05 novembre 2009
Manu Dibango : African soul et saxo
On le reconnait facilement par sa voix si particulière sur Africa N°1, une radio africaine sur laquelle il anime une émission hebdomadaire « 40 ans de musique africaine », en collaboration avec Robert Brazza.
Lui, c’est Emmanuel N’Djoké Dibango connu sous le nom de Manu Dibango.
Il fait partie des dinosaures de la musique africaine et l’un des instrumentistes les plus incontournables de notre siècle.

Retour sur une carrière !
Né le 12 décembre 1933, Manu Dibango est celui-là même qui, dans les années 70, est devenu le précurseur de la « World Music », à un moment où Soul et Makossa berçaient les jours glorieux des Camerounais. Cela se passait à Yaoundé en 1972, à l’occasion de la Huitième coupe d’Afrique des Nations.
Cette année-là, Manu compose "Soul Makossa", un hymne sur un 45 tours qui devint le plus gros tube africain de tous les temps et qui sera par la suite plagié par Michael Jackson avec Wanna Be Starting Something.
Jeté dans l’aventure européenne par son père dès l’âge de 16 ans, dans le but de poursuivre ses études en France, Manu se trouve piqué par le virus de la musique. Il apprend en ce moment la mandoline puis le piano.

Mais c’est précisément à Reims où il prépare le baccalauréat qu’il découvre le jazz et s’initie au saxophone, à la suite de sa rencontre avec Francis Bebey qui lui parle d’Armstrong et Sidney Bechet, deux figures emblématiques du jazz noir-américain. Les deux jeunes gens forment à cette occasion un petit groupe où chacun s’essaie à la pratique de son instrument favori.
A Reims, il joue les week-ends dans les cabarets et boîtes de nuit pour pouvoir subvenir à ses besoins. Fin 1956, différents contrats le mènent en Belgique dans les villes de Bruxelles, Anvers et Charleroi où son jazz prend une couleur africaine au contact du milieu congolais.
En 1960, dans l’ambiance des « Soleils des indépendances qui tombent sur l’Afrique comme une nuée de sauterelles », sa rencontre avec Joseph Kabasélé, le Grand Kallé et l’African Jazz va tout déclencher. Embauché comme saxophoniste dans son orchestre, ensemble, ils enregistrent une quarantaine de disques dans un studio à Bruxelles pendant quinze jours et se lancent dans une tournée du côté de Kinshasa. C’est le beau succès !

A cette étape déterminante de sa carrière, il décide de faire cavalier seul : il « invente alors un patchwork tissé de conversations riches et fougueuses entre le jazz et les musiques africaines ». De là nait ce qu’il appelle l’"African soul", un mélange de jazz, de rumba et de rythmes latino.
De par sa stature de musicien reconnu, Manu Dibango conquiert l’Europe, les Etats-Unis puis l’Afrique dans sa totalité. Il enchaîne tournées et albums, s’engage dans des combats humanitaires, met son talent et son savoir-faire au service des jeunes artistes et revisite sur les antennes de radio et de télévision le patrimoine de la chanson.
A 76 ans, Manu Dibango fait partie des 50 personnalités qui font le Cameroun et des 100 personnalités de la diaspora africaine selon le magazine panafricain Jeune Afrique (no 2536-2537, du 16 au 29 août 2009, p. 41 et Jeune Afrique, n° 2520-2521, du 26 avril au 9 mai 2009, p. 43). Il a dans sa besace plus d’une quarantaine d’albums, 36 ans de Soul Makassa et des centaines de collaborations musicales.
Pour mémoire, le 3 février 2009, l’Afro-européen Manu Dibango décide d’attaquer les maisons de disque de Michael Jackson et Rihanna (Sony BMG, Warner et EMI) pour avoir utilisé sans autorisation le thème de Soul Makossa et sa musique pour le tube Please don’t stop the music.
Source du texte Agoravox
• Le site de Manu Dibango
• Clip de « Hommage à la Nouvelle Orléans » à voir et écouter ici

• Le « Very best of Manu Dibango » sur Deezer
• La “Fête à Manu” sur Deezer
Miss You
11:15 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs, Musique | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note






Commentaires
Quelle pointure ce Monsieur ! C'est fou, il reste tellement... tellement... que je n'ai pas pensé une seule seconde qu'il avait pu vieillir durant toutes ces années ! 76 ans ! Waouh !
Lu sur Wiki : "En 1992, Yves Bigot (FNAC Music) lui propose d'enregistrer Wakafrika, un album de reprises des plus grands tubes africains avec la crême des artistes africains et des musiciens internationaux. L'album, dont George Acogny assura la réalisation et Philippe Poustis la production exécutive, paraîtra dans le monde entier. Projet ambitieux de réunification musicale de l'Afrique, Manu revisita le patrimoine de la chanson en invitant les ténors Youssou N'dour sur Soul Makossa, King Sunny Ade sur Hi-Life, Salif Keita sur Emma, Angélique Kidjo et Papa Wemba sur le très beau Ami Oh ! sans oublier Peter Gabriel, Sinéad O'Connor, Dominic Miller (guitariste de Sting) et Manu Katché (entre autres) ..."
Ça doit donner !
anti
Ecrit par : anti | 05 novembre 2009
Là, nous sommes d'accord ! Un grand MERCI Miss du plaisir que tu me fais... Manu Dibango fait partie des tous grands... A mon avis, il a même dû être dans les premiers à donner ses lettres de noblesse à l'African Jazz et véhiculer la musique africaine. C'est en tout cas grâce à lui que j'ai découvert par la suite toute une quirielle d'artistes tels que Youssou N' Dour, Geoffrey Oryema, Lokua Kanza, Mamady Keïta... et le magnifique album de Dee Dee Bridgewater "Red Earth" où elle renoue avec sa terre natale du Mali et qui illustre si bien l'harmonie de cet "African-Jazz "incomparable.
Ecrit par : valentine | 05 novembre 2009
Je suis allée regarder sur Wikipedia la définition de musique soul. La note est très intéressante. J'y ai notamment appris que le thème soul apparait pour la première fois dans les titres des premiers albums de Ray Charles: Soul en 1958 et Saul Meeting en 1961. C'est Ray Charles qui mélangea sa passion pour le gospel avec les rythmes saccadés du rythm and blues pour donner naissance à la soul.
Dans les années 60, la jeunesse noire a utilisé la soul comme un mouvement contestataire pour réagir face à la communauté blanche.
Les dérivés de la soul: la latin soul, Rap, R&B, Hip-Hop, soul-pop, nu soul dont fait partie Maxwell.
Ecrit par : valentine | 05 novembre 2009
Plaisir partagé, o combien. Quand je pense à la world music, c'est toujours à lui que je pense en premier, sans doute parce qu'il a su créer de si belles rencontres et des moments de magie pure, ensoleillés de son sourire de croqueur de vie.
Ecrit par : Miss You | 05 novembre 2009
Ah ça, le Manu, il n'a pas d'âge, c'est bien vrai. Un géant, une merveille que ce musicien et cet homme. Et puis, revoir évoqués Youssou, Salif Keita, Geoffrey Orema, King Sunny Adé, Dee Dee, Angélique Kidjo, Peter Gabriel et Manu Katché pour ne citer ceux que je connais le mieux... cette communauté de la World Music est d'une richesse et d'une humanité peu courantes.
Une chose à mentionner également, à ce sujet : lorsque le dessin animé Kirikou a été réalisé, son premier épisode a été accompagné de chansons composées par Youssou ("Kirikou est gentil et c'est mon ami / Kirikou n'est pas grand mais il est vaillant...") et son deuxième volet par Manu Dibango. Un passage de relais à peine détectable tellement l'âme est commune.
Ecrit par : Anna Galore | 05 novembre 2009
Manu Dibango est, à mon avis, le plus grand saxophoniste non-américain. Il joue à la fois du ténor et du soprano (comme dans le dernier extrait, instrument sur lequel excellait Sidney Bechet). Il a à la fois une grande culture jazzistique et un rythme résolument africain, qui se marient admirablement. Il a une puissance de jeu que l'on retrouve chez Sonny Rollins, par exemple. Sur le plan humain, c'est quelqu'un de très remarquable également, d'une grande générosité et d'un optimisme à toute épreuve. Dommage qu'on ne le voit plus à la TV, comme il y a une vingtaine d'années, dans les émissions de variétés aujourd'hui disparues... Tout fout le camp ! Merci, Miss, de nous avoir rafraîchi la mémoire et aussi à Valentine et Anti pour leurs recherches pertinentes ! Et longue vie à cet humaniste de grand talent.
Ecrit par : ramses | 05 novembre 2009
Pour les fans de l'émission et du Monsieur : ce soir ou/et demain ou encore/et encore après demain matin "Empreintes - Manu Dibango, tempo d'Afrique" sur France 5 - 20h35 - 21h30 (Durée : 55 min)
Calixthe Beyala a suivi Manu Dibango au Cameroun, en Belgique, mais aussi en France, sur les lieux de son histoire : Saint-Calais, Champigny-sur-Marne, ou encore dans le quartier parisien de Château-Rouge. De nombreuses images d'archives illustrent ce portrait du saxophoniste et compositeur, qui se dévoile et raconte également ce qui l'a nourri et construit tout au long de sa carrière, entre son Afrique natale, l'Europe, sa terre d'adoption, et l'Amérique des jazzmen qui l'a profondément inspiré. Le documentaire est également ponctué de séquences musicales inédites, comme ce moment où l'artiste a accompagné Nino Ferrer chantant «Je voudrais être un noir».
http://www.cesoirtv.com/programme/2977166/empreintes.php
Youpiiiiiiiiiiiiiii !
Ecrit par : Miss You | 09 avril 2010
Miss,
J'ai regardé l'émission, merci de l'avoir signalée, elle m'a beaucoup plu. Comme je le disais plus haut, j'ai toujours énormément apprécié Manu Dibango. Je l'avais écouté dans les années 70, rue des Lombards... C'est non seulement un grand musicien (j'ai appris qu'avant de devenir célèbre au saxo, il avait commencé par la mandoline !), mais c'est aussi un humaniste au plein sens du terme, quelqu'un qui se sent chez lui aussi bien au Cameroun, qu'à Champigny-sur-Marne ou en Belgique. En plus, il a un rire extraordinaire, qui donne le moral ! J'ai revu aussi avec beaucoup d'émotion Nino Ferrer jeune, qui a mis fin à ses jours... Gaston, il y a le téléphone qui son et plus personne ne répond...
Ecrit par : ramses | 10 avril 2010
Hé hé :-)
Je n'en ai vu qu'un mini moment pour cause de téléphone surprise : je recommencerai demain matin ;-)
Il est pour moi la personnification de la "world music", comme Youssou ou Peter Gabriel.
"quelqu'un qui se sent chez lui aussi bien au Cameroun, qu'à Champigny-sur-Marne ou en Belgique" et qui fait que l'on se sent heureux du partage et des rencontres autour de la musique, que l'on soit au Cameroun, à Champigny-sur-Marne ou en Belgique.
En plus j'adore son rire, encore un croqueur de vie.
Ecrit par : Miss You | 10 avril 2010
Je vais de ce pas voir Empreintes, merci Miss pour l'info!
Ecrit par : valentine | 10 avril 2010
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