09 novembre 2009

Le village qui s’invente un roman

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Une jolie histoire de partage et d’écriture, où une fois encore la magie d’internet opère.


L’aspirant écrivain Leandro Vesco a mis en ligne quelques chapitres d’un récit qu’il a situé dans la station thermale de Carhué.

Il n’imaginait pas que les habitants allaient écrire la suite…



Tout commence il y a environ cinq ans, lorsque Leandro Vesco se rend pour la première fois à Carhué [localité située à 520 km au sud-ouest de Buenos Aires et réputée pour ses eaux thermales].

Cet agent immobilier de Buenos Aires écrit depuis longtemps, mais n’a encore jamais été publié. Pendant des années, il a lu ses textes (notamment son manifeste Orthocentrisme ou son hymne aux artistes et aux musiciens) dans des bars du quartier Palermo.

Au terme de son séjour à Carhué, il invente une légende à propos d’une mystérieuse source d’eau de Seltz qui rend amnésique et se lance dans l’écriture d’un roman où il fait figurer une poignée de personnages réels croisés dans la petite ville, respectant leur nom, leur prénom et leur profession.

Le roman raconte sur environ 500 pages l’histoire de Carhué de sa fondation à nos jours.
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Les différentes trames s’articulent autour de la mystérieuse source d’eau de Seltz du lac Epecuén, à laquelle auraient eu accès [à la fin de xixe siècle] les troupes du cacique Juan Calfulcurá et qui aurait guéri le général Levalle alors qu’il agonisait sur les rives du lac. Mais, là où la majorité des romans s’achèvent, celui-ci ne fait que commencer.

Une fois son livre achevé, Vesco en poste quelques chapitres clés sur une page Facebook et laisse la seconde partie de l’histoire s’écrire toute seule.

Il raconte le secret du général Levalle, comment celui-ci a découvert la source d'eau de Seltz, l’a embouteillée dans sept siphons d’or et en a enterré un sous la place du village.

Plusieurs habitants de Carhué qu’il ne connaissait pas (et qu’il n’a connus que récemment) se mettent alors à apporter des idées et deviennent des personnages actifs, fournissant des pistes, des images et de nouveaux récits sur le mystère de la source d’eau de Seltz.

Trouvant que le roman respire trop la bonté, Joaquín Seijas, un natif de Carhué établi à Buenos Aires, se propose comme méchant et grand maître de l’Ordre (maçonnique) de l’eau de Seltz.

Araceli Fernández, une quinquagénaire blonde qui joue des morceaux de Billy Joel au piano et se déguise en bonne sœur, commence à révéler le contenu des journaux intimes de sa grand-mère, “Sifona”, et devient l’adversaire de Seijas.

David Schapschuk, un guitariste de 18 ans peu bavard, fils d’un marchand de glaces de la localité, compose la bande-son accrocheuse du roman. Virginia Delrieux, sculptrice, photographe et employée d’une société d’aéromodélisme, conçoit le blason de l’Ordre de l’eau de Seltz, crée un prototype du siphon d’or et persuade ses amies de se laisser photographier vêtues de draps autour du lac Epecuén.

D’autres habitants utilisent la page Facebook comme tableau d’affichage électronique, sur lequel ils postent poèmes, petits mots ou avis de recherche d’animaux de compagnie égarés. A ce jour, plus de 1 200 personnes se sont enregistrées sur la page Facebook du roman. Un chiffre impressionnant, lorsqu’on sait qu’on ne dénombre à Carhué qu’un millier de connexions Internet.

Vesco prend conscience du phénomène qu’il a provoqué lorsqu’il retourne à Carhué huit mois après avoir créé sa page Facebook. Désormais, les habitants l’appellent Sr. Novela [M. Roman] ou Sodaman.



A cette occasion, il fait aussi la connaissance de plusieurs des personnages de son roman virtuel. Il y a Araceli, qui apparaît sur Facebook déguisée en bonne sœur. Il y a aussi Gastón Portarrieu, l’historien du lieu, dont Vesco, dans son roman papier, avait fait une sorte d’Indiana Jones de la pampa.

Portarrieu raconte que, pendant qu’il écrivait son roman, Vesco le bombardait de courriels pour obtenir des renseignements historiques. “Je n’en pouvais plus”, se souvient-il.



L’historien a également participé au roman virtuel, mais il a récemment pris ses distances pour protéger son rôle de gardien de la mémoire de Carhué. Il craint en effet qu’une trop grande proximité avec Vesco ne transforme les délires de la fiction en vérité historique. “Chaque fois que je participais, Vesco disait : ‘Vous voyez, tout cela est vrai : même le directeur du musée le dit !’”

Vesco a été attiré par le lieu dès l’instant où il y a mis les pieds. “Je pense souvent à m’installer ici et à fonder un petit journal local. Mais je crois que j’ai perdu toute crédibilité”, confie-t-il. Le plus étonnant, c’est qu’à Carhué beaucoup font semblant de le croire et s’amusent à rendre son mensonge un peu plus vrai. C’est que ce dit Joaquín Seijas, le méchant de l’histoire. “J’ai créé un personnage qui réaffirme la vérité d’un mensonge. En niant tout, le méchant fait en sorte que tout soit plus crédible.”

Sources Courrier international et Clarin.





• Un site de gentils « siphonés », très riche : Siphon.fr
Photos : bulle et siphon bleu


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Commentaires

Excellent ! J'adore ces cadavres exquis.

anti

Ecrit par : anti | 09 novembre 2009

Quelle histoire géniale !

Ecrit par : Anna Galore | 09 novembre 2009

Une histoire à dormir debout, où l'on voit la magie d'internet mêler le réel à l'imaginaire... Egalement comment un auteur inconnu peut devenir célèbre (tiens, il me rappelle qu'elqu'une...) !

Le siphon, lui, me rappelle mon enfance, il trônait sur les tables des bistrots parisiens, pour accompagner la Suze... Mon grand-père m'y amenait parfois le dimanche avant le déjeuner, il y dégustait une absinthe, avec une cuiller percée, sur laquelle reposait un morceau de sucre, où l'on faisait couler l'eau très lentement, tandis que le liquide dans le verre devenait blanc-verdâtre... Je regardais le spectacle, fasciné, en sirotant une grenadine ! Ensuite, nous nous arrêtions chez le pâtissier pour acheter un Paris-Brest, avant de rentrer à la maison, où nous attendait un gigot-flageolets mijoté par ma grand-mère, qui m'appelait son "petit loup" ! C'était un rituel immuable, un temps où les enfants ne prenaient la parole qu'après y avoir été invités...

Ecrit par : ramses | 09 novembre 2009

Très joli souvenir...

Ecrit par : Anna Galore | 09 novembre 2009

Il y a beaucoup de choses dans ton souvenir Ramses. Beaucoup trop même pour ce soir.

anti qui se taperait volontiers un Paris-Brest (dont je parlais hier d'ailleurs ;-))

Ecrit par : anti | 09 novembre 2009

Emouvant souvenir Ramsès ;) On devine le regard émerveillé du petit garçon et celui du grand-père, heureux de ce moment partagé, un joli rendez-vous.

J'ai le souvenir d'une collection de siphons en verre de toutes les couleurs dans une pharmacie ancienne dans l'Orne, toute de poutres apparentes et d'étagères grimpant jusqu'en haut des murs, avec les poteries de faïence aux noms latins. Le pharmacien derrière ses lunettes ressemblait à un lutin et, du haut de mes cinq ans, je lui donnais l'âge de Gepetto.

Pour en revenir au roman du village, je trouve l'idée aussi généreuse que géniale. Le livre a un peu échappé à son auteur mais j'aime cette écriture à mille mains.

Ecrit par : Miss You | 09 novembre 2009

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