14 novembre 2009
Envoûtante Estrémadure
D’abord, je suis tombée en admiration devant les photos de Jean-Michel Voge, puis j’ai découvert le texte de voyage de Léopold Sanchez.
Alors j’ai fait le rêve d’une fin de printemps ensoleillée partie à la rencontre de cette Espagne ancienne, l’Estrémadure (en espagnol Extremadura, Estremaura en extremaduran), riche d’histoire et de légendes, de pierres roses et d’ocres, de chênaies et de secrets murmurés par des fontaines au cœur des villages ou au creux de jardins.

de retour du Nouveau Monde.
Le paysage n’a pas changé depuis.
Francisco Pizarro était de Trujillo, Vasco de Balboa de Jerez de los Caballeros, Hernán Cortés de Medellín...
La liste est longue des conquistadores qui sont partis d'ici pour se lancer dans l'aventure du Nouveau Monde.
On dit bien : «A terre dure, hommes durs !» […]

Venues d’Aragón, les vieilles familles y ont implanté cette tradition.
A l'image de ces vieux palais étalant leur noble lignage sur des écussons monumentaux, l'Estrémadure est une région difficile et qui ne s'offre pas au premier venu.
Il faut savoir l'aborder, connaître un peu son histoire, aimer ses vieilles pierres, ses châteaux orgueilleux et son paysage rude avant de commencer le voyage.
Jusqu'à peu, cette région, entre Madrid et le Portugal, était l'une des plus isolées d'Espagne. […]
[…] Un exemple, Robledillo de Gata.
Avec ses maisons en pierre sèche, ses toits pentus que recouvre l'ardoise, ses balcons de bois penchés sur des venelles qui traversent le cours impétueux d'un torrent... Qui pourrait imaginer qu'à moins d'une heure par la route de Salamanque, à peine davantage de Tolède ou de Madrid, on trouve encore des villages tout droit sortis de romans de contrebandiers ?

dans le nord de la province,
fut longtemps un lieu oublié des touristes.
Rocailleux comme les montagnes (sierra) qui l'entourent, le nom de cette petite localité rappelle que le nord de l'Estrémadure, entre la Sierra de Gata et la vallée del Jerte, est une vaste forêt de chênes (roble, en espagnol) : Robledo, Robledillo de Gata, Robledollano...
Plus à l'ouest, Jarandilla de la Vera, célèbre à cause du monastère de Yuste, où Charles Quint passa les dernières années de sa vie.

la Sierra de Gata fait penser à l’Ecosse.
Au milieu de la sierra sauvage, les vieilles murailles du couvent abritent des jardins où croissent à profusion lauriers, eucalyptus et orangers.
C'est là, dans une chambre encore tendue de velours noir, que le vieil empereur - dont on disait que ses Etats ne voyaient jamais se coucher le soleil - ferma les yeux le 21 septembre 1558. Son dernier regard, depuis son lit à baldaquin autour duquel se pressent aujourd'hui les touristes, fut pour la chapelle attenante.
Robledollano et ses collines aux teintes bleutées qui se noient dans le lointain, ses chênaies découpant leur masse sombre sur la terre ocre brûlée par le soleil et par le vent. Le vent, sans doute, qui a donné au paysage la forme fantastique d'un grand amas de cailloux... ou bien sont-ce des châteaux en ruines sur des promontoires ?
Tout au fond, l'ombre massive des montagnes, la Sierra de las Villuercas, enferme, tel un écrin, ce bijou gothique qu'est le monastère royal de Guadalupe.

un joyau gothique enchâssé dans l’écrin sauvage de la chaîne de las Villuercas
La légende raconte qu'il fut construit au XIVe siècle à l'endroit où, sur les indications de la Sainte Vierge (le ciel ne dédaignait pas, en ce temps-là, de s'improviser cicérone), un chevrier découvrit une relique.
Durant tout le Moyen Age, ce fut le lieu de référence des rois d'Espagne, et surtout d'Isabelle la Catholique, qui voulait être enterrée là... On lui préféra ensuite Grenade (ville, dont je vous avais parlé ici).
Entre ses tours et ses murailles crénelées, la petite bourgade coule des jours paisibles à l'ombre de ses ruelles bordées d'arcades et de ses maisons ensevelies sous les géraniums.[…]
[…]La visite du monastère royal s'impose, ne serait-ce que pour admirer dans la sacristie La Vie de saint Jérôme, le chef-d'œuvre du Zurbarán.

[Et aussi] Plasencia, qui raconte les luttes séculaires avec les Maures. Coria la blanche, écrasée par sa cathédrale de style plateresque : une masse de pierre travaillée comme un banc de corail blanc par le ciseau de sculpteurs qui n'avaient pas oublié les entrelacs des palais mauresques.

Trujillo, avec ses vieux palais aristocratiques, si caractéristiques avec leurs portails et leurs balcons en coin. Sa belle cathédrale du XIIIe siècle, dont la rampe du parvis porte encore la trace des épées que les caballeros affilaient sur la pierre en attendant la fin de l'office.

Cáceres et ses 1 500 mètres de remparts, enfermant un centre historique, datant du XIIIe au XVIe siècle, unique au monde, car il nous est parvenu intact. […].

Enfin Merida, l'antique Augusta Emerita, la cité d'Auguste, qui abrite les plus beaux restes antiques de la péninsule, autour d'un exceptionnel musée d'antiquités romaines.

Plus de quarante sites, dont l'arc de Trajan, le pont romain, l’ « aqueduc des Miracles », le barrage de Proserpine, son forum, ses thermes et son théâtre admirablement conservé.
On y donne, l'été, des pièces d'auteurs classiques sous le ciel toujours serein d'Estrémadure.

• L’intégralité du texte de Léopold Sanchez est ici.
• Sauf précision contraire, les photos sont signéesJean-Michel Voge/Le Figaro Magazine
• D’autres photos de l’Estrémadure, prises par des internautes, peuvent être admirées là.
• A lire, pour tout plein d'excellentes raisons, parmi lesquelles sa richesse, les trésors qu'il recèle, sa belle écriture, tout ce qu'il enseigne et raconte, toutes les réflexions qui accompagnent puis suivent sa lecture, et aussi pour retrouver ces paysages Le livre de Saphir, superbe !, qu'Anti nous a fait découvrir et que je relirai avec délice.
Miss You
14:02 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note






Commentaires
Un parcours dans des paysages tels que ceux que j'imaginais pendant la lecture du Livre de Saphir de Gilbert Sinoué ( http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2008/06/03/le-livre-de-saphir.html ), Espagne 1487.
Pas de doute, Jean-Michel Voge est un excellent photographe.
anti
Ecrit par : anti | 14 novembre 2009
Très belles photos, en effet. C'est vrai qu'elles évoquent de jolie façon le Livre de Saphir.
Ecrit par : Anna Galore | 14 novembre 2009
Lorsque je suis revenu du Portugal, par Badajos-Caceres-Salamanca (étape incontournable), j'aurais dû, si j'avais lu cette note avant (!), prendre plus à l'est jusqu'à Guadaloupe et rejoindre Salamanca par Navalmoral et Plasencia... J'ai sûrement loupé une grande découverte, pour un détour manqué de 100 kms maximum... Sur 3.000 kms, c'est "peanuts" !
Merci Miss, la vidéo est superbe et les photos aussi !
Ecrit par : ramses | 15 novembre 2009
" j'aurais dû, si j'avais lu cette note avant (!) ..."
Pas de regrets à avoir Ramsès, elle n'était pas écrite à ce moment là ;-)
Vous avez raison pour le "Livre de Saphir" ! En préparant la note, j'avais le sentiment de "connaître" ces paysages sans avoir entendu parler auparavant de cette région d'Espagne (le nom m'aurait je crois interpellé) et c'est ça ! C'est le décor du livre ! Je viens de rajouter le lien vers la note d'Anti, en bas de celle-ci.
Ecrit par : Miss You | 15 novembre 2009
"En préparant la note, j'avais le sentiment de "connaître" ces paysages sans avoir entendu parler auparavant de cette région d'Espagne"
Pareil en la lisant. Sinoué est vraiment un bon écrivain puisque nous avons toutes reconnues les paysages sans les avoir jamais vu ;-)
anti
Ecrit par : anti | 15 novembre 2009
Ce livre figure pour moi parmi le plus beaux et riches moments de lecture de ces dernières années, avec quelques autres comme le Don de Qa et le Secret du Jaguar. Que du très beau !
Ecrit par : Miss You | 15 novembre 2009
lol C'est beau. Ces livres, c'est moi qui ai dû t'en parler je pense, après que Sapotille et/ou Jean-Gabriel Foucaud m'en ai parlé, après que d'autres personnes leur en ai parlé etc. etc.
anti, fête ! passez !
Ecrit par : anti | 16 novembre 2009
Oulaaaaa! j'ai été là-bas partout où vous montrez.. çà fait plus de quinze ans.. je m'en souviens comme si c'était hier!!! Me reste plus qu'à lire le livre de saphir alors??
chouette!
Ecrit par : Sapotille | 16 novembre 2009
Mdrrr ! Le Livre de Saphir, c'est Jeannine qui me l'avait conseillé ! Et hop !
anti, César etc.
Ecrit par : anti | 16 novembre 2009
Ah L'Estrémadure !
Je ne peux m'empêcher de citer un morceau de la page 45 de "La Noria des Temps"
'J'ai pris la terre extrême, celle de l'Estrémadure, terre isolée, terre sauvage, terre âcre, terre empreinte de rêves, terre aux racines vigoureuses alimentant la Geste estréménienne si prenante, si troublante. Comme dans "le chant profond" où la peine et la joie se mêlent, je chante ce pays où l'époque source de nostalgie, comme en nombre de pays, est le printemps (surtout pour les bergers), j'y exalte les arbres de plein vent.'
Ecrit par : Kathy Dauthuille | 16 novembre 2009
Très joli extrait Kathy, merci ! En allant sur ton site, je vois que ce livre est épuisé. Récit poétique inspiré de "La Noria" d'Antonio Machado. Mmmmmmmmmmmmmm
Penses-tu le faire ré-éditer un jour ?
"Ces livres, c'est moi qui ai dû t'en parler je pense"
Absolument :-) toi pour "Le livre de Saphir" et "Le secret du jaguar", et Sapo pour le "Don de Qa" : ça a été que du bonheur de les découvrir. Un grand merci à vous deux.
Sapotille, tu vas te régaler.
Ecrit par : Miss You | 17 novembre 2009
J'adore ton écriture Kathy. Sûre qu'elle sera ré-éditée un jour !
anti, j'y crois, j'y crois !
Ecrit par : anti | 17 novembre 2009
Ben, les secrets du jaguar, tu connaissais avant que JGF ne nous en parle?? hu?? et c'est qui Jeanine? Et.. Kathy!!! Nous passons vraiment par les mêmes portes!!! ;-)
et merci Miss
Ecrit par : Sapotille | 17 novembre 2009
Ben non, c'est pour ça que je l'ai cité ! Attaaaa, je retourne lire, p't'êt' que ma phrase est pas compréhensible...
"Ces livres, c'est moi qui ai dû t'en parler je pense, après que Sapotille et/ou Jean-Gabriel Foucaud m'en ai parlé, après que d'autres personnes leur en ai parlé etc. etc."
Ben non, c'est bien ce que je lis !
Mdrrr !
Jeanine ! Ah ! Ah ! Celle qui m'a appelée juste après que j'en ai parlé ;-)
On passe tous sur les mêmes chemins oui ! Et chacun y apporte un peu plus de lumière ! C'est génial !
anti
Ecrit par : anti | 17 novembre 2009
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