'une souris!
Ecrit par : valentine | 19 octobre 2009
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