29 octobre 2009

Nos fragilités sont une force

J’ai lu ce matin sur le site Psychologies.com l'article intitulé Nos fragilités sont une force et j’ai eu envie d’en déposer ici certains extraits.


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[…] Jusque-là, tout allait bien. Depuis neuf mois, nous vivions comme en apesanteur. Choyé, aimé, nourri, flottant voluptueusement dans une poche tout confort. […] Ce paradis perdu, où tous nos besoins étaient satisfaits sans le moindre effort, est à la source de notre première fragilité. Et pour cause : nous naissons totalement dépendants et inachevés.

« Nous sommes dépourvus d’instincts à la naissance, notre système nerveux n’a pas encore fini de se construire et nous devrons tout apprendre, observe Jean-Claude Liaudet, psychanalyste et auteur de Du bonheur d’être fragile. L’homme n’est pas le seul mammifère à avoir besoin de parents pour survivre, mais le temps d’apprentissage chez lui est particulièrement long : environ six ans pour les acquisitions de base permettant la survie, plus une dizaine d’années pour les plus complexes. Tel est le roi de la création ! »

Paradoxalement, nous vivons dans une société ultra-compétitive, qui nous exhorte à être toujours plus forts, refoulant notre vulnérabilité, assimilée à de la faiblesse. Pourtant, au moment de la maladie, d’une séparation ou d’un orage, celle-ci nous apparaît évidente.

Et si nous essayions aussi de la percevoir comme une ressource ?


Une source de lien et de créativité

Sans notre fragilité native, il n’y aurait pas de langage pour entrer en relation avec cet autre dont nous avons tellement besoin à l’aube de notre vie. Pas de langage, donc pas de transmission de l’expérience, et pas de mémoire de l’humanité. L’amour, l’amitié, l’empathie pointeraient aux abonnés absents.

Sans la reconnaissance de notre fragilité, pas de questions ni de doutes non plus. Donc pas de science ni de philosophie. Pas de littérature, de poésie, de théâtre, de cinéma…

Ne resteraient que des certitudes, des dogmes, des armures. William Shakespeare, dans Mesure pour mesure (Les Solitaires intempestifs, “Traductions du XXIe siècle ”, 2008), évoquait ainsi notre « essence de verre » pour symboliser la nature profonde de l’être humain.

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Quant à Jean-Claude Carrière, il souligne dans Fragilité : « Un personnage ne peut nous toucher, et toucher les autres, que lorsque nous avons trouvé en lui cette “essence de verre” que nous appelons vulnérabilité.

Alors notre vulnérabilité, loin d’être une simple et irrémédiable faiblesse, devient, parce qu’elle nous est commune, le moteur de toute expression, de toute émotion et, souvent, de toute beauté
».
(A lire une longue interview de Jean-Claude Carrière)

Notre identité même – ce fameux moi dont nous souhaiterions souvent qu’il soit homogène, solide, cohérent –, est faillible, ondoyante et diverse. […]

Nous sommes fragiles parce que nous sommes faits de conflits intérieurs. Si cela rend parfois nos décisions difficiles, cela nous permet aussi de nous adapter, de comprendre des points de vue opposés, de bouger, changer, chercher, découvrir. […]

Accepter cela, c’est accepter nos contradictions plutôt que les refouler. Et apprécier la diversité des angles. Ce que Picasso résumait joliment ainsi : « S’il y avait une seule vérité, on ne pourrait pas faire cent toiles sur le même thème. »


Une porte pour nos désirs

Nos fragilités, il est vrai, ne sont pas toujours douces à vivre. Loin de là. À défaut d’être canalisées, elles nous condamnent aux circonvolutions et aux mélancolies. Reconnues et utilisées, elles peuvent devenir une force. Associées à certaines activités, elles permettent en effet d’exprimer toute la sensibilité qu’elles supposent. Chacun peut, à sa mesure, les transcender par une activité créatrice. […].

Que dire de nos peurs dont les résurgences nous renvoient à notre essence de verre ? Elles sont aussi des portes. « Même si c’est surprenant, même si c’est difficile, on peut tenter d’écouter en soi les désirs qui se cachent, qui se terrent derrière chaque peur, aussi petite, aussi effrayante soit-elle », affirme le psychosociologue Jacques Salomé, […]. Les peurs, lorsque leurs objets sont réels, peuvent être des limites salutaires mais aussi des moteurs incroyablement puissants.

[…] Les comédiens le savent bien, un trac bien négocié est un trac utile. Il mobilise l’énergie dont nous avons besoin pour faire face à une situation inhabituelle ou déstabilisante, il permet le passage à l’acte de la prise de parole qui, lui-même, fait disparaître… le trac. […]

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De nos vulnérabilités naissent nos diversités, nos possibilités, nos forces. Chacun de nous, à son gré, peut ainsi se fixer ses propres règles, enfin respectueuses de son essence de verre. Se reconnaître fragile, en somme, et en éprouver du plaisir.


L'intégralité de l’article est ici, suivie de quelques témoignages de lecteurs.



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Quelques pistes :

À qui ferais-je de la peine si j’étais moi-même ? de Jacques Salomé (Éditions de l’Homme, 2008)

Du bonheur d’être fragile de Jean-Claude Liaudet
L’auteur, psychanalyste et psychosociologue, engage à se reconnaître fragile pour s’accepter et évoluer en accord avec soi (Albin Michel, 2007).

Fragilité de Jean-Claude Carrière
Le scénariste et écrivain propose, à partir de sa lecture des grands poètes, une vision de l’homme qui tire sa ressource essentielle de sa vulnérabilité même (Odile Jacob, “Poches”, 2007).


Miss You

Commentaires

Quel bel article, merci Miss de nous en faire part. Il n'y a pas si longtemps, je considérais ma vulnérabilité comme une tare....A présent que je l'ai apprivoisée, elle m'a ouvert les yeux sur des trésors insoupçonnés...J'avais adoré les" contes à guérir, contes à grandir" de Jacques Salomé...Je note "Fragilité" de Jean-Claude Carrière qui doit être très intéressant.

Ecrit par : valentine | 29 octobre 2009

"je considérais ma vulnérabilité comme une tare....A présent que je l'ai apprivoisée"
Je n'en suis pas arrivée aussi loin mais je ne regrette plus d'être vulnérable ;-) Un pas après l'autre.

Je ne connaissais Jacques Salomé que de nom et j'ai découvert une interview de lui le week-end dernier http://the-ou-cafe.france2.fr/index-fr.php?page=emission&id_rubrique=434 qui me donne envie de le découvrir plus avant. Je note le titre que tu évoques.

Quant à Jean-Claude Carrière, un personnage au parcours d'une richesse incroyable, je l'ai découvert avec le "Cercle des menteurs" (contes philosophiques) dont j'avais un peu parlé ici http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2008/05/24/le-cercle-des-menteurs.html et chaque nouvelle lecture de cet auteur est un vrai voyage, intérieur ou pas.

Ecrit par : Miss You | 29 octobre 2009

Merci Miss pour cet article qui est un petit trésor et qui tombe à point pour moi. ! Je me plongerai dans les références dès que possible.

Je me reconstruis pas à pas et apprends aussi à accepter ma vulnérabilité... Petit à petit, j'ai même l'impression que cette reconnaissance permet de dégager des forces nouvelles et une sensibilité plus développée.

Un jour peut-être aussi heureuse d'être fragile...

Ecrit par : Béatrice | 29 octobre 2009

J'ai le sentiment que l'on passe la première partie de sa vie à se construire une carapace, et la seconde à la détruire.

Les peurs et la vulnérabilité s'effacent au fur et à mesure que l'on progresse dans les connaissances et qu'on forge sa propre personnalité et sa confiance en soi. La dépendance s'éloigne, pour revenir en fin de vie... La boucle est bouclée !

Une chanson pour toi, Valentine, du grand Chet Baker, qui n'a jamais su se défaire de sa fragilité originelle :

http://www.deezer.com/listen-3984446

Ecrit par : ramses | 29 octobre 2009

Cool, bisous à toi Ramses, j'adore My Funny Valentine!
Et surtout n'hésitez pas à découvrir Jacques Salomé qui apparemment est plutôt méconnu dans son pays d'origine! Je suis fan depuis longtemps...

Ecrit par : valentine | 29 octobre 2009

Jacques Salomé est très connu en France, je te détrompe sur ce petit détail.

Ecrit par : Anna Galore | 29 octobre 2009

"J'ai le sentiment que l'on passe la première partie de sa vie à se construire une carapace, et la seconde à la détruire."

Même impression Ramses.

On a la fragilité et le rire en propre de l'homme ! Au final, c'est pas si mal.

http://www.dailymotion.com/video/x2e9pq_sting-fragile_music

anti

Ecrit par : anti | 29 octobre 2009

Je pense que tu connais déjà son site d'ailleurs : http://www.j-salome.com/01-info/accueil.php

anti

Ecrit par : anti | 29 octobre 2009

"Un jour peut-être aussi heureuse d'être fragile... "

Je nous le souhaite Béatrice :-)

Ecrit par : Miss You | 29 octobre 2009

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